DAVID AYER: Patriotisme banal

300 nazis, un tank américain et cinq hommes, des vrais. Tel est le point de départ de « Fury », nouveau film du réalisateur américain David Ayer – ancien militaire et véritable homme, lui aussi.

Des hommes, des vrais – l’équipe de « Wardaddy » (Brad Pitt) dans « Fury ».

On est à quelques semaines de la fin de la Seconde guerre mondiale. L’Allemagne nazie est quasiment vaincue, mais refuse de se rendre. C’est le moment pour le sergent Don Collier (Brad Pitt), appelé « Wardaddy », dirigeant une équipe de quatre combattants, d’entrer en jeu. Lui et trois de ses hommes sont ensemble depuis la campagne d’Afrique du Nord et ont miraculeusement survécu aux batailles d’Italie, des Ardennes et de Normandie. Rejoints par la jeune recrue Norman (Logan Lerman), ils ont comme mission de percer la ligne de front allemande avec un char d’assaut et faire face à 300 soldats nazis pris dans un dernier élan de folie guerrière. Entre le sang, le feu et les membres arrachés, l’équipage du tank doit tenter le tout pour le tout.

Avec « Fury », David Ayer, entre autres scénariste et producteur de « Training Day », scénariste de « The Fast and the Furious » et réalisateur de « End of Watch », signe son deuxième long-métrage en l’espace d’à peine six mois, après « Sabotage ». Un vrai Stakhanov du film, pourrait-on dire, si l’expression n’avait pas une connotation un brin trop bolchévique pour un réalisateur aussi profondément américain que l’est Ayer.

« Fury » s’inspire de l’histoire vraie d’un commando américain, installé à bord d’un char d’assaut ?appelé « Fury ». D’ailleurs, de vrais tanks historiques ont été empruntés à des musées d’histoire militaire et les acteurs ont rencontré des vétérans de la Seconde guerre mondiale en guise de préparation pour le film.

Décidément, Brad Pitt adore chasser du nazi, et ça le rend sympathique, a priori. Après « Inglorious Basterds » de Quentin Tarantino, où il dirigeait un commando de soldats juifs américains semant la terreur dans les rangs nazis, il est tête d’affiche d’un nouveau blockbuster de guerre hollywoodien. Mais là où Quentin Tarantino exploitait jusqu’au bout le champ de tension entre soif de vengeance, violence et morale, « Fury » fait dans le patriotisme banal, revanchard et belliqueux. Quand « Wardaddy » force, arme à la main, le jeune Norman à exécuter un prisonnier de guerre allemand pour lui montrer à quoi ressemble la guerre, la vraie, une conclusion s’impose : La guerre, c’est moche, mais quelqu’un doit bien la faire. Néanmoins, dans la narration de David Ayer, les soldats américains, même face aux pires des barbares, arrivent à ne pas (trop) basculer dans la barbarie eux-mêmes.

Malgré cela, d’un point de vue purement technique, le film est réussi. David Ayer réussit à plonger le spectateur au coeur de la bataille. La claustrophobie et la panique, la chaleur et la mort à l’intérieur d’un char entouré d’ennemis deviennent palpables. Avec une mise en scène minimaliste et spartiate mais réussie de combats de chars électrisants, le réalisateur arrive à convaincre. Malheureusement pour le film, des dialogues faussement philosophiques et empreints d’« héroïsme » patriotique en ralentissent le rythme et, à la longue, tapent sur les nerfs. « Fury » est un film de guerre comme on en a vu des dizaines, avec un message douteux en surplus. Il ne vaut pas le coup.


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