TERRY GILLIAM: The Flying Circus

Ouf ! Cette fois-ci, Terry Gilliam a réussi à satisfaire son imagination débordante en la projetant sur grand écran et nous embarque dans une nouvelle folie.

Derrière le miroir se trouve le monde des désirs secrets.

Mais que se passe-t-il dans la tête de Terry Gilliam ? Celles et ceux qui suivent la carrière de l’ancien membre des mythiques Monty Python se sont certainement posé la question plus d’une fois. A plus d’une reprise, le réalisateur britannique a fait état de son imagination débordante, même si ce fut parfois au prix de lourdes pertes financières. L’on se souvient notamment de sa version du Baron de Munchhausen, qui ne rencontra jamais le succès qu’il méritait. A sa manière, Gilliam est une sorte de Don Quijote – une de ses figures fétiches, ce qui n’est pas un hasard : un idéaliste fou bouffé par ses fabuleuses visions, un illusionniste du septième art.

D’illusions, il en est question dans sa dernière réalisation, « The Imaginarium of Doctor Parnassus ». Comme souvent chez Gilliam, le film n’est pas fait pour les cerveaux paresseux : autant la mise en scène que les décors et le déroulement sont chargés. Non sans talent, avec génie même, mais chargés. Vint s’ajouter un obstacle supplémentaire pendant le tournage du film – ce qui est également récurrent chez Gilliam, comme si son génie devait être tempéré ou défié par la poisse : la mort, en plein tournage, de l’acteur Heath Ledger (Tony), un des personnages principaux du film. Gilliam s’en est sorti par un tour de passe-passe en demandant à Johnny Depp, Jude Law et Collin Farrell de remplacer Ledger dans certaines scènes. Fallait le faire : non seulement le truc est crédible, mais il a réussi à faire tourner ces trois stars masculines et sex-symbols planétaires sans débourser un kopeck, ce qui nous laisse imaginer qu’il s’est ainsi assuré une cohorte supplémentaire de spectatrices. Pourtant, ce ne sont pas tous ces hommes qui constituent le noeud de l’intrigue, mais la jeune et très jolie Valentina, incarnée par le mannequin britannique Lily Cole, qui joue le rôle de la fille du docteur Parnassus (Christopher Plummer).

Ensemble avec le jeune prestidigitateur Anton (Andrew Garfield) et le nain Percy (Verne Troyer), les quatre forment une troupe de théâtre ambulant. Or, si le style fin de siècle de ce petit théâtre n’attire pas les foules, l’expérience que le spectateur peut y vivre est unique. Une fois derrière un faux miroir, la personne pénètre dans un univers imaginaire qui lui révèle ses propres fantasmes. Cette magie est le fruit d’un pacte conclu entre Parnassus et le Diable (Tom Waits) qui se fait appeler Mr. Nick. Parnassus est en fait encore plus vieux qu’il ne paraît : il a mille ans. A cette époque, lorsqu’il était une sorte de gourou tibétain, Mr. Nick lui proposa la vie éternelle et le don d’entrer dans l’imagination d’autrui. En échange, il lui promit l’âme de sa progéniture une fois qu’elle aura atteint les seize ans.

C’est justement le cas de Valentina, qui fait chavirer le coeur d’Anton. Mr. Nick n’est pas non plus insensible aux charmes de la jeune femme et il entend bien récolter son « dû » à Parnassus. Mais le diable ne serait pas le diable s’il ne pimentait pas l’histoire. Afin de laisser une dernière chance au vieux Parnassus, il le met au défi : le premier des deux à récolter cinq âmes gardera Valentina.

Malgré sa magie, le vieil ivrogne sait toutefois qu’il n’a aucune chance de remporter le pari dans les trois jours alloués par Mr. Nick. Coup de chance, il rencontre dans un contexte très rocambolesque Tony, un jeune homme pendu en haut d’un pont, mais sauvé par la troupe et qui semble avoir perdu la mémoire. Et il n’est pas étonnant que Valentina s’éprenne de l’entreprenant et séduisant Tony, au grand dam d’Anton. Mais Tony ne séduit pas que la fille : en donnant quelques conseils judicieux et en s’associant à la troupe, il permet au théâtre de renouer avec le public et facilite ainsi la tâche à Parnassus dans sa quête d’âmes.

On s’en rend compte facilement : rien que le résumé du film est un aperçu du maelström imaginaire qu’il contient. A nouveau, Gilliam fait cohabiter deux mondes, comme dans « Brasil » ou « The Adventures of Baron Munchausen », jusqu’à ce qu’ils se rejoignent : l’un réel, l’autre fantasmé. Il n’est donc pas étonnant qu’il faille traverser, un peu comme Alice, un miroir pour atteindre l’univers des désirs, mais aussi des dangers. Voilà ce qui facilite la légitimation des multiples visages de Tony, un peu comme si la mort avait attendu ce film pour rappeler Heath Ledger à elle. Un peu comme si ce tragique évènement n’aurait pu être surmonté que par Gilliam lui-même, qui, grâce à la puissance de son esprit inventif et anarchique, est capable, du moins sur grand écran, à créer une vie au-delà de la mort.

« The Imaginarium of Doctor Parnassus », à l’Utopolis.


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