À l’occasion d’une conférence de presse commune, la Chambre des salariés (CSL) et le Mouvement écologique (Méco) ont présenté leurs positions sur deux projets majeurs pour la mobilité : le leasing social pour véhicules électriques et la réforme de la fiscalité des voitures de société.

« Nous allons dans la mauvaise direction, que ce soit d’un point de vue social ou climatique », alertent la présidente du Méco, Blanche Weber, et le directeur de la CSL, Sylvain Hoffmann. (Photo : Yolène Le Bras)
« Nous allons dans la mauvaise direction, que ce soit d’un point de vue social ou climatique », alertent la présidente du Méco, Blanche Weber, et le directeur de la CSL, Sylvain Hoffmann. Le projet de leasing social, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027, vise à subventionner les contrats de location de véhicules électriques pour les ménages bénéficiaires du complément de vie chère (CVC). Or, si la CSL et le Méco accueillent favorablement cette initiative, qui répond à une demande de longue date, ils pointent toutefois plusieurs faiblesses structurelles. Premièrement, le ciblage apparaît excessivement restrictif. En limitant l’accès aux seul·es bénéficiaires effectif·ves du CVC, le dispositif exclut les ménages éligibles qui ne réclament pas cette aide, soit environ 40 % des bénéficiaires potentiel·les. Les deux organisations plaident pour une ouverture basée sur les conditions d’éligibilité, et non sur le seul versement effectif. De plus, le nombre de bénéficiaires est estimé à seulement 7.800 ménages sur la période 2027-2032, soit environ 2 % du marché annuel des nouvelles immatriculations. Face à l’objectif de 49 % de véhicules électriques dans le parc d’ici 2030, ce chiffre semble insuffisant.
Deuxièmement, la limitation à un seul contrat de leasing par ménage est jugée inadaptée. Pour les ménages composés de deux adultes actif·ves, cette restriction complique l’accès à l’emploi et aux services essentiels. La CSL propose donc de moduler le nombre de contrats en fonction du nombre d’adultes du foyer. « Les frontaliers, qui sont pourtant des piliers pour l’économie luxembourgeoise, sont également exclus du dispositif », déplore aussi Claude Roeltgen, de la CSL. Enfin, sur le plan financier, l’absence de plafonnement des loyers et du prix des véhicules est vivement critiquée. Sans ces garde-fous, le programme risque de soutenir l’industrie du leasing plutôt que d’offrir un avantage réel aux ménages modestes. La CSL regrette également que le financement, assuré à 75 % par le Fonds social pour le climat, mobilise l’intégralité de l’enveloppe européenne attribuée au Luxembourg, laissant peu de marge pour d’autres mesures sociales. Les deux organisations demandent une augmentation significative du budget et une extension du dispositif aux premier et cinquième déciles de revenus, avec une aide dégressive.
Fiscalité des voitures de société : une réforme rejetée
Concernant la réforme de la fiscalité des voitures de société, la CSL et le Méco expriment un désaccord profond. Le projet gouvernemental prévoit de prolonger l’avantage fiscal pour les véhicules électriques jusqu’en 2030, mais aussi de réduire le taux d’imposition des hybrides rechargeables (PHEV) de 2 % à 1 %. Cette mesure est jugée incohérente. D’une part, les PHEV ont été exclus des primes directes à l’achat depuis 2022 en raison de leur bilan environnemental douteux. Des études, dont celles de l’association « Transport & Environment », qui regroupe une cinquantaine d’ONG, révèlent que leurs émissions réelles dépassent de 3,5 à 6 fois les valeurs officielles d’homologation. « Les soutenir fiscalement revient à encourager une technologie qui reste dépendante des énergies fossiles », fustige Marc-Alexandre Krier du Méco.
D’autre part, cette réforme créerait un manque à gagner fiscal estimé à 5 millions d’euros par an, une somme qui pourrait être redéployée vers le leasing social ou l’installation de bornes de recharge. Les deux organisations rappellent aussi que seul·es 8 % des salarié·es bénéficient d’une voiture de société, principalement les cadres et les hauts revenus. Ce dispositif constitue donc un privilège socialement régressif, qui accentue les inégalités. Plutôt que de réintroduire un avantage pour les PHEV, les deux organisations préconisent une modulation plus exigeante de la fiscalité selon les émissions réelles mesurées par les systèmes embarqués et une réaffectation des recettes vers des mesures sociales et écologiques.
La CSL et le Méco réaffirment que la transition écologique ne pourra réussir que si elle est socialement juste, rappelant que les transports publics en sont la « voie royale » et que leur développement doit rester une priorité absolue. Selon eux, la crédibilité de la politique climatique luxembourgeoise dépend dès lors de la cohérence entre les objectifs du PNEC, les investissements dans les transports publics, les incitations fiscales et les dispositifs d‘aide sociale.

