ÉGYPTOLOGIE: Par-delà l’au-delà

La fascination pour l’Egypte gagne la Grande Région, à la faveur des travaux de restauration du musée égyptologique de Turin, avec l’exposition « Egypte : Dieux. Hommes. Pharaons ».

Sarcophage intérieur de Tapeni, fille du grand prêtre d’Amon. Troisième période intermédiaire, 25e dynastie (712 – 665 av. J.-C.). A l’arrière : momie de Tapeni.
(Photo : © Weltkulturerbe Völklinger Hütte / Wolfgang Klauke)

Un écrin pour le moins incongru, c’est ce qui pourrait venir à l’esprit à l’évocation d’une exposition dédiée à l’Egypte antique dans la salle des soufflantes – machines destinées à fournir l’air de combustion des hauts fourneaux – d’une ancienne usine sidérurgique. Et puis, à la réflexion, un parallèle s’impose : toutes proportions gardées, les monstres d’acier de l’usine de Völklingen se sont tus à jamais et font désormais partie de la mémoire collective, tout comme cette civilisation égyptienne qui les a précédés de quelque 5.000 ans. D’autant que la Völklinger Hütte n’en est pas à son coup d’essai, avec notamment une exposition sur les Celtes en 2010 qui avait attiré près de 200.000 visiteurs.

La restauration d’une partie du musée des antiquités égyptiennes de Turin permet donc d’admirer à distance raisonnable du grand-duché 250 objets prêtés par la vénérable institution piémontaise, fondée dès 1824 et deuxième en importance pour ses collections après le musée du Caire. Une aubaine dont il serait difficile de ne pas profiter, tant pour les amateurs d’Egypte antique que pour les simples curieux.

L’exposition commence en douceur : parcourant des maquettes de temples égyptiens disséminées entre les imposantes machines, le visiteur s’étonne de ne pas voir les pièces exceptionnelles promises. Arrive alors une série de clichés du photojournaliste Helmut R. Schulze qui le plongent un peu plus dans l’intimité des pharaons (c’est ce même photographe qui signe l’exposition « 25 ans de réunification allemande » dans une autre salle du complexe sidérurgique). Mais ce ne sont encore que des représentations. Il faudra passer un portique symbolique pour entrer dans le vif du sujet et admirer de réels objets : une muséographie intelligente, tel un parcours initiatique que n’auraient pas renié les bâtisseurs des pyramides.

Dans une lumière tamisée, 4.000 ans d’histoire égyptienne se trouvent résumés. On peut ainsi admirer des céramiques antérieures à la création d’un Etat unifié égyptien et des statues ptolémaïques pétries d’influence gréco-romaine, à travers un parcours chronologique détaillant les diverses dynasties et périodes intermédiaires. Mais si la vie quotidienne est représentée à travers de nombreux objets usuels (accessoires de maquillage, repose-tête, instruments de musique, sandales?), c’est sur le culte des morts que l’accent est donné.

Au milieu de vases canopes où se trouvaient les viscères embaumés, parmi les ouchebtis destinés à servir leur maître ou maîtresse dans l’au-delà, les représentations de divinités (Horus, Thot, Anubis, Hathor, Bès?) côtoient celles des défunts sur des stèles funéraires gravées d’offrandes ou sur des sarcophages aux couleurs merveilleusement conservées. Les animaux ne sont pas en reste, avec des momies… de chat et de poisson.

Plus loin, côtoyant un extrait du « Livre des morts », trônent les sarcophages de Tapeni et Renpet-Nofret, deux filles d’un grand prêtre d’Amon. Leurs momies, dont les fines bandelettes sont exposées aux regards, constituent en quelque sorte le paroxysme de l’exposition ; tout comme le Nouvel Empire sera l’apogée de la civilisation pharaonique. Alors, dans un instant magique, telles ces jeunes femmes qui nous dévisagent depuis l’au-delà, l’Egypte antique vient à notre rencontre pour mettre en perspective notre société de l’immédiat par sa longévité millénaire.

A la Völklinger Hütte, jusqu’au 22 février 2015.


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