TOM REEVE: Irish Cream

Comédie aux accents sociaux, « Holy Water » mêle l’humour US et le revanchisme européen aux conséquences de la globalisation.

Rien ne va plus à Kilcoulins Leap, petit village perdu au nord de l’Irlande. Le film débute sur une séquence qui montre un joueur de cornemuse sur une de ces magnifiques falaises issues des prospectus touristiques – sauf qu’à la fin, il se jette à la mer. C’est qu’à Kilcoulins Leap, cela fait un bail que des touristes se sont égarés. Même les compatriotes semblent avoir oublié ce coin perdu de leur île. En tout cas, l’hôtel du village est tout le temps vide, les quelques visiteurs du pub préfèrent s’entretenir de leurs propres cercueils – qu’ils ont déjà commandés – et les jeunes rêvent à l’Angleterre ou à n’importe quel lieu qui promettrait un petit peu plus d’avenir que ce coin perdu. Ce sont surtout ces derniers qui en pâtissent le plus : Sean, qui n’en peut plus d’attendre d’hériter de la ferme de son père, Gaffer qui partage l’hôtel vide avec sa soeur, Podger, le postier qui sait bien que son service sera bientôt victime des mesures d’austérité et Donal qui tient son petit garage en manque de clients évidemment aussi.

Qu’une telle misère rende inventive, rien de plus logique. Et ainsi, après avoir essayé de se faire embaucher en vain, ils décident de braquer un camion de la firme américaine Pfizer, bien connue pour ses petites pilules bleues à faire bander, le Viagra. Il se trouve que la principale usine de Viagra se trouve dans le coin. Les quatre amis élaborent donc un plan pour se procurer une cargaison de Viagra, en espérant revendre le lot sous la main? aux Pays-Bas, parce qu’ils ont entendus que les drogues y seraient légales.

Après un hold-up digne d’un slapstick de Benny Hill, armes factices et déguisements en nonnes à l’appui, les apprentis braqueurs et dealers s’enfuient avec leur lot. Mais leur enthousiasme du début va bientôt céder à la paranoïa générale, lorsque débarque dans leur région un Swat-Team, envoyé par la firme américaine pour récupérer coûte que coûte la précieuse cargaison. Mené par une amazone dépourvue de tout sens de l’humour – Linda Hamilton, que d’aucuns connaissent encore de la saga Terminator – un gros Noir de deux mètres de haut et une petite latina technicienne, les Américains mettent le paisible paysage sens dessus dessous à la recherche des pilules bleues.

Pris de panique, Sean, Gaffer, Podger et Donal décident de faire disparaître leur cargaison dans un puits connu pour ses effets miraculeux – on y puise « l’eau sacrée » revendue aux touristes – mais qui alimente aussi leur village en eau potable. Finalement donc, tout le village s’en retrouve plutôt excité?

Si l’idée derrière le scénario est définitivement des plus drôles, son exécution n’est pourtant pas des plus coulantes. Les premiers deux tiers du film grouillent de scènes qui auraient pu et dues être coupées au montage, tant la répétition de certains gags peut agacer le spectateur. Toutefois, une fois le Viagra dans le puits, le film prend de l’allure avec ces villageois qui ne pensent plus qu’à une seule chose.

Et puis le volet social de « Holy Water » n’est pas négligeable non plus. Puisqu’il montre une communauté rurale vouée aux oubliettes par ses politiciens nationaux se défendre contre une petite invasion américaine. Bref : on peut toujours rêver.

A l’Utopia.


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