Le rapport annuel 2025 du Corps grand-ducal d’incendie et de secours, dévoilé mi-juillet, montre une institution confrontée à des interventions toujours plus nombreuses et complexes, cherchant à préserver son modèle fondé sur le volontariat.

Alain Becker et Paul Schroeder présentant le bilan de l’année 2025. (Photo : Yolène Le Bras)
Avec 75.814 interventions en 2025, soit une hausse d’environ 5 % par rapport à l’année précédente, le Corps grand-ducal d’incendie et de secours (CGDIS) poursuit une tendance désormais bien installée. Les secours à personnes représentent toujours l’essentiel de son activité (90 %), avec plus de 68.000 interventions, loin devant les incendies (2.665) et les accidents de la circulation (2.056). Les missions du SAMU ont, elles aussi, progressé de 8 %.
Pour le directeur général Paul Schroeder, cette évolution s’explique avant tout par la croissance démographique et le vieillissement de la population luxembourgeoise. Mais les chiffres ne suffisent pas à expliquer les mutations en cours, car les missions des secours évoluent également dans leur nature. Si les accidents de la route ont augmenté en 2025, ils sont souvent moins graves grâce à des véhicules plus sûrs. En revanche, les interventions deviennent plus techniques : les matériaux innovants, les batteries haute tension des véhicules électriques ou encore les technologies embarquées obligent les équipes à adapter en permanence leurs méthodes d’intervention et leur formation.
Le changement climatique constitue un autre défi désormais bien identifié : les épisodes de canicule et les feux de végétation conduisent le CGDIS à adapter aussi bien ses équipements que ses procédures. « Si tout le monde participe à cet effort de prévention, la vie sera plus facile pour nous », souligne Paul Schroeder, rappelant que des gestes aussi anodins qu’un barbecue ou une cigarette peuvent rapidement provoquer un départ de feu lorsque la végétation est particulièrement sèche.

2 : 5 hectares de champs ont brûlé samedi 18 juillet à Greiveldange (Photo du CGDIS)
Des exigences croissantes
À ces risques amplifiés s’ajoute une question plus structurelle : celle du renouvellement des effectifs. Après un pic en 2024 de 7.411 membres au total, le CGDIS en comptait 7.349 fin 2025, dont 6.890 pompiers volontaires. Les journées de recrutement ont également attiré moins de candidats que l’année précédente, confirmant les difficultés rencontrées pour renouveler les effectifs volontaires. Pour le président du conseil d’administration, Alain Becker, cette évolution reflète des transformations plus larges de la société. « Les défis rencontrés dans le domaine des secours ne cessent de s’accroître et les exigences imposées aux volontaires sont de plus en plus élevées », écrit-il dans le rapport annuel. Les jeunes, observe-t-il également, multiplient aujourd’hui les loisirs et souhaitent moins souvent s’engager durablement au sein d’une seule organisation.
Face à ces évolutions, le CGDIS entend poursuivre sa transformation. L’année 2025 a notamment été marquée par l’adoption d’une nouvelle Charte des valeurs, fondée sur « l’engagement, la solidarité, la fiabilité et le professionnalisme », ainsi que par l’organisation des premières Assises du volontariat, destinées à réfléchir à l’avenir de cet engagement essentiel au fonctionnement des secours luxembourgeois. La création de l’association « Lëtzebuerger Jugendpompjeeën » vise également à préparer la relève.
Sur le plan opérationnel, le CGDIS met aussi en avant le développement de l’application « Staying Alive », qui permet d’alerter des citoyen·nes formé·es aux premiers secours en cas d’arrêt cardiaque, ainsi que le déploiement pilote de quatre ambulances électriques. Le rapport promeut également un guide destiné aux urbanistes afin de faciliter l’accès des services de secours aux nouveaux quartiers dès leur conception, illustrant une volonté d’intégrer les enjeux de sécurité en amont des projets d’aménagement. À plus long terme, ces initiatives devraient être complétées par plusieurs projets d’infrastructure, parmi lesquels le futur Centre national d’appui logistique et technique à Mersch, appelé à renforcer les capacités opérationnelles du corps dans les années à venir.
« Ce n’est qu’en restant fidèles à cette Charte et en préparant les générations futures que nous pourrons continuer à bâtir un service de secours moderne, solidaire et résolument tourné vers l’avenir », conclut Paul Schroeder.
Canicule : l’exception qui devient la norme
L’épisode de canicule qui a touché le Luxembourg fin juin a offert un aperçu très concret des défis évoqués dans le rapport annuel du CGDIS. Face à des températures ayant atteint localement les 40°C et à un passage au niveau de vigilance rouge décidé par les autorités, les services de secours ont dû adapter leur organisation en quelques heures.
Le Corps grand-ducal d’incendie et de secours a renforcé ses effectifs afin d’assurer à la fois la couverture des festivités de la fête nationale et la prise en charge d’une activité opérationnelle en forte hausse. Dès le 22 juin, les interventions quotidiennes augmentaient d’environ 35 % par rapport à une journée habituelle. Deux jours plus tard, les services de secours étaient mobilisés à 350 reprises en vingt-quatre heures, soit près de 70 % d’interventions supplémentaires, principalement pour des secours à personnes.
Au-delà de cette mobilisation, la canicule a également conduit les autorités à renforcer la coordination entre les différents services de l’État. Un poste de commandement opérationnel commun (PCO-C), réunissant notamment le CGDIS, la police grand-ducale, la Direction de la santé, l’armée et le Haut-commissariat à la protection nationale, a été activé au centre national de crise de Senningen afin de suivre en temps réel l’évolution de la situation et d’adapter les moyens engagés.
Lors d’une visite au centre de gestion des opérations, le premier ministre, Luc Frieden, et le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden, ont salué « l’exceptionnelle mobilisation » des pompiers volontaires et professionnels. Les autorités ont également rappelé que le respect des consignes – limiter les activités physiques, s’hydrater régulièrement ou éviter tout risque de départ de feu – constitue un moyen essentiel de ne pas accroître la pression sur les services de secours.
Longtemps considérés comme exceptionnels au Luxembourg, ces épisodes de chaleur extrême deviendront plus fréquents sous l’effet du changement climatique. Pour le CGDIS, il ne s’agit donc plus seulement de réagir à une crise ponctuelle, mais d’adapter durablement son organisation.

