Réfugié-e-s : Point de (non-)retours

von | 04.06.2021

L’association Passerell a accusé le ministère de l’Immigration d’avoir brutalement reconsidéré son attitude par rapport aux réfugié-e-s afghan-e-s. Le ministère rétorque qu’aucun-e migrant-e n’a été renvoyé-e, mais ignore les difficultés auxquelles ces gens sont exposés.

© MAEE

Blessé dans son amour-propre, Jean Asselborn a fait un tour sur le carrousel médiatique ce jeudi matin. Invité des tranches matinales de RTL et de la radio 100,7, il a fermement démenti l’accusation de l’association Passerell, qui a constaté que les demandes de protection internationale accordées à des ressortissant-e-s afghan-e-s étaient en chute libre (61 pour cent de refus) – alors que la situation en Afghanistan se dégrade de jour en jour et que la reprise en main du pays par les talibans devient inéluctable. Pour Asselborn, la montée au créneau de Passerell servirait avant tout « à faire opposition à tout prix ». Et de répéter qu’il a été le seul ministre européen chargé de l’immigration « à ne pas renvoyer des personnes en Afghanistan ». Les réfugié-e-s débouté-e-s auraient toujours la possibilité de se pourvoir en justice, voire de trouver un travail pour rester sur le territoire. Bref, Jean Asselborn est et reste le dernier et le meilleur humaniste en Europe, c’était le message à passer.

Mais tout n’est pas si simple, comme le constate Ambre Schulz, chargée de communication chez Passerell : « Mettre les gens déboutés sous l’obligation de quitter le territoire ou de trouver un travail leur impose un énorme stress. Nous avons vu des jeunes abandonner l’école pour se mettre à la recherche d’un travail », témoigne-t-elle. Et de demander : « Vu la situation difficile sur le marché du travail et le fait que parmi les réfugié-e-s se trouvent des personnes traumatisées, pourquoi ne pas leur octroyer une protection internationale ? »

Un autre argument avancé par Asselborn est le rapport « Country Guidance Afghanistan » de l’European Asylum Support Office (EASO), qui exige « une analyse individuelle de chaque demande de protection internationale faite par des ressortissants afghans. Sur base de ces éléments, une protection n’est pas systématiquement attribuée à ces derniers », répond le ministère au woxx. Ce qui expliquerait pourquoi les chiffres varient tant : sur recommandation de l’EASO, le grand-duché est passé au cas par cas.

Les talibans, participants aux processus politiques

Pourtant, il y a matière à réfléchir avant d’appliquer ces recommandations, comme l’observe Ambre Schulz : « Le dernier rapport de l’EASO sur lequel s’appuie le ministère date de décembre 2020. Or la situation en Afghanistan s’est dramatiquement détériorée depuis. L’annonce du retrait des troupes américaines a créé une dynamique dangereuse. » Une réalité que le ministère n’ignore pas : « Les talibans contrôlent aujourd’hui environ la moitié du territoire et multiplient les attaques meurtrières dans les grandes villes du pays. Ainsi, en matière de protection internationale, une analyse individuelle en fonction de la région d’origine est faite, et une décision est prise sur base des éléments de crainte individuels fournis par le demandeur », répond-il au woxx.

Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter que « les talibans ne sont par contre plus considérés comme une organisation terroriste. Ils participent aux processus politiques en Afghanistan ».

S’y ajoute l’omission d’un document du Conseil européen signé en janvier à Bruxelles : la « Joint Declaration on Migration Cooperation between Afghanistan and the EU », qui ouvre largement la voie à de possibles retours de migrant-e-s en Afghanistan. Ce qui est critiqué d’ailleurs dans un rapport d’une autre alliance européenne, l’European Council of Refugees and Exiles (ECRE), qui s’offusque de ce changement politique. Bref, Jean Asselborn peut toujours nier, le vent est en train de tourner – il souffle froid sur les visages de celles et ceux qui ont fui vers l’Europe, terre des droits humains.

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