ROCK: Très humble

Sans se fatiguer, ils sillonnent les scènes du monde entier depuis 1969. Même sans toucher à des superlatifs, Uriah Heep est un phénomène assez rare.

Certes, ils n’ont pas l’air vraiment à la mode, mais pour un groupe qui a traversé les âges, ça passe…

C’est un de ces groupes dont même le nom peut étonner. C’est qui, « Uriah Heep » ? En fait, ce qui est plus étonnant encore, c’est qu’il s’agit d’un personnage de roman. En effet, un Uriah Heep apparaît dans « David Copperfield » de Charles Dickens – et ce n’est pas vraiment un personnage sympathique. Tout au contraire, il se définit par ses ambitions malhonnêtes qu’il cache derrière une hypocrisie mielleuse. Ce qui a d’ailleurs été l’inspiration pour le titre de leur premier album « Very ‚eavy? very ‚umble » sorti en juin 1970. Avant cette date, le groupe avait tout de même changé de nom et de personnel plusieurs fois avant de se solidifier définitivement. D’abord connu sous le nom « The Stalkers », puis « Spice », avant de se décider pour le nom qui restera à jamais dans les annales de la musique rock, les Heep avaient certainement quelques difficultés à se trouver un style. Il faut dire qu’à l’époque, tout semblait possible, car quelques grands prédécesseurs avaient largement poussé les portes de la perception et de la création. Le monde musical était encore en train de digérer les leçons dispensés par Jimi Hendrix ou encore Jim Morrison, et l’Angleterre, qui se considérait comme patrie du rock, devait riposter.

C’était aussi l’époque où le rock psychédélique naissait. Surtout représenté par Pink Floyd, qui furent fondés en 1965 et dont la première période sous l’inspiration du génialissime Syd Barrett – et de beaucoup de trips LSD – avait marqué les esprits. Mais les Uriah Heep n’allaient pas chercher à s’imposer dans cette direction. D’ailleurs, le son du guitariste Mick Box, le fondateur toujours présent aujourd’hui, ne collait pas avec des expérimentations trop progressives – son jeu était, pour l’époque, beaucoup trop dur et direct. C’est pourquoi, même si les premiers albums comportaient certainement des expérimentations, ils sont plutôt considérés comme étant des pionniers du hard rock et pas du rock progressif qui domina les années 1970.

Après leur premier album, Uriah Heep prennent la route de la gloire. Les trois premiers albums se vendent étonnamment bien, les tournées s’enchaînent et leur créativité est sans limites. Tout semble leur réussir quand une première interférence tragique survient : lors d’un concert à Dallas en 1974, le bassiste Gary Thain s’électrocute et s’en sort avec de graves blessures. Quelques mois plus tard, il est retrouvé mort d’une overdose. Et aussi rapide que fut leur ascension, aussi brutale fut leur chute. Après de nombreuses escapades droguées, des changements de personnel et des ennuis avec le management, Mick Box se retrouve seul membre de son groupe en 1982.

Mais il se ressaisit et rebâtit le groupe en recrutant parmi ses connaissances. Et sort l’album « Abominog » la même année, que beaucoup ont considéré à l’époque comme le plus mature de leur carrière et surtout celui qui les sortit du torrent des années 1970.

Resté stable jusqu’à nos jours, Uriah Heep est aussi devenu un phénomène pour nostalgiques un peu partout dans le monde. Avec plus de 30 millions d’albums vendus et des tournées mondiales qui s’enchaînent, ils n’égalent pas encore les Rolling Stones, mais pourraient bien briser quelques-uns de leurs records. Enfin, s’ils tiennent le coup.

A la Rockhal, ce vendredi 14, ainsi qu’au Spirit of 66 à Verviers, malheureusement complet, le samedi 15 décembre.


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