POP: Perfide Albion

Après deux passages en solo au Luxembourg, Pete Doherty retourne au grand-duché en compagnie des Babyshambles. Reste à espérer qu’il sera en forme.

Babyshambles, un phénomène pas que pour bébés.

Né des troubles accompagnant le déclin du précédent groupe de Doherty – les Libertines – les Babyshambles n’ont jamais vraiment su sortir de l’ombre de leur poète ombrageux et drogué. Si ce sont les drogues qui avaient mis un terme – provisoire – à l’amitié avec son partenaire des Libertines, Carl Barât, elles vont définir les performances des Babyshambles dans le sens positif comme dans le sens négatif. En 2004 donc, quand la distance avec les Libertines apparaît de plus en plus clairement, Doherty fonde les Babyshambles comme une sorte d’anti-groupe, son plan initial – emmener aussi le nom des Libertines dans sa nouvelle formation – s’étant heurté à des différends juridiques.

Néanmoins, le groupe pouvait s’appuyer sur le hype déclenché par les Libertines, et la tournée anglaise organisée en 2004 affichait vite complet. Du point de vue du succès dans les bacs, la mélodie est la même, les deux premiers extraits de l’album « Down in Albion » : « Killamangiro » et « Fuck Forever » se retrouvaient dans les Top 10 au Royaume-Uni. Mais c’est en 2005 que les problèmes commencent et se répètent toujours selon le même schéma : les Babyshambles sont annoncés, mais ne jouent pas. Tout le monde le met sur le compte des addictions de Pete Doherty et le management réfute immédiatement, en donnant d’autres explications – ainsi, il aurait raté deux fois de suite son avion pour l’Europe. Entre-temps, Doherty était plus connu pour ses excès de drogues et ses apparitions en une des tabloïds anglais et européens que pour sa musique, sa relation orageuse et ultramédiatisée avec la top-modèle Kate Moss n’étant pas une aide en cela. La carrière musicale de Doherty en tout cas croulait sous les nouvelles d’arrestations et de cures de désintoxication.

C’est aussi en cela qu’il faut se demander si Doherty est vraiment un artiste aussi grand que le décrivent les médias. Certes, il est protéiforme, car aussi poète et plasticien et ses problèmes ne semblent pas avoir eu de conséquences trop négatives sur sa créativité. Et pourtant, il ne s’est jamais départi de son image comme d’autres rock stars accablées par la drogue avant lui – à l’exception d’Ozzy Osbourne peut-être, qui lui non plus ne semble toujours pas avoir compris la leçon. Il semble que Doherty soit incapable de vivre en dehors de cette image de poète hanté et qu’il a du mal à se défaire de ses démons – probablement parce que sans eux, il ne resterait plus grand-chose de lui. Et puis, le problème est qu’il y a une grande différence entre Doherty et par exemple Lou Reed ou Iggy Pop : sa musique n’a jamais vraiment évolué. C’est toujours de la Brit Pop, bien ficelée certes, mais sans expérimentations et sans audace.

Toujours est-il qu’il fait toujours vendre et que ses concerts attirent toujours une foule de curieux. Même si ces dernières années, les Babyshambles ont été un peu plus calmes – et que les tabloïds anglais avaient trouvé en Amy Winehouse une nouvelle égérie cramée par la drogue. Lâchés par leur label Roughtrade en 2006, ils sont repris par EMI en 2007 et y publient « Shotter’s Nation » et se remettent à tourner régulièrement. En 2009, Doherty publie un album solo, baptisé « Grace/Wastelands » et puis rien – ou seulement des rumeurs sur un éventuel nouvel album. Album qui a paru finalement qu’en septembre 2013 sous le titre « Sequel to the Prequel ».

Il appartiendra donc au public de la Rockhal de juger si, oui ou non, Doherty le magnifique sait toujours charmer les foules.

A la Rockhal, le 14 janvier.


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