MUSIQUE: Sleepless in solo

von | 07.01.2005

C’est arrivĂ© en deux temps trois mouvements: le musicien
Olivier Treinen se produit à la Kulturfabrik lors du Sonic Faces Festival avec son projet solo Lo-Fi et se retrouve soudain nouvel espoir de la scène musicale luxembourgeoise.

Discret dans la vie, expressif sur scène: Olivier Treinen.

Il appelle ça du „pop“. Sur son premier disque-demo „N’avez-vous pas confiance en moi?“, il y a mĂŞme une plage qui porte ce nom „p.o.p.“. Ce n’est pas du pop comme dans „pop stars“, mais plutĂ´t une redĂ©couverte des mĂ©lodies, une attention particulière accordĂ©e aux nuances, aux deuxième voix, qui contraste avec l’Ă©nergie brute et l’immĂ©diatetĂ© qui fait la force du rock. Pour l’instant „N’avez-vous pas confiance en moi ?“ n’est encore qu’une dĂ©mo, enregistrĂ©e par Olivier Treinen en tĂŞte Ă  tĂŞte avec son ordinateur, un premier reflet reprĂ©sentatif de l’univers musical de ce jeune homme, qui frĂ©quente pourtant dĂ©jĂ  depuis presque une dizaine d’annĂ©es salles de concert et salles de rĂ©pĂ©tition.

En octobre dernier, il monte sur la scène de la Kulturfabrik avec Lo-Fi lors du festival Sonic Faces, d’abord avec peu de conviction. Entre le rock plus corsĂ© de Spyglass ou d’Eternal Tango, Treinen doute de pouvoir se faire remarquer avec ses compositions plus mĂ©lancoliques. Il surprend et crĂ©e l’Ă©vĂ©nement, s’imposant tout de suite Ă  cĂ´tĂ© de gens comme rĂ©cemment Raftside, Simon Ramos ou Daniel Balthasar, en tant que songwriter capable de mener sa barque seul, tout en crĂ©ant un son bien Ă  lui. Et pourtant il refuse l’Ă©tiquette du „songwriter“. Par humilitĂ© d’abord. Parmi ceux qui mĂ©ritent vĂ©ritablement cette dĂ©nomination, il cite Morrissey ou Bob Dylan, des artistes capables de raconter des histoires Ă  travers leurs chansons et de dĂ©passer le contexte purement autobiographique. „Mes textes dĂ©crivent toujours mes sentiments, face au contexte boy-girl du moment“, dit-il et ajoute: „C’est un peu ennuyeux.“ Il aimerait y travailler, ciseler davantage ses paroles, mais pour l’instant il prĂ©fère donner la primautĂ© Ă  l’aspect purement musical. Les mĂ©lodies d’abord, le reste suivra.

Identités multiples

Etre un homme seul sur scène avec sa guitare et des loops, cette idĂ©e il la trouve aussi un peu ennuyeuse. VoilĂ  pourquoi il a cherchĂ© des musiciens, qui l’accompagnent dans son projet Lo-Fi. Avec plusieurs batteurs et guitaristes diffĂ©rents, il est pour l’instant en train d’enregistrer son tout premier album Ă  paraĂ®tre au printemps, une version plus hifi de sa dĂ©mo „N’avez-vous pas confiance en moi ?“. Mais on ne serait pas au Luxembourg, si l’histoire s’arrĂŞtait lĂ . Comme presque tous les musiciens luxembourgeois, Treinen cultive des identitĂ©s musicales multiples. Son premier groupe, c’est L’Ego, une formation belgo-luxembourgeoise, qu’il avait rejoint en tant que chanteur lorsqu’il Ă©tudiait Ă  Bruxelles. MalgrĂ© l’Ă©loignement gĂ©ographique, la formation continue de travailler ensemble, et cela depuis 1996. L’annĂ©e dernière, il a Ă©galement pris le micro chez Metro, un groupe de rock fondĂ© par le batteur, acteur et animateur-radio Mike Tock. Ce collectif, votĂ© par eux-mĂŞmes, „meilleur groupe du monde“ donnera son premier concert le 22 janvier Ă  la Kulturfabrik lors du festival „Odds and Ends“. De par leur prĂ©sentation, ils s’inscrivent dans la mouvance de ces groupes qui font dans l’auto-promotion ironique. Treinen ne craint pas de dĂ©cevoir ceux qui les prendraient au pied de la lettre.

Il ne craint pas non plus de s’emmĂŞler les pinceaux entre ses vies parallèles. Pour l’instant, les projets cohabitent pacifiquement. „Je suis suffisamment crĂ©atif ces derniers temps, pour pouvoir lutter sur tous les fronts“, explique-t-il. D’autant que ses trois champs d’activitĂ© sont bien dĂ©limitĂ©s: Metro est franchement rock, citant parmi leurs rĂ©fĂ©rences entre autres Franz Ferdinand, L’Ego est plus alternatif et avec Lo-Fi, Treinen suit simplement ses envies. Faire la part des choses deviendra sans doute plus difficile une fois que Lo-Fi et Metro auront sorti leur premier vĂ©ritable disque et commenceront Ă  tourner. Pas Ă©vident d’affirmer deux identitĂ©s diffĂ©rentes en tant que musicien-ne dans un pays aussi petit que le Luxembourg.
„Mike Tock de mĂŞme que David et Krescht, les autres membres de Metro, ont de fortes personnalitĂ©s et un charisme certain. Ensemble nous allons imposer notre diffĂ©rence“, dit Treinen. Ni solitaire, ni fervent dĂ©fenseur des sports d’Ă©quipe, le musicien savoure la collaboration facile et fructueuse au sein de Metro: „C’est la première fois que je fais l’expĂ©rience d’un travail en groupe aussi rapide et efficace.“ Se dĂ©fouler en solo avec Lo-Fi lui permet surtout d’Ă©viter les frustrations qui sont inĂ©vitables
lorsqu’on n’est pas seul
décideur.

Le bonheur est tout près

Il ne veut pas rĂ©flĂ©chir Ă  ce qui arriverait si une maison de disque devait s’intĂ©resser Ă  l’un de ses projets plutĂ´t qu’Ă  l’autre. Comme tant d’autres il nourrit le rĂŞve de pouvoir un jour vivre de sa musique. Mais: „De toute façon, cela n’arrivera pas.“ Pendant la journĂ©e, il est journaliste chez RTL et c’est pour lui plus qu’un gagne-pain. „Je n’imagine pas faire un autre travail.“ S’il devait ĂŞtre musicien Ă  plein temps, il aurait peur de regretter sa vie d’avant. „Je m’ennuierais sans doute après quelques mois“, dit-il. Treinen a trente et un ans, cela fait dix ans qu’il joue de la musique, mais il ne sait pas ce que cela lui ferait de devoir monter sur scène chaque jour comme d’autres partent au boulot. Contrairement Ă  beaucoup de ses collègues, au Luxembourg ou Ă  l’Ă©tranger, il n’a pas l’air pressĂ©. A une Ă©poque oĂą chaque saison voit l’Ă©mergence d’une nouvelle enfant prodige Ă  peine assez grande pour tenir une guitare, il a eu le dĂ©clic musical plutĂ´t sur le tard. Il assiste Ă  un concert des Cure lorsqu’il a 14 ans, après il voit Ă  plusieurs reprises Nirvana sur scène et est bouleversĂ© par leur Ă©nergie. „J’Ă©tais suffisamment jeune pour me permettre d’ĂŞtre touchĂ© par toute cette Ă©motion.“ Si ses amis bruxellois ne l’avaient pas encouragĂ© Ă  rĂ©aliser ses ambitions de chanteur, il serait sans doute encore en train „d’enregistrer des cassettes avec des chansons que je ne ferais Ă©couter Ă  personne.“

Treinen s’impose un contrĂ´le de qualitĂ© strict. „Bei Lo-Fi ass et dĂ©i Ă©ischte KĂ©ier wou ech ka meng Saache lauschteren, ouni datt et mer schlecht gĂ«tt“, dit-il. Pas facile donc de l’impressionner. Bizarrement, alors que sa musique grouille de rĂ©fĂ©rences, Ă  Pinback en particulier, il affirme ne pas se tenir au courant de nouveautĂ©s sur le marchĂ© musical. Puisque de toute façon, il n’y a plus de vĂ©ritable originalitĂ©. Mieux vaut Ă©couter les pionniers que ceux qui essaient tant bien que mal de suivre dans leurs traces. S’il avait la possibilitĂ© de joindre un groupe particulier, il n’aurait pas Ă  rĂ©flĂ©chir longtemps avant de faire son choix: „les Beatles“.

Et de toute façon, il n’a plus le temps d’Ă©cumer les bacs des magasins de disques. „Ech hu mer ofgewinnt ze schlofen“, voilĂ  sa rĂ©ponse Ă  la question comment il arrive Ă  concilier rĂ©pĂ©titions, vie professionnelle et Ă©criture de nouvelles chansons. En ce moment, il consacre son
temps libre essentiellement Ă  la musique. „Cela fait que je ne reste plus prostrĂ© devant mon Ă©cran de tĂ©lĂ©vision“, mais, ajoute-t-il „j’ai eu suffisamment de temps pour le faire et un jour j’en aurai Ă  nouveau l’occasion.“ Il veut profiter de l’enthousiasme qui le porte et qui le motive Ă  aller de l’avant. „Pour la première fois, je fais exactement ce que je veux“, dit-il. „Et cela me rend vraiment heureux.“

Festival „Odds and Ends“, le samedi 22 janvier, Ă  20h avec: Joseph Suchy & Fx Randomiz (D), Giant Metal (F), Metro (L), Pipi Chocolat (B).

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