VIDÉOSURVEILLANCE: Regarde beaucoup, protège peu

von | 04.11.2010

La vidéosurveillance est le joujou préféré des hommes et femmes politiques adeptes du sécuritaire et du « risque zéro ». Mais le résultat est proche de l’efficacité zéro.

A quoi sert la vidéosurveillance ? A observer – comme c’est le cas en Angleterre – de manière disproportionnée les hommes, de préférence jeunes et si possible de couleur noire ? Ou bien à distraire les agents de police, à l’instar de ceux de Milan, qui s’en servent principalement pour observer les personnes mal habillées ou pour reluquer les jolies passantes? Si cela vous paraît tiré par les cheveux, alors lisez l’étude de Chiara Fonio (1). Car si pour beaucoup la vidéosurveillance constitue un outil majeur de répression et de prévention de la délinquance, une analyse approfondie en relativise fortement la pertinence.

C’est aussi ce que l’avis scientifique sur la vidéosurveillance, présenté ce jeudi par l’Association luxembourgeoise de criminologie (ALC) laisse entendre. Pour Dan Biancalana, le président de l’association, la vidéosurveillance constitue même un « changement paradigmatique » dans le sens où la société néolibérale substitue le principe de responsabilité individuelle à celui de solidarité, en faisant abstraction des causes sociales de la délinquance. Il critique qu’elle serait considérée comme un « fait normal », propre à certains groupes « à risque » (jeunes, étrangers, toxicomanes, etc…) qu’il s’agit ainsi de gérer et de réguler. Aussi, chaque délinquant potentiel est considéré comme un « homo oeconomicus » rationnel qui soupèserait risques et profits d’une transgression de la loi et réagirait en conséquence face à l’installation dans un lieu donné d’une caméra de surveillance. Idem pour la victime potentielle : à elle d’évaluer les risques encourus à tel endroit et de se comporter en conséquence afin de minimiser les risques d’une agression.

Mais la question que tout le monde se pose est plus prosaïque : la vidéosurveillance est-elle fidèle à ses promesses, à savoir la prévention et la répression de la criminalité ou n’est-ce qu’un joujou démagogique pour tout homme ou femme politique en mal d’électeurs ? Si l’avis de l’ALC ne répond pas à la dernière question, la réponse à la première est une bonne indication. Car si aucune analyse sérieuse des résultats des installations de caméras (Glacis, Centre Aldringen, quartier de la Gare) en 2007 n’a été menée, d’autres pays en ont déjà faites. Et elles révèlent notamment, que, si elle peut aider à l’identification de certains auteurs de délits ou de crimes, elle reste fortement limitée, n’évite pas la perpétration d’infractions et, comme l’indique l’avis, « ne produit pas de miracles ». D’ailleurs, d’après les statistiques policières grand-ducales, seuls 30 auteurs d’infractions ont pu être identifiés depuis 2007. C’est moins que la moitié du nombre de caméras installées (70).

En Angleterre, qui est une grande adepte de Big Brother, les résultats sont aussi très en deçà des attentes : Mike Neville, l’inspecteur en chef du bureau des images concède que seuls trois pour cent des vols commis dans les rues de Londres ont été élucidés grâce à la vidéosurveillance. Par contre, les caméras resteront des tigres de papier face à un certain type d’infractions, notamment celles commises « spontanément », c’est-à-dire des actes de violences de nature compulsive ou bien dus à des abus d’alcool. Sans parler de l’effet « plumeau », c’est-à-dire du déplacement du lieu des infractions. Quant au sentiment d’insécurité, les effets sont à double tranchant : certaines études affirment que les gens se sentent plus en sécurité en présence de caméras mais que leur anxiété augmente aussi.

L’argumentation développée par l’ALC met ainsi en doute l’efficacité de la vidéosurveillance, la qualifiant de moyen parmi d’autres et certainement pas le plus efficace. Dans la lutte contre la criminalité, l’association préfère le travail humain, et, notamment dans le domaine préventif, celui des travailleurs sociaux. Claude Kettel, l’un des auteurs de l’avis, le résume ainsi : « Une bonne politique sociale reste la meilleure politique contre la criminalité ». Ce n’est certainement pas faux, mais vu l’état de la politique sociale menée par ce gouvernement, cela n’a rien de rassurant.

(1) A lire sur www.itstime.it
(2) Une manifestation, « Freedom not fear » contre la vidéosurveillance aura lieu à Luxembourg-Ville ce samedi, 6 novembre. Le départ aura lieu à la Gare Centrale à 13 heures 30 pour se diriger vers la Place d’Armes. Pour plus d’informations, consulter www.bit.ly/FnF2010

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