MICHAEL JACKSON: Le faux portrait de Jacko

von | 03.07.2009

L’hystérie planétaire qu’a déclenché le trépas du roi de la pop donne une idée de nos besoins de surfaces de projection.

Si on considère que la fascination n’est autre chose que le mélange de l’attirance et du dégoût, alors Michael Jackson est sûrement un des phénomènes les plus fascinants du moment. Ni homme, ni femme, ni noir, ni blanc – il était et restera tout simplement insaissible. Un personnage qui a brûlé les ponts entre lui et le monde réel et dont l’ultime lien avec la réalité a été le fait qu’il est incompréhensible pour une personne « normale ».

Et pourtant, le potentiel politique de Michael Jackson était énorme. Premier homme noir a être promu sur MTV, il aurait pu devenir un nouveau messie de la communauté noire états-unienne, à l’instar d’un Malcolm X – juste que son message aurait été promu par la commercialisation de sa musique. Mais cela n’a pas été le cas, pour plusieurs raisons. D’abord, ses origines musicales y jouent un rôle préponderant : son label Motown – le premier grand label dans les mains d’un Noir – voulait surtout accéder au mainstream dominé par la musique dite « blanche », car de telles délimitations, quoique parfaitement idiotes, existent encore et toujours. Et Michael Jackson a été la clé de Motown pour accéder à ce marché, parce qu’il créait la confusion : il était noir de peau, dansait comme un Fred Astaire et chantait comme une fille. Mais jamais Jackson n’a repris le flambeau de sa communauté – pire encore il l’a délaissée au fil de ses succès. A partir de la deuxième partie des années 80, les tickets de concert pour voir Jacko étaient devenus impayables pour la communauté noire et pauvre. Ce qui a provoqué un certain désaveu – complété par l’artiste lui-même, qui a transformé son corps noir et masculin en un corps blanc et asexué. Ce n’est qu’aujourd’hui, après sa mort, que la communauré noire est prête à récupérer Jackson – comme le démontrent les mots de l’acteur Jamie Foxx, lors des Black Music Awards, qui furent changés en dernière minute en hommage au chanteur : « Nous voulons fêter cet homme noir. Il a été un des nôtres, même si nous l’avons partagé avec le monde entier ». Finalement, le débat sur le racisme aux Etats-Unis, si péniblement éludé lors de l’ascension de Barack Obama, pourrait paradoxalement avoir lieu grâce à Jackson.

Pourtant, Jackson a été apolitique au bon moment. Les mornes années 80, synonymes de la libéralisation à outrance des Thatcher, Reagan et autres Kohl accompagnées par la fin rampante de la guerre froide, étaient aussi le moment où la revendication politique dans et derrière la musique populaire était morte. Il faudra attendre les années 90 et la renaissance du punk à travers le rock indé pour la voir réapparaître timidement sur nos écrans. Jackson, lui, faisait dans l’entertainment, et les coulisses de ses vidéos étaient plutôt empruntées à Broadway, qu’aux ghettos où vivait sa communauté. Il n’a jamais voulu payer de sa personne et voulait échapper à sa condition humaine – et c’est cela qui l’a rendu totalement insaissable. Un peu comme si l’homme Michael Joseph Jackson n’avait jamais existé.

Celui qui a été justement décrit par le plasticien Jeff Koons comme un personnage « christique » ne va finalement pas entrer dans l’histoire à cause de sa personne, mais à cause de la surface de projection et d’identification – même négative – qu’il incarnait. La société a besoin de ces cas d’exception – un « freak » en américain – pour se démarquer de son altérité et pour se retrouver dans sa « normalité ». La musique de Jackson va disparaître de nos ondes, une fois que la dernière commercialisation à outrance se sera calmée – et ne restera de lui que l’image de ce type qui nous échappera toujours. Un type qui était finalement une sorte de Dorian Gray à l’envers : au lieu de rêver à l’éternelle jeunesse, le portrait que visitait Jackson dans son alcôve du Neverland était tout simplement insaissable, même pour lui.

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