Luc Caregari: Créatif hors du commun

von | 19.10.2007

Cette semaine, le Luxembourg a lancé les licences « Creative Commons ». Derrière ce nom se cache la possibilité pour un-e auteur-e de partager librement ses créations.

Les droits d’auteur sont un sujet ennuyant, mais restent d’actualité à cause de la bataille que mènent les « pirates » de l’internet et les grandes multinationales. Alors que les premiers essaient d’imposer le « tout est gratuit », les deuxièmes défendent leurs droits de façon de plus en plus agressive. Les « Creative Commons » font figure de médiateurs entre les deux positions extrêmes. En proposant des licences pour créateurs où ceux-ci peuvent choisir entre plusieurs options, ils libèrent les oeuvres tout en préservant certains droits des créateurs. Ceux-ci peuvent choisir entre plusieurs types de licences : celle qui ne réserve que la paternité de l‘?uvre est la plus basique, c’est-à-dire que chaque autre utilisateur pourra copier, modifier et distribuer cette oeuvre sous condition qu’il mentionne le nom de l’auteur. Les autres licences contiennent des restrictions supplémentaires comme l’interdiction de modification ou de l’utilisation commerciale ou encore celle du partage des conditions initiales à l’identique, qui permet modification et distribution de l‘?uvre mais seulement sous les mêmes conditions que celle-ci a été créée.

En fait, les « Creative Commons » ne font qu’appliquer aux oeuvres culturelles de tout genre – musique, vidéo, photo, littérature – ce que Linux a développé contre l’hégémonie Microsoft : un moyen de fonctionner librement sans pression commerciale sur la base d’un contenu libre et modifiable par tous les membres de la grande communauté internet. Comme l’a rappelé John Buckman, le fondateur du label Magnatunes et membre du Conseil d’administration de « Creative Commons » aux States lors de la conférence de lancement lundi dernier au CRP Henri Tudor, l’invention de ces licences est américaine. Et c’est vrai, il y a dans le fait d’utiliser ces licences un certain charme pionnier. « On va vers l’Ouest et on ne sait pas exactement ce qui nous attend. Pourtant, je ne crois pas que les grandes multinationales vont disparaître, mais plutôt qu’une co-existence pacifique va s’établir », estime Laurent Kratz, le chef de la start-up eschoise Jamendo, la première plateforme musicale du Luxembourg à utiliser ces licences, lors de la même conférence.

Si les « Creative Commons » ne révolutionnent pas tout le business, c’est aussi parce qu’ils ne sont en fait qu’une adaptation à la réalité sur internet, une sorte de traduction en termes légaux des pratiques courantes. De toute façon, les internautes copient et redistribuent chaque jour des contenus et l’arrivée du web 2.0 où chacun-e peut monter son site ou blog personnel n’a fait qu’amplifier ce phénomène. Le problème est que les sociétés de droits d’auteur – comme la Sacem au Luxembourg – qui veillent normalement à ce que les auteurs soient payés pour l’utilisation de leur oeuvre, ne sont pas en mesure de surveiller tous ces mouvements. En plus, elles sont spécialisées dans d’autres médias, comme la radio et la télévision ou encore les reproductions mécaniques – disques ou cassettes – des oeuvres. Néanmoins, « Creative Commons » n’est pas non plus capable de les remplacer. Car le point faible de ces licences est que personne ne peut garantir un usage correct, ni une rémunération de l’auteur si son oeuvre est reproduite quelque part. C’est ce que se sont dits aussi les braves gens de « Creative Commons » aux Pays-Bas. Et de développer la licence « CC-Plus » en collaboration avec la Buma/Stemra, la Sacem néerlandaise. L’atout principal des licences « CC Plus » est que la société des droits d’auteur garde les droits commerciaux et veille à ce que l’auteur soit payé, alors que celui-ci peut aussi distribuer sa musique gratuitement par internet. Peut-être que les Néerlandais ont trouvé là une piste pour rendre « Creative Commons » encore plus attractif, même si leur idée a un bémol : ce n’est qu’un projet pilote d’une durée limitée à un an.

En tout cas, le Luxembourg dispose déjà de solides bases dans les « Creative Commons ». Ainsi, non seulement Jamendo les utilise, mais aussi la Bibliothèque nationale (pour la Luxembourgensia), le site de la ville de Luxembourg et le projet communautaire de Luxembourg 2007, baptisé « flash 2007 ».

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