Reporter.lu : Condamnés au succès

von | 11.12.2017

L’équipe derrière reporter.lu a gagné son premier pari en empochant les 150.000 euros nécessaires au lancement du projet. Pourtant, le plus gros reste à faire et les responsabilités engagées dépassent le cadre du seul média.

Chez reporter.lu, ils révolutionnent même Noël…

Qui l’eût cru ? 150.000 euros pour un nouveau média en quelques semaines à peine, même au riche Luxembourg c’était un défi, d’autant plus que le « crowdfunding » ne fait pas partie des moyens de financement auxquels la population du grand-duché est habituée. Un tel succès ne s’explique pas uniquement par l’attrait que promet une nouvelle formule de journal web qui n’appartient pas à une des grosses maisons d’édition présentes sur le territoire, mais elle répond forcément aussi à un besoin.

Un besoin déclenché par la méfiance croissante à l’encontre de la presse dite « traditionnelle » et du grand bordel qu’est l’internet avec ses réseaux sociaux où l’on peut trouver des informations à chaque sujet, mais où souvent la véracité est difficile à prouver. C’est le grand avantage que propose reporter.lu : celui de prendre son lectorat par la main et de le guider à travers les méandres de l’information, tout en soulignant son indépendance des « gros », qui aiment tant manipuler les informations.

Mais ces promesses sont risquées. Certes, reporter.lu n’a pas fait la faute d’ajouter « neutre » comme adjectif dans le descriptif qu’on peut lire sur sa page web encore plus ou moins vide. Mais en se targuant d’être « indépendant, critique, faisant dans l’investigation et participatif », la barre est assez haute. Et on peut douter que le challenge de publier un article d’investigation par jour, dans une totale indépendance, tout en restant à l’écoute du lectorat, soit facile, ou même humainement possible avec une équipe qui – pour l’instant encore – se réduit à deux personnes fixes et une flopée de freelances.

Grandes responsabilités

S’y ajoute que la prétendue indépendance est tout à fait relative. Aucun média, même pas le woxx, ne se dirait à cent pour cent indépendant. Et la même chose vaudra pour reporter.lu une fois qu’il remplira les conditions pour recevoir l’aide à la presse en ligne. C’est donc un premier leurre.

Le deuxième est celui de la promesse d’être critique. Si l’idée de douter de toute information et d’apporter le souci permanent d’une mise en perspective est primordiale pour chaque journaliste qui prend son boulot au sérieux, on voit mal où reporter.lu fera la différence. D’autant plus que le premier article mis en ligne et dédié au complexe politico-médiatique au Luxembourg ressemble plutôt à une vengeance froide par rapport à l’ancienne maison des fondateurs de reporter.lu, les éditions Saint-Paul, et surtout contre le président du conseil d’administration Luc Frieden. L’article est fondamentalement déséquilibré dans le traitement des autres maisons d’édition, petites et grandes. Si le woxx a l’habitude d’être ignoré – alors que nous leurs avions quand même consacré une « Une » à leur lancement ,– il manque des analyses concernant le Lëtzebuerger Land, la radio 100,7, forum, Paperjam et d’autres encore. En même temps, le Journal a droit à une couverture disproportionnée.

Certes, cet article n’était qu’un premier jet. Mais il ne remplit pas à cent pour cent les conditions et les exigences auxquelles le projet se soumet. Espérons que lors du vrai lancement au printemps prochain les ajustements nécessaires auront été faits. Car un échec du projet reporter.lu ne serait pas uniquement une catastrophe pour l’équipe, mais pour tout le paysage médiatique – la méfiance envers les « vieux médias », tant prônée comme argument de vente sur le site, en serait multipliée. Les responsabilités endossées par reporter.lu sont donc énormes.

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