SERGE HOFFMANN: La résistance ne se limite pas au combat patriotique

von | 17.10.2003

Entretien avec
Serge Hoffmann, prĂ©sident actuel des „Amis des Brigades
internationales – Luxembourg“.

„Au Luxembourg, 102 personnes se sont engagĂ©es dans les brigades internationales“. A cĂ´tĂ© d’ĂŞtre prĂ©sident des „Amis des Brigades internationales – Luxembourg“,
Serge Hoffmann est aussi conservateur des archives nationales.

Tout commence en novembre 1997, quand de nombreuses personnes ont rendu hommage aux volontaires des Brigades internationales partis du Luxembourg. Le sculpteur Lucien Wercollier a offert une oeuvre, inspirĂ©e par ses souvenirs de guerre, intitulĂ©e „-No pasarán!“, le cri le plus emblĂ©matique de la rĂ©sistance anti-franquiste. En 1998 a Ă©tĂ© créée l’a.s.b.l. „Amis des Brigades Internationales-Luxembourg“ (ABIL) et chaque annĂ©e celle-ci honore les personnes qui sont parties se battre pour le gouvernement dĂ©mocratiquement Ă©lu de la deuxième rĂ©publique espagnole.

woxx: Pour commencer, veuillez nous expliquer ce qu’Ă©taient les Brigades internationales.

Serge Hoffmann: Elles sont nĂ©es suite au refus de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste de se retirer du conflit espagnol. En effet, bien qu’en octobre 1936, le comitĂ© de non-intervention, sous l’Ă©gide de la France et de la Grande-Bretagne, ait dĂ©cidĂ© que toutes les puissances Ă©trangères devaient se retirer de ce conflit, l’Allemagne et l’Italie continuaient Ă  soutenir les troupes rebelles de Franco. C’est alors que l’Union soviĂ©tique dĂ©cide de crĂ©er une force internationale de volontaires pour aider le gouvernement lĂ©gal espagnol. Plus de 40.000 personnes provenant des pays les plus divers vont combattre ainsi, Ă  partir de novembre 1936, aux cĂ´tĂ©s des troupes rĂ©publicaines espagnoles. Et ce jusqu’en septembre 1938 quand, Ă  la demande du gouvernement espagnol, les brigades internationales se retirent d’Espagne afin de contribuer Ă  l’apaisement du conflit.

D’un point de vue statistique, la proportion des volontaires luxembourgeois Ă©tait très importante …

Au Luxembourg, 102 personnes, de nationalitĂ© luxembourgeoise et Ă©trangère, se sont engagĂ©es dans les brigades internationales. La plupart d’entre elles sont convaincues que la dĂ©mocratie Ă©tait menacĂ©e en Espagne et qu’il fallait tout tenter pour faire Ă©chec Ă  la montĂ©e des rĂ©gimes d’extrĂŞme droite en Europe.

Les volontaires des Brigades internationales sont allĂ©s combattre en Espagne, mais pourquoi l’ABIL s’est battue pour qu’ils soient reconnus comme des „rĂ©sistants de la première heure“?

Parce que ces personnes Ă©taient les premières Ă  s’engager contre les idĂ©ologies fasciste et nazie au cours des annĂ©es 30. Bien avant l’Ă©clatement de la deuxième guerre mondiale, elles se sont rendues compte des dangers qui pesaient sur la libertĂ© des peuples et les dĂ©mocraties occidentales, au cas oĂą ces rĂ©gimes fascistes iraient s’imposer en Europe. Pour les membres de l’ABIL, la notion de rĂ©sistance ne peut se limiter Ă  un simple combat patriotique (comme c’Ă©tait le cas pendant la seconde guerre mondiale), mais inclut Ă©galement la lutte contre les idĂ©ologies d’extrĂŞme droite, qui a commencĂ© bien avant le dĂ©but de la grande guerre.

L’ABIL est nĂ©e en mai 1998 pour faire sortir de l’oubli ces combattants de la libertĂ© et pour leur rendre leur honneur. En effet, ils Ă©taient considĂ©rĂ©s, depuis leur retour d’Espagne, comme des gens ayant contrevenu Ă  la loi – la loi du 10 avril 1937 interdisait et punissait la participation au conflit espagnol. Le but de notre association Ă©tait d’abord de faire abroger cette loi injuste, afin de les rĂ©habiliter officiellement aux yeux de l’opinion publique.

Votre voeu s’est exaucĂ© le 16 juillet dernier …

En effet, grâce Ă  l’abrogation de la loi de 1937, les „brigadistes“ ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©s officiellement et ne sont plus considĂ©rĂ©s comme des personnes ayant commis naguère une „faute“. Ceci signifie Ă©galement que le Luxembourg reconnaĂ®t enfin les mĂ©rites de leur engagement en faveur de la libertĂ© et de la dĂ©mocratie en Europe, une Ă©poque oĂą ces valeurs Ă©taient de plus en plus menacĂ©es par la montĂ©e de rĂ©gimes autoritaires.

Et comment l’ABIL compte poursuivre son travail?

L’un des buts de l’association est Ă©galement de mieux faire connaĂ®tre au grand public l’histoire de ce conflit tragique. Pour cela, elle va continuer Ă  organiser des manifestations, par exemple, des confĂ©rences ou des expositions. Son but est Ă©galement de relancer une discussion publique autour de la „notion de rĂ©sistance“.

Comment est nĂ© chez vous l’intĂ©rĂŞt envers ce chapitre de l’histoire? Pourquoi vous ĂŞtes-vous tellement investi dans cette association?

Je me suis personnellement engagĂ© dans cette cause, suite Ă  des recherches historiques que j’avais faites au dĂ©but des annĂ©es 90 Ă  ce sujet. ProfondĂ©ment convaincu de l’injustice qu’avaient subie ces volontaires depuis leur retour d’Espagne, j’ai dĂ©cidĂ© de
m’engager pour leur rĂ©habilitation, en essayant de convaincre les autoritĂ©s publiques (grâce aux recherches historiques, comme celles d’Henri Wehenkel), que les „brigadistes“ mĂ©ritaient la reconnaissance de la nation luxembourgeoise.

Que propose l’ABIL cette annĂ©e?

La commémoration de cette année prend évidemment une signification toute particulière. Elle se déroulera en présence du Premier ministre et de nombreux autres invités et sera clôturée par une fête populaire à la maison syndicale de Dudelange où tout le monde est le bienvenu.

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