HIP HOP: Yo, deng Mamm

von | 20.07.2007

Z-Town Massiv, De Läb, Uranami – tous des noms auxquels on fera mieux de s’habituer, car c’est officiel: le hip-hop (en) luxemborgeois existe bel et bien.

Rapper en luxo: un vrai défi où tout reste à faire.

„Bien-sĂ»r que tu as besoin d’un ego surdimensionnĂ© pour faire cela. Je veux dire, prendre un micro, se poser devant les gens et commencer Ă  faire tes rimes“, raconte n.u.&z.i en remettant sa casquette dans le bon sens. On est dans une cuisine moderne et bourgeoise, quelque part dans le Sud du pays. Et non, il n’y pas de jeunes femmes Ă  poil qui bougent leur cul sur des beats sexy et le truc qu’il tire de sa poche n’est pas un Magnum 45, mais un portable un peu vieux jeu. Premier constat: le hip-hop luxembourgeois n’est pas du gangsta rap copiĂ©-collĂ© des clips sur MTV. „Tout est encore Ă  faire dans la scène ici“, raconte le fraĂ®chement converti. En fait, la scène rap est au mĂŞme stade d’Ă©volution que la scène rock il y a dix ans. „On ne va quand mĂŞme pas proposer une Rap-Hal“, rigole-t-il. MĂŞme s’il est bien placĂ© pour le savoir, car en 1997 il prenait aussi sa part active dans des groupes de rock alternatif, une scène alors naissante. C’est de cette pĂ©riode aussi que date sa première collaboration avec DJ PC. Ce qui ne veut pas forcĂ©ment dire qu’il soit politiquement correct – il se trouve juste que ce sont ses initiales.

Mais avant de voir en dĂ©tail ce que fait le hip-hop luxo, il faudra bien faire le mĂ©nage des clichĂ©s vĂ©hiculĂ©s sur cette musique. Comme le rock de nos jours, le hip-hop vient de la tradition du blues. „Les racines du hip-hop plongent aussi bien dans les lamentations des esclaves noirs sur les champs de coton, que celles du rock“, affirme n.u.&z.i. Mais, alors que ces lamentations ont enfantĂ© une musique – le blues – qui, après avoir Ă©tĂ© adaptĂ©e par le public blanc est devenu la musique moderne archĂ©typale pour presque toute la planète, le cheminement du hip-hop est un peu diffĂ©rent. C’est une tradition orale, plus basĂ©e sur les contenus et la spontanĂ©itĂ© avec laquelle ceux-ci sont crĂ©es que sur la musique elle-mĂŞme. Non pas que la musique ne compterait pas, mais elle se trouve releguĂ©e Ă  l’arrière-plan. Rares sont les rappeurs Ă  se produire sur scène avec de vrais musiciens, normalement on prĂ©fère les tourne-disques (turntables, dans le jargon). Mais l’essence mĂŞme de cette musique se situe dans le free-style, entendez: improvisation vocale. „Au dĂ©but, je ne faisais que cela: m’enfermer dans ma cave avec quelques potes, vider quelques bouteilles et prendre le micro pour rimer. A l’Ă©poque, je faisais mes rimes en français, ce n’est que par l’entremise de quelques amis que je me suis mis Ă  utiliser le luxembourgeois,“ raconte-t-il.

Mise en scène commerciale

Mais qu’en est-il des clichĂ©s si souvent vĂ©hiculĂ©s? Le rap macho, gangster, qui ne parle que flingues, drogues et putes? Les origines de la violence dans le hip-hop sont Ă  trouver dans l’habitude des MC’s (entendez: les gars derrière le microphone, Ă  ne pas confondre avec les DJ’s derrière les tourne-disques) Ă  se „disser“. „Disser“ quelqu’un revient Ă  dire du mal de lui, mais de façon fair play, donc devant lui. Ainsi, lors des concerts – qui souvent fontionnent selon la mĂ©thode d’une compĂ©tition – il peut arriver que deux MC’s s’affrontent … verbalement. „Ce n’est absolument pas fait pour dĂ©gĂ©nĂ©rer. Si moi je disse un autre DJ, c’est rien d’autre que de la pure dĂ©connade entre potes. Un moyen pour voir qui est le meilleur MC, mais pas pour savoir qui est le plus fort ou le plus mĂ©chant d’entre nous „, explique n.u.&z.i. Ces règles non-Ă©crites n’empĂŞchent pas que ces „batailles“ puissent mal touner. Et pas seulement aux Etats-Unis, oĂą les rivalitĂ©s entre rappeurs de la cĂ´te est et ouest ont dĂ©jĂ  coĂ»tĂ© la vie Ă  plusieurs musiciens. „Au Luxembourg aussi il y a eu une scène oĂą des gens venus de l’extĂ©rieur sont venus chercher des ennuis lors d’un concert. Et ça s’est assez mal terminĂ©“, tĂ©moigne-t-il, sans pourtant donner plus de dĂ©tails. Mais c’est lĂ  peut-ĂŞtre aussi un des attraits de ce milieu: se mettre volontairement en scène, exhiber ses points de vue jusqu’Ă  ce que la provocation bascule dans l’affrontement ouvert. On aime bien jouer avec le feu dans le rap et les frontières sont souvent peu claires. Bref: il y a des idiots partout, y compris au Luxembourg. En fait, le „diss“ est devenu plutĂ´t une pratique commerciale – qui paie Ă©normĂ©ment. „Il arrive souvent qu’en produisant un disque, un rappeur appelle un soi-disant concurrent pour l’avertir qu’il va le disser sur une de ses chansons. Alors celui-ci lui promet qu’il va rĂ©pondre sur son prochain enregistrement et le succès des deux disques est garanti“.

En ce qui concerne les particularitĂ©s de la scène locale, qui comme on l’a dit en est encore Ă  ses tout dĂ©buts, n.u.&z.i, croit avoir dĂ©celĂ© quelques dĂ©tails: „Premièrement, cela se passe exactement comme avec la scène rock, la musique la plus innovatrice vient du Sud du pays. Il y a bien une petite scène Ă  Ettelbruck – rebaptisĂ© Ettelbrooklyn pour l’occasion – mais on n’entend pas beaucoup parler d’eux“. Et puis, le hip-hop aurait eu du mal Ă  ses dĂ©buts pour se dĂ©marquer sĂ©rieusement des quelques produits commerciaux lancĂ©s par diverses initiatives, mais dĂ©pourvues de crĂ©dibilitĂ©: pensons une minute au plus que pĂ©nibles The Gentles, qui n’ont mĂŞme pas rĂ©chignĂ©s Ă  mettre leur musique empreinte de morale mais vide de contenus au service de l’Ă©glise …

„Ce n’est pas le fait que ces gens lĂ  ont commencĂ© Ă  rapper en luxembourgeois, qui les rendrait crĂ©dibles. Pour moi, c’est devenu un choix d’utiliser le luxembourgeois dans mon groupe Z-Town Massiv parce-que je voulais ĂŞtre compris par les gens. Il s’agit de vulgariser ses propos, de se rendre comprĂ©hensible. Un peu comme Luther qui a traduit la bible en allemand,“ironise-t-il.

www.myspace.com/ztownmassiv

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