MUSIQUE: We will rock you (hopefully …)

von | 20.05.2005

Changement de directeur, point d’interrogation sur la programmation: Ă  peine un mois avant l’ouverture, le projet Rockhal semble toujours en friche.

Pour l’instant, il faut encore mettre un casque si l’on veut visiter le chantier de la Rockhal Ă  Esch-Belval. Durant ces dernières semaines, on avait l’impression que l’Ă©tat du bâtiment reflĂ©tait celui du projet dans son ensemble. L’annonce, puis l’annulation du concert de Charles Aznavour et le changement de direction ont quelque peu endommagĂ© l’image du Centre des musiques amplifiĂ©es (CMA).

La prĂ©sidente de l’Asbl Rockhal, JosĂ©e Hansen, se veut apaisante: „Ech gesinn dat ganz onhysteresch“. Il y aurait tout simplement eu un remaniement – pas de quoi crier au scandale. L’ancien directeur gĂ©nĂ©ral Roger Hamen s’est vu offrir un poste qui „correspond davantage Ă  ses qualitĂ©s“ – Ă  savoir celui de directeur du centre de ressources, qui doit devenir un vĂ©ritable foyer pour la musique amplifiĂ©e luxembourgeoise. Roger Hamen n’a pas Ă©tĂ© joignable cette semaine pour nous donner davantage d’informations. Il a Ă©tĂ© remplacĂ© aux commandes de la Rockhal par le juriste et musicien Olivier Toth, musicien du groupe Low Density Corporation. „Nous avons dĂ» monter la vitesse d’un cran“, admet JosĂ©e Hansen. Afin d’avoir quelqu’un qui connaissait bien le dossier et pouvait le reprendre immĂ©diatement, le Conseil a choisi de recruter le remplaçant parmi ses membres. Il n’y a donc pas eu d’offre d’emploi pour ce poste. En effet, le temps presse. Si le programme de l’ouverture du 19 juin est connu depuis quelques semaines seulement, rien n’a encore Ă©tĂ© divulguĂ© sur la programmation pour l’automne.

Manque de transparence

Pour se dĂ©barrasser le plus rapidement possible de ce flou artistique, le mot d’ordre d’Olivier Toth est „la rigueur“: „Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de la rigueur. De la rigueur de A Ă  Z.“ Son prĂ©dĂ©cesseur aurait-il Ă©tĂ© trop laxiste? En parlant de Roger Hamen, Patrick Sanavia, vice-prĂ©sident de l’Asbl avance: „Le philosophe n’est pas forcĂ©ment le gestionnaire.“ Un plus de dĂ©termination Ă©tait nĂ©cessaire pour contrer l’extrĂŞme manque de temps. „La Philharmonie par exemple avait beaucoup plus de temps pour se prĂ©parer Ă  l’ouverture“, explique Sanavia. Le premier coup de pelle pour la Rockhal a Ă©tĂ© donnĂ© le 20 juillet 2003 et Erna Hennicot-Schoepges avait promis que les premiers concerts auraient lieu pour la FĂŞte de Musique 2005.

C’est Ă©galement la brièvetĂ© des dĂ©lais qui a rendu le travail de Roger Hamen quasiment impossible. Il est entrĂ© en fonction en octobre, le recrutement d’autres personnes n’a dĂ©butĂ© qu’en dĂ©cembre, les premiers commenceront leur travail en juin. C’est-Ă -dire que Hamen se retrouvait entièrement seul, Ă  s’occuper de tout. Pourquoi ne pas l’avoir entourĂ© d’une Ă©quipe plutĂ´t que de l’enlever Ă  ses fonctions? JosĂ©e Hansen dit: „Nous voulions prĂ©server la transparence.“ Et Olivier Toth affirme: „L’Ă©quipe doit savoir qui est le responsable, sinon il est difficile d’obtenir des rĂ©sultats.“

C’est donc le gestionnaire qui a repris les rĂŞnes au dĂ©triment du philosophe. En ce qui concerne la programmation, Toth essaiera de concrĂ©tiser les contacts dĂ©jĂ  Ă©tablis par son prĂ©dĂ©cesseur. „La Rockhal n’est pas mon juke-box privĂ©“, assure-t-il. Le conseil d’administration dĂ©finit le profil artistique et le directeur devra suivre ses recommandations. Olivier Toth reconnaĂ®t qu’il n’a guère d’expĂ©rience dans le domaine de l’organisation de concerts: „Il est vrai que j’entre par la grande porte, mais c’est un mĂ©tier qui s’apprend sur le tas.“ Si besoin est, il pourra compter sur son Ă©quipe, notamment sur Michel Welter, nouvel assistant Ă  la programmation, qui commencera le travail dès juin.

Le grand point d’interrogation reste le profil artistique que la Rockhal voudra se donner. Les attentes comme les apprĂ©hensions sont Ă©normes. Tandis que les uns s’attendent Ă  des manifestations de grande envergure, d’autres craignent de voir la salle monopolisĂ©e par des Joe Cocker et autres Phil Collins. Difficile de prĂ©server une certaine idĂ©e de la musique „alternative“, tout en mobilisant les foules et sans empiĂ©ter sur le domaine d’une Kulturfabrik ou d’un Atelier. JosĂ©e Hansen caractĂ©rise comme suit la ligne dĂ©finie par le conseil: „Nous voulons une programmation de qualitĂ©, actuelle, qui pourra très bien ĂŞtre grand public, mais nĂ©anmoins dans l’air du temps.“

Certains promoteurs ont pourtant dĂ©jĂ  d’autres projets. Ils profitent de zones d’ombre qui existent quant au statut de la salle pour essayer de disposer du lieu Ă  leur guise. En effet, la Rockhal hĂ©bergera trois formes d’Ă©vĂ©nements: des productions signĂ©es cent pour cent CMA, des coproductions et des locations. Ce qui signifie qu’en principe n’importe qui pourra louer l’espace.

Défendre le profil artistique

VoilĂ  justement ce que le conseil d’administration veut Ă©viter Ă  tout prix. „Un directeur doit savoir dire non“, insiste Patrick Sanavia. Certains professionnels du business ont les dents longues et il faut leur signaler clairement que la Rockhal est certes ouverte, mais se rĂ©serve le droit de faire un choix parmi les demandes. Pour faire en sorte que le fiasco Aznavour ne se rĂ©pète pas.

Aux yeux d’Olivier Toth il est très important de dĂ©finir d’abord la direction artistique de la salle, avant de l’ouvrir Ă  la „musique amplifiĂ©e“ au sens large du terme. A la mi-juin, l’Ă©quipe espère pouvoir annoncer un programme pour l’automne, qui attirerait le grand public comme les amateur-trice-s de musique alternative. „Il est possible de faire l’ouverture en automne avec quelques grands concerts“, assure JosĂ©e Hansen, qui parle mĂŞme de deux Ă  trois concerts par mois. Toth est Ă©galement confiant qu’il sera possible de respecter les dĂ©lais – il relativise cependant: „Nous espĂ©rons que ce sera possible. Dans quelques semaines, nous allons annoncer dĂ©finitivement si l’ouverture aura lieu Ă  l’automne ou non.“ Il veut attendre d’avoir un programme complet, pour pouvoir dĂ©marrer en trombe. D’ici lĂ  il reste encore du pain sur la planche. Non seulement en ce qui concerne la programmation, mais aussi par rapport au chantier. Jusqu’en juin, il faudrait que la CFL construise une passerelle pour que le public puisse avoir accès Ă  la salle, dans un premier temps uniquement accessible par train. Un parking est prĂ©vu, mais pas dans un futur proche.

Olivier Toth fait le tour du propriĂ©taire avec fiertĂ©. La „grande salle“ est vĂ©ritablement Ă©norme et mĂŞme la „petite salle“, rĂ©servĂ©e aux petits concerts et aux groupes luxembourgeois, semble pouvoir contenir beaucoup plus que les 800 spectateur-trice-s prĂ©vu-e-s. Face aux reproches des groupes luxembourgeois, arguant qu’une salle aussi grande ne correspondait pas Ă  leurs besoins, les responsables de la Rockhal ont toujours rĂ©pondu qu’il y avait moyen de rĂ©duire la salle Ă  l’aide de panneaux mobiles. Mais Toth remarque qu’avec l’architecture de la salle, très large, il sera sans doute difficile d’utiliser ces panneaux. „Alors nous ferons en sorte que les groupes luxembourgeois attirent un public plus nombreux „, dit-il en souriant.

Reste Ă  voir si les six salles de rĂ©pĂ©tition – très spacieuses – et le studio d’enregistrement qui permettra aux groupes luxembourgeois de se familiariser avec le travail en studio, correspondront vĂ©ritablement aux besoins de la scène locale. „C’est bien qu’il y ait une pression de la part de la scène“, dit JosĂ©e Hansen, „mais il faut ĂŞtre conscient du fait que nous ne pouvons pas remĂ©dier Ă  tous les problèmes des groupes.“

A l’heure actuelle, le Centre des musiques amplifiĂ©es cherche visiblement encore ses marques – et cela sous le regard de plus en plus critique de l’opinion publique. Face Ă  ces questions ouvertes, une seule certitude: le projet Rockhal reste Ă  inventer.

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