SERGE HOFFMANN: La résistance ne se limite pas au combat patriotique

Entretien avec
Serge Hoffmann, président actuel des „Amis des Brigades
internationales – Luxembourg“.

„Au Luxembourg, 102 personnes se sont engagées dans les brigades internationales“. A côté d’être président des „Amis des Brigades internationales – Luxembourg“,
Serge Hoffmann est aussi conservateur des archives nationales.

Tout commence en novembre 1997, quand de nombreuses personnes ont rendu hommage aux volontaires des Brigades internationales partis du Luxembourg. Le sculpteur Lucien Wercollier a offert une oeuvre, inspirée par ses souvenirs de guerre, intitulée „-No pasarán!“, le cri le plus emblématique de la résistance anti-franquiste. En 1998 a été créée l’a.s.b.l. „Amis des Brigades Internationales-Luxembourg“ (ABIL) et chaque année celle-ci honore les personnes qui sont parties se battre pour le gouvernement démocratiquement élu de la deuxième république espagnole.

woxx: Pour commencer, veuillez nous expliquer ce qu’étaient les Brigades internationales.

Serge Hoffmann: Elles sont nées suite au refus de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste de se retirer du conflit espagnol. En effet, bien qu’en octobre 1936, le comité de non-intervention, sous l’égide de la France et de la Grande-Bretagne, ait décidé que toutes les puissances étrangères devaient se retirer de ce conflit, l’Allemagne et l’Italie continuaient à soutenir les troupes rebelles de Franco. C’est alors que l’Union soviétique décide de créer une force internationale de volontaires pour aider le gouvernement légal espagnol. Plus de 40.000 personnes provenant des pays les plus divers vont combattre ainsi, à partir de novembre 1936, aux côtés des troupes républicaines espagnoles. Et ce jusqu’en septembre 1938 quand, à la demande du gouvernement espagnol, les brigades internationales se retirent d’Espagne afin de contribuer à l’apaisement du conflit.

D’un point de vue statistique, la proportion des volontaires luxembourgeois était très importante …

Au Luxembourg, 102 personnes, de nationalité luxembourgeoise et étrangère, se sont engagées dans les brigades internationales. La plupart d’entre elles sont convaincues que la démocratie était menacée en Espagne et qu’il fallait tout tenter pour faire échec à la montée des régimes d’extrême droite en Europe.

Les volontaires des Brigades internationales sont allés combattre en Espagne, mais pourquoi l’ABIL s’est battue pour qu’ils soient reconnus comme des „résistants de la première heure“?

Parce que ces personnes étaient les premières à s’engager contre les idéologies fasciste et nazie au cours des années 30. Bien avant l’éclatement de la deuxième guerre mondiale, elles se sont rendues compte des dangers qui pesaient sur la liberté des peuples et les démocraties occidentales, au cas où ces régimes fascistes iraient s’imposer en Europe. Pour les membres de l’ABIL, la notion de résistance ne peut se limiter à un simple combat patriotique (comme c’était le cas pendant la seconde guerre mondiale), mais inclut également la lutte contre les idéologies d’extrême droite, qui a commencé bien avant le début de la grande guerre.

L’ABIL est née en mai 1998 pour faire sortir de l’oubli ces combattants de la liberté et pour leur rendre leur honneur. En effet, ils étaient considérés, depuis leur retour d’Espagne, comme des gens ayant contrevenu à la loi – la loi du 10 avril 1937 interdisait et punissait la participation au conflit espagnol. Le but de notre association était d’abord de faire abroger cette loi injuste, afin de les réhabiliter officiellement aux yeux de l’opinion publique.

Votre voeu s’est exaucé le 16 juillet dernier …

En effet, grâce à l’abrogation de la loi de 1937, les „brigadistes“ ont été réhabilités officiellement et ne sont plus considérés comme des personnes ayant commis naguère une „faute“. Ceci signifie également que le Luxembourg reconnaît enfin les mérites de leur engagement en faveur de la liberté et de la démocratie en Europe, une époque où ces valeurs étaient de plus en plus menacées par la montée de régimes autoritaires.

Et comment l’ABIL compte poursuivre son travail?

L’un des buts de l’association est également de mieux faire connaître au grand public l’histoire de ce conflit tragique. Pour cela, elle va continuer à organiser des manifestations, par exemple, des conférences ou des expositions. Son but est également de relancer une discussion publique autour de la „notion de résistance“.

Comment est né chez vous l’intérêt envers ce chapitre de l’histoire? Pourquoi vous êtes-vous tellement investi dans cette association?

Je me suis personnellement engagé dans cette cause, suite à des recherches historiques que j’avais faites au début des années 90 à ce sujet. Profondément convaincu de l’injustice qu’avaient subie ces volontaires depuis leur retour d’Espagne, j’ai décidé de
m’engager pour leur réhabilitation, en essayant de convaincre les autorités publiques (grâce aux recherches historiques, comme celles d’Henri Wehenkel), que les „brigadistes“ méritaient la reconnaissance de la nation luxembourgeoise.

Que propose l’ABIL cette année?

La commémoration de cette année prend évidemment une signification toute particulière. Elle se déroulera en présence du Premier ministre et de nombreux autres invités et sera clôturée par une fête populaire à la maison syndicale de Dudelange où tout le monde est le bienvenu.


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