DIGITAL HARDCORE: La vraie révolution digitale

Atari Teenage Riot sont une référence en soi : mêlant sons digitaux à l’activisme politique, ils sèment la fièvre révolutionnaire aussi bien sur scène que derrière les coulisses.

Au service de la révolution depuis 1992 : Atari Teenage Riot.

Ils faisaient partie de ces artistes qu’on regardait en secret la nuit tombée, dans les bons vieux temps où MTV était encore une chaîne musicale et pas une machine à fric pourrie par la « scripted reality ». Stars des émissions de musique indépendante comme « 120 Minutes », Atari Teenage Riot ne se sont pourtant jamais adonnés à l’air du temps. Déjà à l’époque – leurs premières publications sur vinyle datent de 1992 – ce trio n’était pas à la mode grunge mais préfigurait la vague de musique électronique qui allait submerger le monde de musique commerciale une dizaine d’années plus tard.

Atari Teenage Riot, c’est avant tout Alec Empire, le leader charismatique de la bande. Avec Hanin Elias et MC Carl Crack – une chanteuse et un « rappeur » au style unique originaire du Swasiland – ils cherchaient, dans l’atmosphère grouillante du Berlin du début des années 1990, une nouvelle direction pour s’exprimer musicalement. Délaissant la mouvance techno pour son côté trop fêtard et sans contenu et déçu par l’arriériation du punk, ils décidèrent d’unir les sons digitaux à des contenus explicitement politiques – surtout dans le contexte de la renaissance néonazie qui frappa de plein fouet l’Allemagne fraîchement réunifiée. C’est ainsi que leur premier single, très controversé à l’époque, s’intitulait « Hetzjagd auf Nazis / Hunt Down the Nazis ». Mais ce n’est pas seulement en cognant sur des têtes rasées qu’Atari Teenage Riot s’est fait connaître à ses débuts : dans l’euphorie générale qui gagnait l’industrie musicale de l’époque, le label major Phonogram leur proposa un deal et leur paya une grosse avance. De l’argent qu’ils utilisèrent pour fonder leur propre label, Digital Hardcore Recordings, sur lequel allaient paraître leurs albums « Delete Yourself » de 1995, suivi de « The Future of War » en 1997 et en 1999 « 60 Seconds Wipe Out », sans que Phonogram ne reçoive une seule chanson valable en retour. Entre-temps, le groupe avait été rejoint par l’artiste japonaise Nic Endo, qui rendait parfaite la parité entre les membres du groupe.

Pourtant, la fin des années 1990 semblait aussi sonner le glas d’Atari Teenage Riot. Endeuillés par la disparition de MC Carl Crack, qui succomba à une overdose de pilules en septembre 2001, suite à une série d’attaques psychotiques. Les membres se concentraient sur leurs projets solo respectifs. Seule Endo restait partie prenante du groupe live d’Alec Empire. Vers 2009, des rumeurs d’une réunion d’Atari Teenage Riot commençaient à faire la ronde. Des rumeurs qui allaient se vérifier pour les spectateurs de quelques grands festivals en Europe – comme le Dour en Belgique, où ils ont délivré une prestation hypnotisante en 2010 – ou comme en Asie, et surtout au Japon. En 2011, leur nouvel album « Is this Hyperreal ? » rendait parfaite leur renaissance.

Rejoints depuis sur scène par leur nouvel MC CX KidTRONiK, ils ont réussi à clouer le bec aux cyniques qui voyaient en cette réunion une occasion pour des vieux musiciens de se remplir les poches. Tout au contraire, l’activisme d’Alec Empire et de ses acolytes continue, comme le démontre leur dernier fait d’armes : ayant gagné un procès contre le géant Sony – qui avait utilisé leur musique pour une publicité sans leur autorisation – ils ont versé tout le beau paquet de fric à l’organisation Anonymous.

Reste à savoir pourquoi un tel groupe a choisi de se produire sur une scène aussi commerciale que l’Atelier. Mais bon, dans ces nouveaux temps digitaux, même les vétérans ne peuvent pas tout savoir.

A l’Atelier, le 24 mai.


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