DÉBATS ET ENJEUX: L’arme de la critique

La nullité des débats qui occupent notre espace médiatique alors que nous traversons une profonde crise est le corollaire de la faiblesse de la gauche.

Le monde devient un énorme café du commerce. Voici que, il y a peu, un obscur pasteur américain d’une communauté d’une cinquantaine de gugusses, annonce vouloir brûler un coran, que l’image fait le tour du monde et provoque des manifestations dans tous les coins du monde musulman. Voici qu’un personnage, qui n’a été que ministre des finances d’un land (Berlin), Thilo Sarrazin, avance avec régularité de vieilles flatulences d’extrême droite, pour qu’une grande partie des grands médias salue son « courage » de briseur de tabous et ne critique, à la limite, que la « manière » dont il s’exprime.

Voilà que, en France, un gouvernement en difficulté, dont l’affaire Woerth-Bettencourt a mis au grand jour qu’il s’agit d’un gouvernement exclusivement au service de la classe dirigeante, tire sur les grosses ficelles brunes de la question des Roms, bien conscient que le sentiment d’insécurité amplifié par la politique de casse sociale du sarkozysme, va occuper grands médias et couches populaires.

Cette polémique en engendre une autre : la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding condamne, à juste titre, l’expulsion des Roms dans des termes virulents. Et voilà qu’en pleine polémique, un sénateur UMP se laisse aller à rêver d’une Europe sans Luxembourg. Et de raviver chez nous, en pleines tensions entre résidents et frontaliers, de vieux réflexes francophobes. Disons-le d’emblée, au risque de ne pas faire l’unanimité : rien n’interdit, pour qui se passionne pour les questions historiques inutiles, de réfléchir à la légitimité de telle ou telle nation, qui sont toutes un peu le fruit du hasard. En effet, le Luxembourg aurait tout aussi bien pu être belge, le pays basque indépendant et le Piémont français. Mais ce n’est pas le cas et nous estimons qu’il y a plus urgent à débattre.

Pendant ce temps, parle-t-on des vrais problèmes ?

Cette semaine, le président de l’OGBL, Jean-Claude Reding, a bien résumé l’ambiance actuelle en déclarant qu’« au lieu de se concentrer sur les problèmes réels, la classe politique serait plus occupée à savoir qui peut le mieux blâmer l’autre ». Et nous en arrivons à la maladie qui nous frappe actuellement : si le système néolibéral s’est largement discrédité depuis le déclenchement de la crise, son antagoniste, la gauche, n’a que peu gagné en crédit supplémentaire. Comme dirait Gramsci, la gauche n’a pas encore remporté la dure lutte de l’hégémonie culturelle. D’où ce va-et-vient permanent entre vrais enjeux, comme actuellement au Luxembourg, la lutte contre les régressions sociales orchestrées par le gouvernement, et de faux débats aux relents souvent nauséabonds.

Cette lutte n’est pourtant pas perdue d’avance. Un des préalables est le renforcement de tous les éléments de progrès, notamment les plus massifs d’entre eux. L’OGBL l’entreprend en radicalisant son discours et en revenant doucement au syndicalisme de lutte. Mais ce n’est pas tout. Ce qui manque cruellement, ce sont des voix progressistes qui ne sont pas issues de la marge politique. C’est d’ailleurs ce que déplore Danielle Igniti dans une carte blanche sur RTL. L’ancienne vice-présidente du LSAP interpelle ses camarades en se demandant s’il y a encore quelque chose qui bouge à gauche. Il est en effet étonnant de constater l’absence totale, au sein du LSAP, d’un courant de gauche organisé, comme cela existe dans nombre de partis socialistes.

Pourtant, il suffirait d’une poignée de cadres et de militants prêts à faire entendre une autre voix dans ce parti pour peser sur le rapport de forces. Mais rien, personne n’ose franchir le Rubicon. Est-là un symptôme supplémentaire de la désagrégation de la conscience politique des militan-
t-e-s socialistes ? C’est dommage, car la gauche dans son ensemble a un cruel besoin, à notre époque, de reconquérir l’espace public et de recentrer les débats et les luttes autour des vrais enjeux. Sinon, les Sarrazin, les pasteurs fous et autres luxophobes et francophobes, continueront à dominer la parole publique. Au détriment de la grande majorité.


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