CÉDRIC KLAPISCH: Casse-couille new-yorkais

« Casse-tête chinois », le troisième volet de la saga autour du jeune Xavier, que le public connaît depuis « L’auberge espagnole », déçoit par un scénario forcé et une histoire de moins en moins crédible.

Même à l’âge d’adulte, la vie de Xavier est semée d’embûches.

La vie de Xavier est compliquée, ça on l’avait compris dès « L’auberge espagnole ». Alors jeune étudiant Erasmus à Barcelone, un peu coincé, il doit intégrer une colocation internationale, réussir son année pour pouvoir entrer au ministère des Finances de Bercy et de surcroît gérer une vie sentimentale de plus en plus compliquée. Dans le second épisode, « Les poupées russes », Xavier a quitté Bercy, est devenu écrivain, mais n’a toujours pas trouvé l’amour de sa vie. Après de longues pérégrinations, il atterrit cependant aux côtés de Wendy, son ancienne colocataire anglaise de Barcelone. « Casse-tête chinois » commence quelque dix années plus tard : Xavier et Wendy ont filé le parfait amour entre Londres et Paris – où ils se sont installés – ont conçu deux beaux petits gosses, mais l’harmonie de leur union est sur le point de se briser. Wendy est lassée par l’égocentrisme de son compagnon. Celui-ci fait déborder le vase en faisant un don de sperme à sa meilleure amie Isabelle, qui veut élever un enfant avec sa compagne, et cela sans le consentement de Wendy – qui le quitte pour un Américain.

Xavier, qui a aussi fait la gaffe de ne jamais la demander en mariage, ne peut faire grand-chose quand Wendy emmène les enfants avec elle pour vivre à New York. Abandonné et proche de la dépression nerveuse, Xavier décide d’embarquer lui aussi pour le Nouveau Monde, où il est accueilli par Isabelle, enceinte de lui, qui y vit et travaille à Wall Street avec Ju, sa copine. Mais voilà, sa vie dans le Big Apple est précaire et difficile. Même le fait d’avoir regagné le contact avec ses enfants ne lui donne pas les moyens de surmonter toutes les difficultés, loin de là. Et puis, quand Martine, son amour de jeunesse, commence à lui rendre visite de plus en plus souvent, le bordel est complet?

Pour une certaine génération et une certaine classe, les aventures du jeune Xavier étaient certainement un espace de projection de leur propre vie. Les déambulations, les doutes, les emmerdes et les hasards qui ont fait de lui ce qu’il était, tout un chacun pouvait s’y reconnaître. Si on y ajoute le style cinématographique très pop qui est propre à Klapisch – les séquences de rêve, le commentaire en voix off qui permet une distance ironique aux événements et les apparitions bizarres de philosophes – la trilogie fait un peu « roman de formation » pour celles et ceux qui ont accédé à l’âge adulte pendant les années 2000.

Pourtant, dans « Casse-tête chinois », l’approche de Klapisch, si louable soit-elle, atteint ses limites. Le scénario déborde d’idées, mais son déroulement se fait dans une telle hâte que la crédibilité en souffre. De plus, les personnages, même s’ils sont familiers à cause des deux premiers épisodes, restent étonnamment plats. On a du mal à comprendre leurs motivations : pourquoi Isabelle décide-t-elle de tromper sa compagne, alors qu’elle vient de réaliser son rêve de maternité ? Avec toutes les emmerdes qui lui tombent dessus, comment Xavier réussit-il à avoir une réflexion cohérente et à faire les bons choix à la fin ? Et puis, c’est surtout le dénouement – qui heureusement exclut une suite – qui est raté à cause d’un moment de kitsch suprême, qui fait plutôt penser à un blockbuster à l’américaine qu’à du cinéma d’auteur européen.

Somme toute, « Casse-tête chinois » ne peut être recommandé qu’à celles et ceux qui veulent faire un dernier adieu au sympathique Xavier qui les a accompagnés tout au long d’une tranche de leur vie.

A l’Utopia.


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