MÉDICOLEAK: #freesven

Alors que leurs collègues allemands sont en état de mort clinique, les pirates luxembourgeois refont la « une » avec le procès intenté à leur leader, Sven Clement.

A chaque pays son leaker. Alors que les Etats-Unis redoutent les révélations encore à venir d’Edward Snowden, l’Etat luxembourgeois tremble devant un pirate qui lui a démontré que ses bases de données étaient gérées de façon criminellement inefficace. Un état de fait que chaque personne qui – de près ou de loin – a déjà côtoyé les services de l’Etat connaissait pertinemment, mais dont personne ne semblait se soucier. Jusqu’à ce qu’un jeune politicien ambitieux découvre chez son médecin sportif que ce dernier ne protégeait les données privées de ses patients que par un mot de passe ridicule, accolé de surplus à son écran. Et qu’il le révèle, tout en utilisant ce fait pour soutenir les idées de son parti, les pirates. Sven Clement a-t-il fait de son procès un coup de pub ou non ? Difficile d’en juger, mais reconnaissons que s’il avait été planifié, ce serait un coup de maître. Et surtout un véritable blâme pour l’Etat, qui n’a rien su faire d’autre que de tirer sur le messager, au lieu de tout mettre en oeuvre pour mieux protéger les données de ses citoyens. Un Etat qui, de l’autre côté, veut se vendre à l’étranger comme un « safe haven » de l’ICT et qui vient de débaucher un des plus brillants professeurs dans le domaine – le Portugais Paulo Vérissimo – et de lui confier la mission de mettre en place le « Centre for Security, Reliability and Trust » de l’université, avec une bourse de cinq millions d’euros. Un Etat qui, après tout, ne sait toujours pas de combien de bases de données dispose sa bureaucratie…

Combien de banques de données ?

C’est dans ce contraste, entre une bureaucratie que Clement décrit comme « léthargique, ignorante et incompétente » et une économie qui cherche fébrilement à faire avancer le Luxembourg numérique sur le marché mondial, que les pirates ont trouvé leur niche. Ce qui explique les tergiversations du procureur dans le procès intenté à Clement : d’un côté il lui a donné raison, en se déclarant aussi choqué par la façon dont cette banque de données était gérée, de l’autre il a persisté à qualifier le fait que le chef flibustier ait pris le mot de passe en photo de « vol ». Cependant, des arrêts antérieurs de la Cour de cassation démontrent très bien que la photographie n’est pas un vol. « Dans le cas où le vol serait retenu contre moi, je n’aurais pas d’autre choix que d’aller en révision », commente Clement, « Car si cela devenait une jurisprudence, ce serait une attaque contre le journalisme et aussi contre les droits d’auteur. Une information n’est tout simplement pas une ‚chose‘ qu’on peut voler. » Quant au fait que le procureur lui ait reproché une deuxième consultation non motivée de la base de données du service médico-sportif, l’intéressé l’explique par la nécessité de fournir des preuves à son premier avocat, qui ne comprenait pas très bien la teneur exacte du scandale.

Ainsi, les pirates grand-ducaux sont de retour avec fracas sur la scène politique, pour un moment du moins. Car, contrairement à leurs collègues allemands, les représentants luxembourgeois des pirates disposeraient d’une « culture du dialogue plus efficace et plus sympathique », soutient Clement. Et d’ajouter : « Chez nous, toutes les tendances sont représentées dans les hautes instances du parti. Ce qui n’est pas le cas en Allemagne. Mais j’espère qu’ils se remettront debout devant le nouvel ennemi qu’est l’AFD. Il reste encore de la marge pour un vrai parti libéral en Allemagne. » Après les débâcles en série du FDP, pourtant, rien n’est moins sûr.


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