RÉFUGIÉ-E-S: Dehors et dedans

von | 01.10.2010

Alors que l’Etat a réduit au statut de sans domicile fixe quatre demandeurs d’asile congolais déboutés, il continue à en enfermer d’autres en prison.

L’on se souvient encore du cas de Salmi Taoufik, ce Tunisien dont le triste périple fut largement suivi par le woxx. En 2003, cet homme avait en effet fait l’objet d’une arrestation dans le cadre d’une opération « antiterroriste ». Taoufik, accusé à tort d’appartenir à un prétendu réseau terroriste fut ainsi renvoyé en Tunisie par le ministre de la justice de l’époque, Luc Frieden (CSV), bien que cette expulsion contrevînt à des dispositions internationales, prohibant l’expulsion d’un ressortissant étranger vers un pays où son intégrité physique ou psychique seraient menacée. La Commission consultative des droits de l’Homme avait alors épinglé cette affaire. Et si beaucoup d’Européens voient dans la Tunisie un gigantesque « Club Med », ce pays n’en est pas moins l’une des pires dictatures policières du monde arabe. Ce qui devait arriver arriva. Salmi Taoufik fut « accueilli » à Tunis par les autorités tunisiennes et passa plusieurs années dans ces geôles où la torture physique ou psychologique est monnaie courante.

Le gouvernement luxembourgeois récidive-t-il ? C’est ce que laisse penser une question parlementaire qu’adresse cette semaine le député André Hoffmann (déi Lénk) aux ministres de l’immigration (Nicolas Schmit, LSAP) et de la famille (Marie-Josée Jacobs, CSV). Selon les informations du député, quatre ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC), demandeurs d’asile qui n’ont pas obtenu le statut de réfugiés, se sont vus interdire l’accès à leur foyer d’hébergement car ces derniers avaient refusé de signer une demande de retour « volontaire ». Or, pour qui connaît un tant soi peu la situation de ce grand pays (que le Luxembourg a contribué, lors de l’entreprise coloniale belge, à piller et à saigner), l’on peut aisément comprendre les réticences qu’éprouvent ces Congolais envers leur retour vers une patrie où la guerre civile est latente.

D’autant plus que, selon Hoffmann, l’un d’entre eux serait un militant des droits de l’Homme. Et pour cette catégorie de personnes, la vie en RDC peut être de très courte durée. En témoigne ainsi l’assassinat début juin de cette année à Kinshasa de Floribert Chebeya Bahizire, défenseur des droits de l’Homme ou, moins récemment, de Pascal Kabungulu Kibembi, abattu, comme le rapporte Amnesty International, en 2005 devant les membres de sa famille. Ce n’est donc pas un hasard si le parlement européen vient d’adopter, le 17 juin, une résolution concernant Bazihire, constatant « que ce meurtre s’inscrit dans une tendance accrue à l’intimidation et au harcèlement visant des défenseurs des droits de l’Homme, des journalistes, des opposants politiques, des victimes et des témoins en RDC », et condamnant « l’oppression qui continue de frapper militants des droits de l’Homme, journalistes (…) » et en demandant en toute conséquence aux Etats membres « que ceux-ci soient protégés ».

L’attitude du Luxembourg contrevient-elle à la résolution ? La réponse aurait pu être fournie rapidement si le président de la Chambre, Laurent Mosar (CSV), n’avait pas jugé utile de retenir le caractère urgent de la question. Une attitude d’autant plus incompréhensible que ces quatre personnes sont actuellement sans domicile fixe.

Tandis que des demandeurs d’asile se voient « enfermés dehors », d’autres continuent à croupir entre les murs du pénitencier de Schrassig (CPL). S’appuyant sur une question parlementaire du député vert Felix Braz, l’Asti rappelle dans un communiqué de presse que la Cour administrative avait fixé un ultimatum au gouvernement pour le 1er octobre de cette année, lui interdisant de procéder à des détentions supplémentaires de demandeurs d’asile déboutés au CPL au-delà de cette date butoir. Or, étant donné que l’Etat a traîné dans la construction controversée du centre de rétention, la Cour continuera à considérer provisoirement le CPL comme un « endroit approprié ». Dedans ou dehors, il ne fait pas bon être réfugié au Luxembourg.

 

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