ÉLECTIONS MUNICIPALES: 32 heures sur 24

A Metz, les élections municipales constituent un enjeu majeur pour le maire sortant : il doit faire face à une droite unifiée, à un Front national plus fort que jamais, tandis que la gauche est divisée.

Metz : forteresse imprenable ?

Dominique Gros a en quelque sorte le profil parfait : fils de militaire, ingénieur spécialisé dans la protection de l’environnement, « catho de gauche », il a tout pour convaincre aussi bien socialistes que chrétiens-démocrates et écologistes. Et pourtant, aujourd’hui, sa réélection n’est pas chose sûre. Selon les derniers sondages publiés par le Républicain lorrain, seulement 37 pour cent des électeurs voteraient pour lui au premier tour des élections municipales à Metz, qui se tiendra le 23 mars. 42 pour cent lui préfèrent sa concurrente Marie-Jo Zimmermann. Quand Dominique Gros a été élu au poste de maire de Metz en mars 2008, la surprise a été grande. C’était la première fois depuis 1848 que la gauche réussissait à remporter Metz, historique ville militaire et catholique. Gros avait battu son plus important adversaire, Jean-Marie Rausch, maire de Metz pendant 37 ans, ce qui lui avait valu le surnom de « dictateur ».

S’il est, d’une certaine façon, arrivé au pouvoir par chance – la droite locale était divisée, l’actuelle candidate Marie-Jo Zimmermann ayant présenté sa propre liste en concurrence avec celle de Rausch, Gros a eu moins de chance par la suite. Quelques mois après son élection seulement, une restructuration militaire à l’échelle nationale est annoncée. Alors que jusque-là, le ministère de la Défense employait environ 8.000 personnes à Metz, soit presque six pour cent de la population active de la ville, la fermeture de trois installations militaires entraîne la suppression de 4.500 de ces postes.

Amélioration du niveau de vie

Une des premières mesures prises par Dominique Gros après son élection est la hausse des impôts dépendant de la municipalité. Entre 2007 et 2013, la taxe foncière et la taxe d’habitation ont respectivement progressé de 4,3 et de 3,9 pour cent par an. Et cela alors que, selon l’opposition et l’ancien maire, Gros « n’en avait pas besoin ». Cela ne restera pas sa seule mesure controversée. Son projet phare, la restructuration profonde du réseau de transports publics et la mise en place du « Mettis », a suscité une polémique autour de la durée des travaux et des coûts de réalisation, qui sont estimés à 230 millions d’euros. « Mettis » est l’appellation de deux lignes de « bus à haut niveau de service » avec une motorisation de type hybride diesel-électrique, sur 18 kilomètres. 27 autobus, avec chacun une capacité de 150 personnes, relient le centre-ville à l’agglomération. Le maire socialiste, qualifié de « maire bobo » par certains, est particulièrement attaché à l’amélioration du niveau de vie à Metz. C’est ainsi que, depuis 2008, a lieu tous les ans la « Nuit blanche », nuit pendant laquelle les musées et institutions culturelles ouvrent leurs portes au public, et qui s’accompagne de spectacles et de manifestations culturelles dans les rues. Dans un désir de démocratisation de la société, Dominique Gros a créé des « comités de quartier », conseils consultatifs destinés à « réactiver une dynamique de dialogue dans les quartiers et avec la municipalité ». Ces comités sont consultés sur des projets concernant leur quartier respectif et peuvent proposer des initiatives en relation avec les habitants.

Aujourd’hui, la principale adversaire de Dominique Gros s’appelle Marie-Jo Zimmermann et fait partie de l’UMP. Vice-présidente du groupe UMP à l’Assemblée nationale, elle avait obtenu 16,5 pour cent des voix au premier et 24,3 pour cent des voix au deuxième tour des municipales de 2008. Zimmermann a fait du porte-à-porte la principale stratégie de sa campagne axée sur la fiscalité, l’insécurité et le déclin des commerces du centre-ville. Elle mise sur sa notoriété en tant que députée et reproche à Gros de ne pas être assez connu au niveau national. Sans jamais vraiment expliquer de quoi il s’agit, la gaulliste promet « une nouvelle stratégie économique » pour sortir Metz de l’impasse de la crise et de la restructuration militaire et a pris  l’engagement solennel de ne pas augmenter les impôts des Messins. « Le matraquage fiscal, ça suffit ! », déclare-t-elle. Mais surtout, Zimmermann, qui reproche à Gros de trop se concentrer sur les quartiers défavorisés, promet de faire face à « l’insécurité », puisque « les Messins ont peur ». Sa proposition : que la police municipale soit d’astreinte tous les jours 24 heures sur 24 « pour répondre aux besoins des habitants ». Et ce, alors qu’il y a eu selon les statistiques une chute de 18,7 pour cent de la délinquance en 2013 par rapport à 2012. Quoi qu’il en soit, Marie-Jo Zimmermann aura le mérite d’avoir uni la plus grande partie de la droite autour d’elle, puisque sa liste est soutenue par l’UMP, l’UDI et le MoDem.

Reste le Front national : le parti de l’extrême droite « décomplexée » soutient à Metz la liste de Françoise Grolet, militante frontiste depuis près de 20 ans. Grolet, fille de Français d’Algérie, conseillère régionale d’Aquitaine jusqu’en 2004, est arrivée à la tête du premier tour des élections cantonales de Metz en mars 2011. Elle se félicite de « ne pas vraiment avoir une tête de facho » et mise, elle aussi, sur le combat contre le « matraquage fiscal » et « l’insécurité ». En plus de cela, elle propose la gratuité du stationnement au centre-ville, veut « mieux armer » les policiers municipaux et se lance dans la lutte pour la « propreté ». Elle promet « une surprise qui explosera à la figure de la gauche et de la droite ». Selon le Républicain lorrain, la liste d’extrême droite pourrait atteindre les onze pour cent au premier tour.

Une surprise explosive ?

Autre courant de droite, sans grande importance celui-là : la liste de Xavier Kormann, qui avait lui aussi réclamé l’investiture UMP, finalement allée à Marie-Jo Zimmermann. Kormann se consacre « à la défense des commerçants » et prône la « re-voiturisation » du centre-ville ainsi que la suppression des zones 30. Ce nostalgique de Jean-Marie Rausch estime qu’« on ne peut pas accueillir en transhumance toute la misère du monde » et demande l’arrêt des dépenses liées aux réfugiés qui arrivent à Metz. Kormann ne rassemble pas plus d’un pour cent des intentions de vote au premier tour.

Clivages traditionnels

La gauche est, comme souvent, affaiblie par ses clivages plus ou moins traditionnels. Mis à part la liste du maire actuel, qui comporte trois communistes, et qui est soutenue par EELV (Europe Ecologie – Les Verts) il y a trois listes de gauche à Metz. Tout d’abord la liste « A Metz l’humain d’abord » soutenue par le Front de Gauche et le Parti communiste, dont 89 pour cent des membres s’étaient prononcés pour des listes indépendantes du PS. Dirigée par Jacques Maréchal, conseiller municipal élu sur la liste d’union de Dominique Gros de 2008, dans l’opposition aujourd’hui, cette liste a fait du logement et de la « préservation des industries » (« faire battre le coeur d’acier de la Lorraine ») son cheval de bataille. Jacques Maréchal veut « relancer l’activité du centre-ville », mettre en place des régies publiques dans le domaine du stationnement, « qui reste à ce jour dans la main des profiteurs », et celui de l’eau, qui aujourd’hui serait « une marchandise au service des profits ». Il revendique la gratuité des transports scolaires et prévoit de créer un « centre municipal de santé ». « A Metz l’humain d’abord » veut « augmenter la part des logements sociaux » et renforcer la taxation sur les logements vacants. La liste de Jacques Maréchal pourrait remporter cinq pour cent des voix au premier tour.

Selon le sondage publié par le Républicain lorrain, environ un pour cent des Messins voteraient pour la liste de Mario Rinaldi, soutenue par les trotskystes de Lutte ouvrière. Ce mécanicien originaire de Hayange veut, selon une interview donnée au Républicain, « renouer avec la lutte des classes ». Il propose notamment « la reconversion des friches militaires pour construire des logements qui manquent ». En 2008, la liste de Lutte ouvrière avait obtenu 1,3 pour cent des votes.

Dans les rues et dans les urnes

Finalement, tout à gauche, il y a la liste « Basta ! » avec à sa tête Stéphane Aurousseau, ancien membre d’« Europe Ecologie – Les Verts ». « Basta ! », qui a opté pour le slogan « Je vote et je rejoins le terrain des luttes sociales », rassemble des écologistes, des personnes issues du monde associatif ou des syndicats, le Nouveau Parti anticapitaliste et les Communards messins, collectif proche de l’anarchosyndicalisme se revendiquant des valeurs de la Commune de Paris de 1871. La liste réclame la gratuité des transports publics et veut « réquisitionner les bâtiments publics vides et taxer les logements vacants ». Aurousseau, directeur d’un accueil périscolaire, réplique au débat sécuritaire lancé par la droite en ironisant : « Je vais doubler les effectif de la police municipale et faire travailler les agents 32 heures sur 24, installer des caméras tous les 100 mètres et virer les pauvres et les étrangers dans le quartier d’à coté ou si possible à l’extérieur de la ville. » « Basta ! » veut combattre le racisme, « d’où qu’il vienne », mettre fin au « traitement policier » de la misère et invite les Messins à « dire basta ! dans les rues et dans les urnes ». La liste rassemble, pour le moment, environ trois pour cent des intentions de vote.

Selon le sondage publié par le Républicain lorrain, le Front national pourrait arriver en troisième place au premier tour des élections, avec actuellement onze pour cent des intentions de vote. Un tel score donnerait lieu à une triangulaire Gros – Zimmermann – Grolet. Dans ce cas, Dominique Gros remporterait le second tour avec 46 pour cent des voix contre 43 pour Marie-Jo Zimmermann et onze pour Françoise Grolet. Cependant, avec onze pour cent d’intentions de vote au premier tour, la participation au second tour du FN n’est pas certaine, la barre fatidique étant située à dix pour cent. Dans le cas d’un duel Gros – Zimmermann, Marie-Jo Zimmermann remporterait le deuxième tour avec 51 pour cent des voix. Ce qui conduit au paradoxe que les socialistes en viennent à espérer que le Front national dépasse les dix pour cent et arrive au second tour.


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