PAVILLON LUXEMBOURGEOIS: Beau paquebot

von | 24.12.2009

La contribution luxembourgeoise Ă  l’exposition universelle de Shanghai ne manque pas d’originalitĂ©. Une visite du chantier rĂ©vèle les difficultĂ©s et l’intĂ©rĂŞt de ce projet.

Oiseau-rouille ? Non, pavillon d’exposition en acier patiné, présentant un petit pays au centre de l’Europe.

La zone oĂą va se dĂ©rouler Ă  partir de mai 2010 l’exposition universelle de Shanghai, est actuellement un gigantesque chantier. Parmi les constructions les plus avancĂ©es, il y a le gigantesque pavillon de la Chine, et celui, bien plus modeste, du Luxembourg. C’est que le grand-duchĂ© a Ă©tĂ© parmi les premiers pays Ă  rĂ©server une place, dès septembre 2006, lors de la grande visite d’Etat avec monarque, ministres, journalistes et hommes et femmes d’affaires. Ainsi, le Luxembourg a pu obtenir un emplacement central – et suffisamment de temps pour rĂ©aliser un projet de pavillon ambitieux.

Achever la construction Ă  l’avance s’est d’ailleurs rĂ©vĂ©lĂ© indispensable. En effet, le projet conçu par l’architecte François Valentiny utilise de l’acier Corten, un matĂ©riel qui a la particularitĂ© de se couvrir d’une mince couche de rouille d’un brun rougeâtre, pour ĂŞtre ensuite rĂ©sistant Ă  la corrosion. Afin que l’acier atteingne son stade « mature Â», il faut l’exposer aux intempĂ©ries pendant plusieurs mois, et donc achever la construction du pavillon dĂ©but 2010 au plus tard.

La forme choisie par Valentiny pour le pavillon s’inspire du sens des deux derniers caractères chinois du nom de pays Lusenbao : forĂŞt-forteresse. Le pourtour extĂ©rieur est constituĂ© d’un large rempart, nu pour l’instant, mais qui sera recouvert de plantes et d’arbres. Au centre s’Ă©lève « la tour au nez crochu Â». En la voyant sur des croquis ou en maquette, on pouvait la trouver laide, mais en se tenant en bas de son imposante silhouette, on lui trouve un certain charme. « Je l’apprĂ©cie un peu plus chaque jour, j’en suis vraiment tombĂ© amoureux Â», confie « GG Â» Kirchner, l’architecte reprĂ©sentant sur place le bureau Hermann et Valentiny.

Aventure en acier

Le choix de l’acier Corten n’est pas seulement un coup de pub pour Arcelor-Mittal, le plus important contributeur financier privĂ© Ă  la prĂ©sence luxembourgeoise lors de l’expo. « L’intĂ©rĂŞt des surfaces rouillĂ©es est de ne pas donner l’impression d’un bâtiment nouvellement construit Â», explique Kirchner. Il est vrai que le look « vieux paquebot Â» convient bien Ă  un pays du centre de l’Europe fier de son histoire – et pourra sĂ©duire un public chinois saturĂ© de constructions brillantes en acier et en verre. L’architecte s’intĂ©resse aussi au contenu et Ă  la valeur symbolique de l’exposition universelle. Traditionnellement, celles-ci permettaient la diffusion d’idĂ©es et de technologies nouvelles, mais les Ă©ditions rĂ©centes, Ă  SĂ©ville et Ă  Hanovre, n’ont pas laissĂ© de grande impression dans les opinions publiques. Kirchner estime que Shanghai possède bien plus d’atouts : « Si cette expo-ci, dans un tel pays, ne rĂ©ussit pas, il faudra s’interroger sur le sens de ce type d’Ă©vènement. Â» Kirchner n’est pas le seul Ă  se soucier du succès de l’exposition en gĂ©nĂ©ral et du pavillon luxembourgeois en particulier. Au Luxembourg, le commissaire gĂ©nĂ©ral Robert Goebbels, Ă  cĂ´tĂ© de ses occupations de dĂ©putĂ© europĂ©en, coordonne l’ensemble des prĂ©paratifs pour la mise en place du pavillon. L’ancien ministre de l’Ă©conomie est convaincu de l’importance de ce projet pour renforcer les liens commerciaux avec la Chine et l’Asie en gĂ©nĂ©ral. Sur place Ă  Shanghai, l’Ă©quipe du consulat gĂ©nĂ©ral luxembourgeois autour de Pierre Ferring, en plus de servir de relais diplomatique et Ă©conomique, est responsable de la construction et de la logistique du pavillon. La situation de ces hommes et femmes, perdu-e-s Ă  9.000 kilomètres du grand-duchĂ©, dans un pays dont la culture, la langue et l’Ă©criture leur sont Ă©trangères, rappelle de par son cĂ´tĂ© aventureux celle des comptoirs de l’Ă©poque coloniale – le pillage institutionnalisĂ© du pays hĂ´te en moins.

Organiser un chantier de cette taille en Chine s’est notamment prĂ©sentĂ© comme un dĂ©fi. Comme il aurait Ă©tĂ© trop compliquĂ© d’obtenir des licences pour des entreprises luxembourgeoises, on a fait appel Ă  des partenaires locaux. Avec un grand souci de qualitĂ© et de sĂ©curitĂ© sur le chantier : malgrĂ© les dĂ©lais Ă  respecter, le principe est de prendre le temps de rĂ©soudre les problèmes plutĂ´t que de risquer un accident. Kirchner vante le bon climat de travail, la manière souriante et serviable des gens de la Baoye Construction Company, le principal partenaire chinois. Pourtant, il y a eu des moments d’incomprĂ©hension. « En juillet dernier Â», se souvient-il, « alors que le temps aurait permis de progresser rapidement, cela n’avançait pas du tout. Â» Ses appels Ă  accĂ©lĂ©rer les travaux n’Ă©taient pas entendus, aucune explication n’Ă©tait donnĂ©e. Plus tard, sa bonne relation avec l’un des ingĂ©nieurs chinois lui a permis de comprendre : « Ils avaient des difficultĂ©s pour produire les plans de dĂ©tail nĂ©cessaires au montage complexe des plaques en acier, mais ils ne voulaient pas perdre la face. Â» Kirchner s’est fait une raison : Â« Il faut rester cool, s’Ă©nerver n’apporte rien. Â» Cela lui a Ă©tĂ© d’autant plus facile que par la suite, en deux semaines d’« efforts incroyables Â», Baoye a rĂ©ussi Ă  rattraper une partie du retard.

Apprentissage mutuel

Les partenaires chinois ont aussi mis Ă  profit la collaboration. Wang Yi, le responsable du chantier de  Baoye, Ă©voque avec enthousiasme l’expĂ©rience de travailler avec l’acier Corten et les panneaux de bois massif couvrant les murs intĂ©rieurs et auxquels on donne du jeu en les montant dans des cadres. Et, bien sĂ»r, il adore l’idĂ©e du balcon ! Kirchner et Wang se mettent Ă  rigoler, puis s’accordent sur un dicton chinois : « Les grands esprits pensent pareil Â». Quel balcon ? En fait, il s’agit d’une fantaisie architecturale imaginĂ©e conjointement par le consul gĂ©nĂ©ral Ferring et Kirchner : en haut de la tour centrale, dans la partie VIP, une surface triangulaire est dĂ©coupĂ©e dans l’un des murs. Cette partie de la paroi pourra ĂŞtre abaissĂ©e Ă  la manière d’un pont-levis, afin de servir comme balcon – une attraction supplĂ©mentaire dans le style « forteresse Â».

Des attractions, il n’y en aura pas de trop, car le premier objectif du pavillon est d’attirer le public et de faire connaĂ®tre le Luxembourg en Chine et en Asie. Le slogan « Small is beautiful too Â» fera peut-ĂŞtre sourire une partie du public au vu du gigantisme convenu de nombre de pavillons « concurrents Â». Mais il faudra surtout compter sur l’impact de la vĂ©gĂ©tation couvrant l’enceinte extĂ©rieure : la couleur dominante de la Chine urbaine est le gris, et un pays qui s’affiche comme le « coeur vert Â» de l’Europe apparaĂ®tra aux Chinois-es comme un paradis.

Cela dit, si l’offensive de charme luxembourgeoise rĂ©ussit, les difficultĂ©s ne feront que commencer. Les responsables de Shanghai s’attendent alors Ă  devoir gĂ©rer un flux de 30.000 visiteur-se-s par jour. Il faudra les guider dans de bonnes conditions Ă  travers le tunnel multimĂ©dia Ă  l’intĂ©rieur du mur d’enceinte. Les visiteur-se-s y trouveront une « forĂŞt virtuelle Â», des films consacrĂ©s au Luxembourg et Ă  « l’espace de libre circulation de Schengen Â», un espace de restauration luxo-chinois ainsi que quelques projets exemplaires en matière de dĂ©veloppement durable.

Il est vrai que dans ce dernier domaine, la Chine, avec ses difficultĂ©s et ses possibilitĂ©s d’une toute autre taille, n’a pas forcĂ©ment grand chose Ă  tirer des expĂ©riences luxembourgeoises. L’inverse est plutĂ´t le cas. Car un jour, l’ensemble des 20 millions de ShanghaĂŻen-ne-s vivront, on l’espère, dans de bonnes conditions sur les 6.000 kilomètres carrĂ©s qu’occupe leur ville. Ce jour-lĂ , personne n’osera plus affirmer que 700.000 habitant-e-s au Luxembourg, ce serait l’horreur.

La visite du pavillon en construction a Ă©tĂ© possible grâce Ă  l’aide de MM. Goebbels et Ferring et de l’ensemble de l’Ă©quipe du consulat gĂ©nĂ©ral, dans le cadre du passage de l’auteur Ă  Shanghai Ă  la mi-novembre.

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