MORTEN TYLDUM: Le père des nerds

« The Imitation Game » rend enfin hommage à Alan Turing, un des pionniers de l’informatique et héros de la Seconde Guerre mondiale – mis à l’écart pour son homosexualité.

Alan Turing, probablement le premier « nerd » informatique de l’histoire…

Sans Alan Turing, cet article n’aurait probablement pas pu être tapé sur un ordinateur – un Mac de surcroît, la marque dont le logo, la pomme croquée, fait toujours référence selon certains à la mort de ce génie qui a changé pour toujours notre rapport aux machines et qui est décédé après avoir mordu dans une pomme empoisonnée au cyanure. Suicide ou meurtre : la question n’a jamais été résolue. Et pourtant, trouver des réponses à des énigmes a été le propre de la vie d’Alan Turing. Elevé à la dure dans les internats de l’Upper Class britannique, le jeune Turing montre très vite des signes de génie. Ce qui ne lui vaut pas vraiment les sympathies de ses camarades de classe. C’est pourquoi il se plonge très vite dans l’étude approfondie de problèmes mathématiques et cryptographiques.

Au début de la guerre contre l’Allemagne, Turing rejoint les cryptographes de Bletchley Park – une unité spéciale qui doit casser le code des machines « Enigma » utilisées par la Wehrmacht pour transmettre les ordres. Le problème : le procédé Enigma est tellement complexe qu’il offre 159 milliards de milliards de combinaisons possibles… et les Allemands changent de code tous les jours à minuit. L’équipe de Turing se trouve donc embarquée dans un contre-la-montre meurtrier. Alors que ses collègues tentent de déchiffrer les messages cryptés par la seule force de leurs esprits, Turing est persuadé que seule une machine peut décoder le travail d’une autre machine. C’est pourquoi il construit « Christopher », nommé d’après son premier et probablement seul amour de jeunesse, mort depuis longtemps : une machine, ou un ordinateur primitif dirons-nous, capable d’apprendre et de se réajuster par rapport aux changements de code quotidiens des Allemands.

Bien que ce succès écourte la guerre de deux ans, selon les experts, la vie d’Alan Turing n’est tout de même pas la meilleure : embarqué dans une aventure plus grande que lui, entouré d’espions soviétiques et de supérieurs méfiants et surtout dans l’impossibilité de revendiquer son travail héroïque (l’histoire du décryptage du code allemand ne sera déclassifiée qu’en 2000), il tombe à cause d’une banale histoire de passe homosexuelle et se suicidera après avoir accepté une castration chimique. Turing ne sera gracié de façon posthume qu’en 2013.

Même si « The Imitation Game » a le grand mérite d’éclairer le grand public avec une histoire connue seulement des « nerds », le film de Morten Tyldum n’échappe pas à l’eau de rose déversée sur la vie de Turing. C’est surtout l’épisode de ses éphémères fiançailles avec une collègue de travail, inventé de toutes pièces, qui est vraiment superflu et n’apporte rien à l’histoire – même si le personnage n’a pas été placé pour tenter de nier l’homosexualité de Turing.

Sinon, c’est surtout Benedict Cumberbatch, l’acteur principal, qui agace : celles et ceux qui le connaissent de la série « Sherlock » remarqueront que, finalement, il ne s’est pas démis de ses manies, tics et tocs acquis dans son travail sur ce rôle. Un peu plus de retenue et moins de surdramatisation auraient pu faire du bien.

En somme, pour un biopic ordinaire, « The Imitation Game » fait l’affaire, mais sans plus. Il y aurait sûrement eu moyen de faire un film plus subtil sur le destin tragique d’Alan Turing.

A l’Utopolis Kirchberg.


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