EXPOSITION: Le fantĂ´me des Soufflantes

von | 11.05.2007

„All we need“ apporte un regard engagĂ© sur notre mode de vie. Le woxx porte un regard dĂ©calĂ© sur l’exposition et ses visiteurs.

J’habite ici, au sous-sol. J’observe, je compare. Accompagnez-moi pour une visite un peu spĂ©ciale.
(photos et montage: woxx)

Bonjour, je me prĂ©sente, je m’appelle … Non, pas de nom. Je suis, comme on dit, immigrĂ© clandestin. Peu importe comment je m’appelle et d’oĂą je viens.

J’habite ici, Ă  la Halle des soufflantes. LĂ  oĂą il y a cette expo, „All we need“. Moi, je loge au sous-sol, en cachette, sans eau courante ni lumière. Les besoins, j’en sais quelque chose.

Attention, je ne dis pas ça pour me plaindre. C’est vrai que l’expo, j’en profite. Tenez, la plage dans la partie spacieuse de la halle, au tout dĂ©but de votre parcours, des fois je m’y installe discrètement, et je regarde passer les visiteurs, peinĂ©s par leur mauvaise conscience. Il faut dire que les concepteurs n’y sont pas allĂ©s de main morte: une historiette de Böll sur la poursuite insensĂ©e du bonheur, des photos mettant en Ă©vidence l’artificialitĂ© et l’absurditĂ© du tourisme alpin, un avion qui tournoie inlassablement au-dessus de la plage et symbolise le coĂ»t environnemental des voyages lointains.

Choices

Certains doivent se dire: „J’suis pas comme ça, moi. En vĂ©ritĂ©, je dĂ©teste les touristes et j’aime et je respecte la nature.“ Pour ceux-lĂ , l’expo a des choses Ă  proposer: apprendre la langue du pays de destination, lire un guide du tourisme „fair“, acheter des certificats de reforestation pour compenser les Ă©missions CO2 du long-courrier. Etre un touriste soutenable, ce n’est pas si difficile.

Moi, je ne déteste pas les touristes. Dans mon pays, ils font vivre des tas de gens. Mais si eux voyageaient un peu moins, et nous un peu plus? Le Sud est à leur disposition, alors que pour nous, le Nord est presque inaccessible.

Il est vrai que l’Ă©migration, c’est pas le sujet de l’expo. Le message serait plutĂ´t: en satisfaisant vos besoins, pensez Ă  ne pas mettre d’autres dans le besoin. Encore que: la fusĂ©e de l’Ă©tape suivante – „Survive“ – qu’on devra prendre quand, sur terre, on aura l’eau jusqu’au cou, fera de nous tous des Ă©migrĂ©s.

LĂ  encore, conseils bien intentionnĂ©s. La production alimentaire industrialisĂ©e et mondialisĂ©e est-elle compatible avec la survie de l’humanitĂ©?, interroge le panneau explicatif. Oui, Ă  condition de „consommer juste“, au lieu de juste consommer, rĂ©pond l’Ă©talage de palettes de produits bio, commerce Ă©quitable et rĂ©gionaux. Et rassurent celles et ceux qui s’inquiètent pour leur confort, leur „niveau de vie“: ces produits sont aussi standardisĂ©s, se conservent aussi bien, sont aussi disponibles que les produits „normaux“. Ils doivent respirer: on leur demande une obole plutĂ´t que des sacrifices.

Ensuite, on leur demande leur avis. L’espace „Choose“, ce sont des affiches Ă©lectorales d’un cĂ´tĂ©, des isoloirs de l’autre. Aucun endroit n’est prĂ©vu pour discuter avant de voter, mais ça n’a pas l’air de gĂŞner les gens. Ils semblent mĂŞme très contents de pouvoir rĂ©pondre Ă  l’abri des regards, Ă  des questions posĂ©es par un ordinateur. Par contre, j’ai observĂ© des personnes s’indigner qu’on leur demande de laisser leur empreinte digitale – chez nous, les quelques fois qu’il y a des Ă©lections, c’est tout Ă  fait normal. DĂ©cidĂ©ment, la dĂ©mocratie, c’est très diffĂ©rent d’un continent Ă  l’autre.

Le week-end, quand je m’ennuie, j’aime bien Ă©pier les visiteurs dans la partie centrale de la halle, quand ils passent le long de couloirs Ă©troits, entre plafonds noircis, tuyauteries rouillĂ©es et tableaux de commande dĂ©saffectĂ©s. Rassurez-vous, vous ne risquez pas de vous trouver nez Ă  nez avec moi. Je connais toutes les portes secrètes et les locaux condamnĂ©s, depuis le temps que j’habite ici …

On en entend, des choses. Dans la partie sur l’industrie de l’habillement, il est indiquĂ© que les produits utilisĂ©s pour la confection d’un simple jean parcourent au total 50.000 kilomètres par avion. „Tu vois chĂ©rie, pour la pollution, ce ne sont pas nos voyages en Nouvelle-ZĂ©lande et en Ecuador qui vont faire la diffĂ©rence“, en a dĂ©duit un visiteur.

Meanings

Plus loin, on traverse un cabinet mĂ©dical qui illustre la diffĂ©rence entre la protection sociale au Nord et son absence au Sud. Un panneau suggère que la solidaritĂ© et l’Etat providence devraient passer du niveau national au niveau mondial. Ce serait bien que mes cotisations, si un jour j’ai mes papiers, elles servent aussi Ă  aider mon vieux père, restĂ© lĂ -bas. Mais c’est le contraire qui risque d’arriver: les jeunes travailleurs du Sud payeront pour les populations âgĂ©es au Nord, comme aujourd’hui le travail des frontaliers finance les retraites luxembourgeoises.

Ce qui inspire le plus les visiteurs, c’est la salle avec les monceaux de riz. AmassĂ©s sur des feuilles de papier blanc, chaque grain reprĂ©sente un ĂŞtre humain, et l’ensemble indique ici le nombre de milliardaires dans le monde, lĂ  celui d’enfants morts de faim au Niger en 2006. „Comme c’est affreux“, entends-je dire une mère de famille. Sa progĂ©niture, entretemps, se livre Ă  des statistiques comparatives: „Regarde maman, le tas Ă©norme de gens qui vont chez Macdo tous les jours. Il est mĂŞme plus gros que celui des victimes de l’holocauste.“

Cette salle reprĂ©sente aussi un cauchemar pour les organisateurs: les visiteurs marchent sur les feuilles et tripatouillent les amas de riz. Avec des consĂ©quences parfois dramatiques quand il s’agit des monceaux „Personnes ayant marchĂ© sur la lune“ ou „Les Beatles“. Personnellement, c’est dans les gros tas – millionnaires dans le monde etcaetera – que je prĂ©lève mon bol de riz quotidien. En fĂ©licitant les concepteurs d’avoir utilisĂ© une denrĂ©e alimentaire et non des billes ou des pièces de cinq centimes pour illustrer les inĂ©galitĂ©s dans le monde.

Enfin, parfois je m’installe sous les combles, baignĂ©s d’une lumière rouge tamisĂ©e, sur un des futons molletonnĂ©s gĂ©ants qui invitent au rĂŞve. L’avant-dernière Ă©tape, „Dream“, est souvent dĂ©sertĂ©e par les visiteurs. Serait-ce parce que moins les gens ont de vrais problèmes, moins ils ont de rĂŞves? Pourtant, le bruitage invite Ă  des songes „de luxe“: ceux qui ont de quoi manger, un emploi, une maison, peuvent s’allonger et rĂŞver d’une sociĂ©tĂ© juste et du bonheur universel. Songes de luxe … lĂ , je suis trop dur … tout dĂ©pend comment on les conçoit. De toute façon, pour ceux dans l’ombre, le rĂŞve d’une sociĂ©tĂ© juste se confond plus ou moins avec celui de la survie et de la sĂ©curitĂ©.

Justice et partage, c’est prĂ©cisĂ©ment le sujet de la station ultime, „Stand up“. Les visiteurs sont invitĂ©s Ă  calculer leur empreinte Ă©cologique. Vous devez confesser combien de kilomètres vous faites en voiture par semaine et combien de fois vous mangez de la viande. A la fin, on calcule quelle part de la surface de la terre est nĂ©cessaire pour soutenir durablement ce niveau de consommation. Et un facteur indiquant combien de fois il faudrait la surface de la terre si tous ses habitants faisaient comme vous. J’ai fait le test: 0,7 terres suffiraient – pas Ă©tonnant, vu mes conditions de vie. Quant au score du woxxi qui m’a interrogĂ©, par pudeur, je le tairai.

Dreams

Une artiste propose une solution: offrir Ă  chaque humain une Ă®le composĂ©e de sa part de terre cultivĂ©e, de jungle, de dĂ©sert et de mer. Elle a Ă©galement calculĂ© ce que reprĂ©senterait pour chaque individu un partage Ă©quitable des ressources et du confort. Sur la planète Neotopia, on est analphabète une bonne part de l’annĂ©e, le portable ne fonctionne que tous les trois jours et sur l’annĂ©e, l’eau courante est disponible moins de quatre mois sur douze. Mais on y dispose de 19 litres de bière par an … „C’est l’essentiel“, a observĂ© un visiteur, puis: „Partager Ă©quitablement est utopique. Mais, mal comme ça va, que peut-on faire?“ Les concepteurs de l’expo ont des rĂ©ponses Ă  proposer: une sĂ©rie de cartes postales vous incite Ă  vous engager politiquement et Ă  consommer moins – ou mieux … MĂŞme les cuvettes des chiottes, en sortant Ă  gauche, sont au service du dĂ©veloppement durable, puisqu’elles sĂ©parent l’urine des autres matières fĂ©cales. Tout, donc, est prĂŞt pour le meilleur des mondes possibles …

Et, quand vous vous tiendrez en haut, Ă  l’entrĂ©e toute sombre du toboggan qui, après l’Ă©pisode du rĂŞve, doit vous ramener sur terre: ayez une pensĂ©e pour ceux qui, au Sud, se jettent de mĂŞme dans le noir avec une apprĂ©hension de ce qui les attend. Ceux qui, avec leurs seuls rĂŞves comme bagage, partent pour une odyssĂ©e semblable Ă  cette descente dans l’obscuritĂ©, mais dont ils ignorent s’ils en sortiront victorieux, voire vivants.

www.allweneed.lu

Le site propose du matĂ©riel pĂ©dagogique, mais comme le concept est encore „under construction“, mieux vaut prendre contact avec les organisateur-trice-s: info@allweneed.lu

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