EDUCATION: Echec systématique

von | 06.12.2007

La dernière Ă©valuation Pisa n’est pas tendre avec le système scolaire luxembourgeois. Mais Ă  tout Ă©chec, quelque chose est bon. Il s’agit juste d’en tirer les enseignements.

Mauvaise note pour le système scolaire luxembourgeois? On prend l’éponge, on efface tout et on recommence !
(photo: stock.xchng)

Jamais deux sans trois. Après les humiliations imposĂ©es par les deux Ă©valuations PISA prĂ©cĂ©dentes – l’Ă©tude comparative menĂ©e par l’OCDE sur les systèmes scolaires de ses membres – le Luxembourg vient de se prendre sa troisième douche froide. On savait le pays nul en lecture, mĂ©diocre en mathĂ©matiques, on sait dĂ©sormais qu’il est mauvais en sciences, domaine sur lequel la troisième Ă©dition de l’Ă©valuation a mis l’accent. Pour faire court : aussi bien en culture scientifique que mathĂ©matique, qu’en comprĂ©hension de l’Ă©crit, le Luxembourg se situe en deçà de la moyenne de l’OCDE.

« Il n’y a pas de mauvais Ă©lèves sans mauvais système scolaire ! Â», titre le communiquĂ© de presse des Verts, qui n’ont pas attendu longtemps pour dĂ©gainer. L’Ă©ducation, c’est leur cheval de bataille, et le dĂ©putĂ© en charge du dossier, Claude Adam, n’a de cesse de critiquer le caractère timorĂ© des rĂ©formes engagĂ©es par la ministre socialiste de l’Ă©ducation nationale, Mady Delvaux-Stehres. « Si les raisons de l’Ă©chec de notre système scolaire sont multiples, la raison principale rĂ©side dans le fait que notre population scolaire a rapidement et profondĂ©ment Ă©voluĂ© depuis les annĂ©es 70, mais que notre système scolaire n’a, quant Ă  lui, guère Ă©voluĂ© Â», tranche-t-il plus loin.

Certes, ce constat n’est pas nouveau. Il a mĂŞme Ă©tĂ© corroborĂ© scientifiquement dès les annĂ©es 70 par l’Ă©tude « Magrip Â» (Matière grise perdue), qui rĂ©vĂ©lait Ă  quel point le système scolaire luxembourgeois tendait Ă  reproduire les inĂ©galitĂ©s sociales. Le rapport national de l’Ă©tude Pisa 2006, dans son chapitre sur les implications de l’Ă©valuation pour le système scolaire, revient – comme un ricochet – en gros sur les impacts cumulĂ©s du contexte socioĂ©conomique et des lacunes intrinsèques au système scolaire sur les performances des Ă©lèves.

Ainsi, les rapporteurs soulignent que le parcours scolaire des Ă©lèves ayant grandi « dans une famille issue de l’immigration ou dans un environnement social moins favorisĂ© est plus chahutĂ© Â». Si l’Ă©cole n’est pas comptable de ces inĂ©galitĂ©s de dĂ©part, elle aggrave cependant la situation en essayant de « rĂ©partir progressivement la population scolaire hĂ©tĂ©rogène au dĂ©part en groupes d’apprentissage de plus en plus homogènes. Â» Tel est en effet le pĂ©chĂ© capital du système scolaire luxembourgeois : si tous les Ă©lèves passent par un enseignement primaire unitaire, ils sont ventilĂ©s – prĂ©maturĂ©ment – dès leur entrĂ©e dans le secondaire sur base de critères plus arbitraires qu’objectifs vers l’enseignement secondaire (ES), secondaire technique (EST) ou prĂ©paratoire.

Ségrégation sociale et ethnique

ConsĂ©quence de cette sĂ©lection prĂ©coce : une « sĂ©grĂ©gation sociale et ethnique Â», d’après les termes employĂ©s par les rapporteurs, qui estiment que des « doutes empiriquement fondĂ©s sont donc permis en ce qui concerne la pertinence de la voie actuellement empruntĂ©e par le système Ă©ducatif luxembourgeois pour faire face Ă  l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de sa population scolaire Â». Hormis la parenthèse de la seconde moitiĂ© des annĂ©es 70, oĂą le gouvernement social-libĂ©ral avait tentĂ© de mettre en place un système de tronc commun, cette option n’a plus Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e. Sous la pression de l’Ă©vidence toutefois, le principe du tronc commun n’est plus rejetĂ© systĂ©matiquement par l’actuel ministère. Delvaux-Stehres sait qu’elle doit faire face aux conservatismes et corporatismes de certain-e-s enseignant-e-s du secondaire, voire de parents d’Ă©lèves, qui voient d’un mauvais oeil que leurs tĂŞtes blondes choyĂ©es se retrouvent dans les mĂŞmes salles de classes avec des Ă©lèves d’autres catĂ©gories sociales.

A cette mĂ©thode de « diffĂ©renciation externe Â», donc de sĂ©lection dans des filières distinctes et hiĂ©rarchisĂ©es, les rapporteurs prĂ©conisent une « diffĂ©renciation interne Â», en s’appuyant plus systĂ©matiquement sur les profils individuels des Ă©lèves. Aussi, le principe du redoublement est mis en question. Si, depuis des annĂ©es, un nombre croissant d’enseignant-e-s s’Ă©lève contre le système de compensation des notes afin d’Ă©viter Ă  l’Ă©lève de redoubler, ils ne font que critiquer une mauvaise solution Ă  un mauvais système. Actuellement, les Ă©lèves sont condamnĂ©-e-s Ă  atteindre un profil moyen d’exigences dans tous les domaines. Des lacunes trop fortes dans certaines branches conduisent au redoublement. ConsĂ©quence : les Ă©lèves ne sont ni soutenus dans les domaines oĂą ils prĂ©sentent des faiblesses, mais bridĂ©s dans ceux oĂą ils montrent de bonnes aptitudes.

Il n’est donc pas Ă©tonnant que le rapport Pisa salue des initiatives tels que le Projet cycle infĂ©rieur (Proci), appliquĂ© dans le cycle infĂ©rieur de l’EST et dont ils estiment qu’il « pourrait indiquer la marche Ă  suivre Â». D’ailleurs, le ministère ne manque pas de souligner que les Ă©lèves ayant participĂ© au Proci « affichent une avance de 15 points en sciences, de 17 points en lecture et de 21 points en mathĂ©matiques, et, en gros, une demi-annĂ©e scolaire d’avance sur les autres Ă©lèves de l’EST.

Il ne reste plus qu’Ă  espĂ©rer que les autoritĂ©s scolaires grand-ducales abandonnent la voie luxembourgeoise des petits pas et du compromis qui ne satisfait personne et ne rĂ©sout les problèmes qu’Ă  moitiĂ©. La rĂ©forme de l’Ă©cole luxembourgeoise a besoin d’un coup d’accĂ©lĂ©rateur en direction d’un système moins prĂ©maturĂ©ment sĂ©lectif, dotĂ© de moyens matĂ©riels consĂ©quents et de concepts pĂ©dagogiques plus axĂ©s sur les profils individuels des Ă©lèves. Il faudra bien un jour trancher la question et, quitte Ă  faire des mĂ©contents, autant les faire parmi les tenants du rĂ©gime actuel, dont la faillite est consacrĂ©e par les faits. Ils auront tout le temps de leur retraite pour s’en remettre et tout le temps du monde pour dĂ©verser leurs frustrations dans les colonnes du courrier des lecteurs du « Wort Â».

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