RAPPORT ARTUSO: Excusez du peu !

von | 03.04.2015

Alors que les conclusions du rapport Artuso sont en train de sortir le débat sur la collaboration de sa léthargie, les conséquences politiques se font attendre : entre des archives mal gérées, une recherche historique hypothéquée et l’incapacité notoire de la politique à prendre des décisions courageuses, le champ est large.

Que ce soit samedi dernier au Casino – Forum d’art contemporain ou mardi dernier au centre culturel de Reckange-sur-Mess, les conférences et tables rondes sur le rapport Artuso sont toujours propices à remplir les salles. Et, dans les discussions, les langues se délient. La phrase « Enfin, le tabou est brisé » est d’ailleurs souvent entendue. Pourtant, le cheminement qui va du rapport vers des excuses officielles de la part du gouvernement envers la communauté juive pour les faits de collaboration – désormais incontestables – de la Commission administrative s’avère difficile.

Et cela pour deux raisons. D’abord, parce que le dialogue entre pour et contre est semé d’embûches et de malentendus. On a très bien pu le voir lors de la table ronde à Reckange-sur-Mess, où l’auteur du rapport devait débattre avec Jean Hamilius, l’ancien ministre libéral qui l’avait ouvertement attaqué dans ses mémoires, ne supportant pas que ce jeune historien s’apprête à défaire le mythe national du « Luxembourg résistant ». Entre-temps, il semble qu’Hamilius ait repris un peu ses esprits, car la confrontation s’est résumée au constat suivant de sa part : « Il est vrai que la plupart des Luxembourgeois n’étaient pas des héros. Et je n’ai jamais dit que tout le pays était entré dans la résistance contre les nazis. » Cela ne l’a pas empêché de camper sur la position du « non » à d’éventuelles excuses. Même quand furent évoqués les douloureux souvenirs d’Henri Juda, dont le père était l’un des six Juifs (contre 3.000 réfractaires) cachés par des Luxembourgeois pendant la guerre et dont les peines ne se sont pas terminées avec le retour « à la normale » après 1945.

Pour résumer des heures de discussion : au-delà de la question de savoir s’il faut s’excuser ou non, il reste celle, plus importante, de comprendre au nom de qui et pour quoi il faut s’excuser. Ne suffirait-il pas d’accepter sa responsabilité – comme l’avait fait Jacques Chirac – au lieu de s’excuser formellement comme l’avait fait Elio Di Rupo ? Des questions dont ont débattu les membres de la conférence des présidents, le comité scientifique derrière le rapport Artuso et Xavier Bettel en personne. Avec le résultat que pour les politiques le rapport, au lieu de lever le flou, en a produit davantage, tant les conclusions de cette séance – dont le woxx s’est procuré le procès-verbal – sont restées vagues. On y lit par exemple que, pour le premier ministre, « ce rapport ne constitue pas un aboutissement, mais une étape dans le travail sur notre histoire », et Bettel de renvoyer vers le rapport sur les « comptes dormants » encore à faire et d’insister pour qu’on ne politise pas ce dossier.

Six contre 3.000

Ce qui pourrait être un vœu pieux, tant cette politisation a marqué le début de la polémique autour de ce rapport. Une seule conclusion a été fanfaronnée à l’unanimité à la fin de la séance : il faut continuer à explorer l’histoire douloureuse de la collaboration.

C’est vite dit et ça ne coûte rien de le dire, même si c’est une négation totale de la rhétorique encore employée à la publication du rapport, où ce dernier était considéré comme quelque chose de définitif. Encore faut-il se donner les moyens de le faire. Et c’est là où le bât blesse. Certes, le fameux « Institut du temps présent » a été mentionné dans la commission, mais cela ne le rend pas plus réel pour autant. Surtout lorsqu’on pense que, d’après les annonces gouvernementales de fin 2013, il aurait dû être mis sur pied depuis un bon moment. S’y ajoute encore la problématique des archives, dont on ne peut énumérer ici tous les déboires subis ces dernières années. Encore une fois une affaire de moyens qu’il faut se donner. Donc, en conclusion – intermédiaire cela s’entend – on pourrait dire : ou les politiques trouvent le courage de réagir vite, ou ils devront donner enfin les moyens conséquents aux archives et à la recherche – universitaire – d’aller encore plus loin. Ne rien faire des deux n’est tout simplement pas une option.

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