EXPOSITION: SOHPIE CALLE: Douleur rédemptrice

von | 27.07.2007

Sans trop d’attentes je me suis embarquĂ© dans le „voyage au bout de la douleur“ de Sophie Calle. J’ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris. RĂ©cit d’un parcours subjectif.

Un roman photo nous emmène au coeur de la douleur … et au-delĂ .
(photo: Raymond Klein)

Une photo sous-exposĂ©e d’une gare illuminĂ©e, quelque part le long du Transmandchourien. Je lis: “ Les haut-parleurs diffusent des chants rĂ©volutionnaires. Des hommes en bleu de travail et casquette. La Chine. Je me souviens, j’avais seize ans et j’Ă©tais maoĂŻste.“ Ah bon? Sur mon bloc, je note pĂ©niblement: M-A-O-I-S-T-E. Je m’ennuie dĂ©jĂ . Que suis-je venu faire ici?

Volontaire pour un article sur l’exposition „Douleur exquise“ de Sophie Calle, je me retrouve Ă  la Rotonde 1. Devant moi, une cloison rouge qui suit la courbe du mur extĂ©rieur.

Des photos de formats diffĂ©rents Ă©troitement serrĂ©es les unes contre les autres, accompagnĂ©es de quelques textes dans le style journal intime. De droite Ă  gauche, les photos suivent la chronologie du voyage de l’artiste „avant la douleur“. Au centre de la rotonde, derrière la cloison, j’imagine la mise en scène de la rupture amoureuse qui a inspirĂ© l’exposition. Exposition … „exhibition“ en anglais. C’est Ă  coups d’exhibitions que Sophie Calle s’est rendue cĂ©lèbre, en dĂ©voilant l’intimitĂ© – la sienne et celle des autres: dressant dans LibĂ© le portrait d’un inconnu dont elle avait trouvĂ© le carnet d’adresses dans la rue, fouillant et photographiant les affaires des clients et clientes d’un hĂ´tel vĂ©nitien, documentant sa carrière de stripteaseuse Ă  Pigalle …

S’agit-il vraiment d’art? Je reviens sur mes pas, repasse devant la photo de Sophie et de la voyante: „J-46“, 46 jours avant la rupture donc, „Je ne sais plus oĂą j’en suis. Ce soir, au carrefour de Shinjuku, j’ai croisĂ© une diseuse de bonne aventure …“ Trois photos plus loin: un Japonais, yeux fermĂ©s et canne blanche. La voyante ayant recommandĂ© de visiter des invalides, Sophie Calle s’est choisi un aveugle, lui a offert des couverts – „ustensiles dĂ©calĂ©s au Japon“, oĂą l’on mange avec les baguettes – et l’a photographiĂ©. Des lubies illustrĂ©es de photos „sur le vif“ – ces piètres ingrĂ©dients me rappellent d’autres travaux de l’artiste. Le livre „Les panoplies“, rĂ©cit de ses striptease, se rĂ©duit Ă  un souvenir d’enfance, une note finale, et de nombreuses photos d’elle en train de se dĂ©shabiller. De l’art?

L’oeuvre serait-elle constituĂ©e par l’acte en lui-mĂŞme plutĂ´t que par son reflet dans un livre ou une expo? L’histoire de „Douleur exquise“ est racontĂ©e et illustrĂ©e de manière Ă  ce qu’on marche dans les pas de l’artiste, avec ses Ă©motions et ses folles pensĂ©es intimes. „LĂ  oĂą ça devient intĂ©ressant, c’est qu’en partant de quelque chose qui d’extrĂŞmement personnel on dĂ©bouche sur quelque chose de presqu’universel.“ Je me souviens de cette apprĂ©ciation de Daniel Buren, artiste que Sophie Calle a choisi pour prĂ©senter son projet „Prenez soin de vous“ au pavillon français de la Biennale de Venise, actuellement en cours. Dans cette oeuvre très „concept art“ – l’histoire d’une autre rupture, que Sophie Calle a fait interprĂ©ter par une centaine d’autres femmes – Daniel Buren a trouvĂ© que l’universel primait sur le nombrilisme. Que dirait-il de „Douleur exquise“? Un roman photo?

J-16. Une assiette. Puis des fleurs. La cloison rouge s’inflĂ©chit vers le centre de la rotonde. J-8. Un lit. Une robe nouvellement achetĂ©e. Les retrouvailles de Sophie et de son homme sont prĂ©vues Ă  New Delhi. J’ai du mal Ă  me concentrer. Le bruit du contournement de Bonnevoie pĂ©nètre par les grandes vitres de la rotonde. Les reflets de la lumière extĂ©rieure m’empĂŞchent de bien apprĂ©cier les photos. VoilĂ  le bout de la cloison. Sur ma gauche, une paroi en tĂ´le rĂ©flĂ©chissante m’enserre, me guide. Au coin, j’aperçois un bout de gaze. J’entre dans le „coeur de la douleur“.

La chambre 261 de l’hĂ´tel ImpĂ©rial. RestituĂ©e Ă  travers une installation très sobre. Sous un Ă©cran de gaze tombant du plafond, le lit sur lequel on imagine Sophie Calle recevant l’annonce de la rupture. A cĂ´tĂ©, le tĂ©lĂ©phone rouge qu’elle a fixĂ© toute la nuit. Il règne un grand silence. Je suis impressionnĂ© par la majestĂ© de la mise en scène. EnvoĂ»tĂ©. SonnĂ©.

Je respire un grand coup et me dirige vers les doubles panneaux constituant la troisième partie de l’exposition, „après la douleur“. DisposĂ©s sur un parcours en zigzag, on retrouve Ă  chaque fois en haut Ă  gauche la mĂŞme photo du lit et du tĂ©lĂ©phone. Sur le premier panneau, en-dessous de cette photo, sur fond noir, je lis: „Il y a 5 jours, l’homme que j’aime m’a quittĂ©e. C’Ă©tait un ami de mon père. Il m’avait toujours fait rĂŞver.“ Et caetera. L’artiste ressasse son histoire, afin de conjurer sa souffrance. A cĂ´tĂ©, en-dessous d’une photo d’un lavabo, inscrit en noir sur blanc: „Il s’appelait Jean. J’avais vingt-sept ans, lui, quarante-sept …“ Il ne s’agit pas de la douleur de Sophie Calle, mais d’une autre histoire, d’une autre personne qui a trouvĂ© une lettre de rupture un matin dans la salle de bain. Car de retour en France, l’artiste a eu l’idĂ©e de recueillir les expĂ©riences les plus douloureuses d’autres personnes, avec l’idĂ©e de relativiser sa peine. Les doubles panneaux juxtaposent des versions successives de sa propre douleur, entre J+5 et J+99, et d’autres histoires, qui sont racontĂ©es, rĂ©inventĂ©es par Sophie Calle.

Après les „malheurs de Sophie“, assez nombrilistes, je dĂ©couvre un dialogue virtuel avec l’humanitĂ©. Ruptures, dĂ©cès, maladie, honte, tout se retrouve dans ces textes longs entre cinq et trente lignes. Je dĂ©vore les inscriptions, apprĂ©ciant le naturel avec lequel est Ă©voquĂ©e la mort, admirant la candeur avec laquelle est rendue la honte d’un enfant. Les images, soignĂ©es mais guère artistiques, agrĂ©mentent Ă  merveille les textes. Après le roman photo, les miniatures littĂ©raires. Après l’ennui, l’enthousiasme.

Ce n’est pas tout Ă  fait une surprise. Le livre „Des histoires vraies + dix“ m’avait beaucoup plu, Ă©blouissant avec ses anecdotes alliant densitĂ© et finesse. Une finesse retrouvĂ©e sur les panneaux de gauche: en apparence, ils racontent la mĂŞme histoire, en vĂ©ritĂ©, ils trahissent l’Ă©volution des sentiments de Sophie Calle. En passant de la peine Ă  la colère, puis Ă  l’ironie. Au fil des panneaux, l’Ă©criture de blanche devient grise, s’assombrit pour se fondre dans le noir du fond. A l’image du souvenir de la douleur qui s’estompe.

Dernier panneau. Un pot de crème dans un frigo. Après deux heures passĂ©es dans l’exposition, je suis content d’avoir terminĂ©. SoulagĂ© d’avoir assistĂ© au dĂ©nouement heureux de l’exorcisme de Sophie Calle. Conquis par la qualitĂ© de son Ă©criture. MĂŞme la photo me plaĂ®t.

Douleur exquise, par Sophie Calle, Ă  la Rotonde 1

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...