TRAVAIL DE GROUPE: Sept péchés mignons

« 7 dias en la Habana » n’est pas vraiment un film, mais un pot-pourri servi tout frais par sept réalisateurs de talent, qui racontent des histoires croisées, mais qui ont tous la même coulisse : La Havane.

Mélancolie et romantisme à la Havane.

La capitale de Cuba symbolise un pouvoir communiste qui résiste encore et toujours à l’embargo américain, sa population étant tiraillée entre la tentation de l’Occident et l’amour pour son paradis tropical mais imparfait. L’idée de faire – ou plutôt de faire faire – un film sur La Havane qui serait aussi éclectique que cette ville est tout simplement brillante. Et le casting, aussi bien du côté des réalisateurs que des acteurs est prometteur.

Même si le premier jour (le film est subdivisé en sept jours et autant de réalisateurs), ça ne démarre pas très fort, plutôt faible même. Un jeune Américain qui arrive à La Havane, se bourre la gueule dans une discothèque et rentre avec une prostituée transsexuelle qu’il prend pour une femme, l’histoire que nous raconte Benicio del Toro est banale, voire même pénible. Heureusement que Pablo Trapero – connu pour « Lion’s Den » – prend le relais assez vite et met en scène le passage éclair d’Emir Kusturica, qui se joue lui-même, à la Havane pour reçevoir un prix à un festival de cinéma. Alcoolisé tout le temps, le réalisateur serbe parvient à échapper à ses fans, qui ne l’intéressent pas, vu qu’il a d’autres chagrins. La mélancolie de Kusturica et les tropiques se marient assez bien.

Mais c’est l’Espagnol Julio Medem qui met pour une première fois l’accent sur la population cubaine à proprement parler en nous montrant les déboires de Cécilia, une jeune chanteuse de talent, qui a du mal à se décider entre un imprésario espagnol qui veut la faire chanter en Europe et son petit ami – c’est aussi la seule histoire à interagir avec celles d’autres réalisateurs. Mais avant ça, le spectateur a droit aux prestations de deux véritables ovnis du cinéma contemporain : Elia Suleiman et Gaspard Noé. Le premier, réalisateur palestinien connu pour ses magnifiques comédies tristes « Divine Intervention » et « Chronicles of a Disappearance », transpose son talent et sa caméra des territoires occupés vers la Havane et reste dans son sillon : presque pas de dialogues, mais un comique de situation qui rappelle Buster Keaton. De plus, c’est le seul à un peu critiquer, quoique très gentiment, le régime cubain : le personnage qu’il interprète – lui-même en fait – attend éternellement que Fidel termine un discours pour enfin le rencontrer. Aussi muet que Suleiman, Gaspard Noé fait dans un tout autre registre : le sien. Ce sadique de la réalisation, à qui on doit entre autres « Irréversible » et « Into the Void », nous amène dans le monde de la santéria et des rituels vaudou. Enfin, c’est le retour à la normale avec Juan Carlos Tabio et Laurent Cantet, qui semblent tous les deux s’être entendus pour leurs scénarios. Histoires du quotidien cubain, avec ses évasions, ses ruptures de courant, son manque d’aliments, ses amours et ses ferveurs religieuses.

Si « 7 dias en la Habana » peut effectivement rendre amoureux de la ville et de l’île de Cuba, on peut tout de même regretter qu’aucun des réalisateurs n’ait osé affronter certaines situations intenables, comme l’emprisonnement d’opposants politiques ou de journalistes. Certes, les histoires qu’ils racontent sont presque toutes placées dans le contexte cubain, qu’ils montrent décidément sans l’embellir, mais leurs films n’échappent pas à une certaine vision romantique de la simplicité de la vie dans les maisons tombant en ruines pour les uns, au sempiternel contraste entre la vie des touristes et celle des habitants pour les autres.

A l’Utopia.


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