RACHID BOUCHAREB: L’autre histoire

von | 01.10.2010

« Hors la loi », le nouveau film de Rachid Bouchareb sur ce que certains Français appellent encore « les Ă©vĂ©nements d’AlgĂ©rie », est surtout une oeuvre grand public sur une page d’histoire qui crĂ©e toujours des tensions dans l’Hexagone.

Les bidonvilles où l’on parquait les Algériens, une autre réalité française que certains aimeraient taire pour toujours.

DĂ©jĂ , avant sa première projection, « Hors la loi Â» Ă©tait au coeur des polĂ©miques. Le dĂ©putĂ© UMP et porte-flingue sarkozyste, Lionnel Luca, n’a mĂŞme pas hĂ©sitĂ© Ă  s’allier aux militants du Front National qui manifestaient contre le film sur la croisette lors du dernier festival de Cannes, oĂą il Ă©tait selectionnĂ©. Ils reprochaient Ă  Bouchareb d’avoir tournĂ© un film « anti-français avec de l’argent français Â». Des scènes identiques avec bastons et engueulades Ă  la prime se sont dĂ©roulĂ©es Ă  Marseille lors de l’avant-première – ici, des ultras pieds-noirs (anciens français d’AlgĂ©rie n’ayant toujours pas digĂ©rĂ© l’abandon de l’AlgĂ©rie par leur mère-patrie), des militants FN et identitaires se sont heurtĂ©s Ă  des membres du Parti des Indigènes de la RĂ©publique (PIR), mouvement minoritaire antisioniste dont est proche le « comique Â» DieudonnĂ© connu pour ses dĂ©rapages qui, lui, s’est rapprochĂ© du FN… De toute façon, en ce qui concerne l’accession de l’AlgĂ©rie Ă  l’indĂ©pendance, on n’en est pas Ă  une contradiction près.

Tout au contraire, la liste de films sur ce thème ayant fait scandale en France est plutĂ´t longue, que ce soit « Le petit soldat Â» de Jean-Luc Godard, carrĂ©ment censurĂ© en 1960, ou encore « La Bataille d’Alger Â» du communiste italien Gillo Pontecorvo, banni des Ă©crans en France jusqu’en 2004. D’ailleurs, l’oeuvre de Pontecorvo est rĂ©apparue un an avant, en 2003, au Pentagone, oĂą Donald Rumsfeld le montrait Ă  ses gĂ©nĂ©raux pour les prĂ©parer Ă  ce qui les attendrait dans les rues de Bagdad. Le film appartenait aussi aux enseignements de base dans la fameuse « School of The Americas Â», oĂą les services secrets occidentaux dispensaient leur savoir-faire aux futurs tortionnaires sud-amĂ©ricains.

Mais tout cela ne peut pas arriver Ă  « Hors la loi Â», pour deux raisons Ă©videntes. Primo, il s’agit d’une oeuvre Ă  destination du grand public, donc forcĂ©ment une vulgarisation de l’Histoire rĂ©elle et complexe. Et puis, en consĂ©quence, le film raconte une histoire en somme assez improbable, d’une famille rĂ©unissant en son sein tous les malheurs subis par le peuple algĂ©rien: privation de leurs terres en 1925, le père et les soeurs massacrĂ©s par l’armĂ©e et les colons en 1945, arrivĂ©e en France au dĂ©but des annĂ©es 50. LogĂ©s dans un bidonville près de l’usine Renault, SaĂŻd le plus jeune des trois frères et la mère attendent le retour de Messaoud, qui s’est engagĂ© en Indochine et d’Abdelkader, emprisonnĂ© Ă  la SantĂ©. Tandis que SaĂŻd s’engage dans une carrière de proxĂ©nète, pour ensuite se financer grâce au monde de la boxe, Messaoud revient en France en tant que jeune vĂ©tĂ©ran, durablement impressionnĂ© par la rĂ©sistance efficace des Vietnamiens victorieux. A sa libĂ©ration, Abdelkader – l’intello des trois – s’engage directement dans la lutte de son peuple en devenant un cadre du FLN. Il sera vite rejoint par Messaoud, qui quitte l’armĂ©e et propose son savoir-faire Ă  l’organisation clandestine. Ensemble, les trois frères vont traverser tous les Ă©pisodes de la lutte pour la libĂ©ration de l’AlgĂ©rie, des attentats contre des militaires, des assassinats de policiers et des grandes manifestations.

On ne peut cependant pas faire le reproche du manichĂ©isme Ă  « Hors la loi Â». Il ne montre pas l’histoire de façon intĂ©ressĂ©e, mais d’un autre point de vue, de celui des victimes – en contradiction avec l’Histoire officielle française. Au contraire, Bouchareb n’hĂ©site aucunĂ©ment Ă  montrer les brutalitĂ©s commises par le FLN, aussi contre d’autres AlgĂ©riens qui ne menaient pas la mĂŞme lutte, comme les adhĂ©rents du MNA, moins extrĂŞmiste. Il raconte aussi la pression qui s’exerce sur les militants, par les compromis que leur lutte exige et leur conscience qui s’alourdit Ă  chaque fois qu’ils appuient sur la gâchette.

Non, « Hors la loi Â», n’est pas un film anti-français. Tout au contraire, il fait partie de l’Histoire de France. Seulement, il raconte le revers de la mĂ©daille de la patrie des droits de l’Homme et ça, la Marianne, elle ne le supporte toujours pas. En fin de compte, les polĂ©miques dĂ©montrent surtout l’attitude puĂ©rile d’une partie de la droite revancharde et des nostalgiques de l’OAS qui refuse de considĂ©rer cette page de l’histoire française.

A l’Utopolis.

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