Arnaud des Pallières : Nœud biographique


« Orpheline » se veut peut-être plus compliqué qu’il ne l’est vraiment. N’empêche qu’on ne peut pas sortir de la salle sans être ému par l’histoire qu’il raconte.

L’« Orpheline » au stade d’adolescente.

Pour commencer, Karine Rosinsky, l’héroïne du film, n’est pas orpheline. Mais elle aimerait bien l’être vu la violence que lui inflige son père, ferrailleur de métier. Traumatisée dès l’enfance par la mort de deux de ses meilleurs amis, l’adolescente est d’autant plus fugueuse. Elle rencontre des hommes, plus ou moins louches, qu’elle séduit contre un peu d’air libre. Arrivée à la majorité, elle essaie de monter les échelons sociaux en travaillant en tant que caissière dans un stade de courses hippiques. Malheureusement, elle se fait embarquer dans une histoire tordue par une autre femme, une histoire qui finit par un meurtre dont elle est complice. Mais ce n’est pas elle qui finit en prison, tout au contraire : elle se tire avec tout l’argent du casse. De quoi vraiment commencer une nouvelle vie, sous une autre identité – une vie meilleure, mais toujours aussi précaire.

Certes, la figure de la provinciale qui « monte » à Paris pour réclamer sa part de réussite sociale est une constante dans la littérature et la fiction française au sens plus large – elle est carrément balzacienne. Ne serait-ce par le fait que ces quatre portraits croisés d’une même femme ne sont pas basés sur un phantasme mais sur la biographie de la coscénariste Christelle Berthevas (avec laquelle Arnaud des Pallières a déjà travaillée pour « Michael Kohlhaas » en 2013). Ce qui explique d’ailleurs le grand soin qui a été mis en œuvre pour rendre cohérent le jeu des quatre actrices qui incarnent le personnage. D’ailleurs, les performances des maquilleuses et maquilleurs méritent d’être louées au passage : en effet, que ce soit Adèle Haenel qui incarne Karine adulte, Adèle Exarchopoulos et Solène Rigot pour la protagoniste jeune adulte et adolescente ou Véga Cuzytec qui l’incarne enfant, l’illusion est parfaite.

Par contre, on peut se demander pourquoi « Orpheline » est devenu un tel casse-tête au montage. En effet, le film fait en permanence des sauts entre les quatre phases de la vie de Karine, ce qui donne légèrement le vertige au début. Et on dit bien au début, car plus le film avance, plus il devient tout de même linéaire – même s’il part dans le sens présent-passé. Un artifice dont on aurait bien pu se passer. D’autant plus que les images et l’histoire sont assez fortes pour une narration plus traditionnelle.

Pour ce qui est de la narration, Arnaud des Pallières dit dans une interview être « devenu une femme » pendant le tournage d’« Orpheline ». On peut le rassurer, son point de vue reste toujours celui d’un mec. Dans le sens où le film ne fait pas exception dans le canon du cinéma d’auteur français, puisqu’il y a du cul un peu partout et parfois aussi un peu gratuitement. À chaque fois que la protagoniste rencontre un nouveau mâle, le compteur de la prochaine scène de copulation peut être lancé.

Ce qui ne fait pas forcément d’« Orpheline » un film mauvais, tout au contraire : il met en lumière la violence des rapports hommes-femmes et raconte la réalité – brutale – de l’abandon, par l’État, d’enfants et de jeunes à la campagne comme à la ville. Mis à part les lubies du montage, « Orpheline » est un film à voir absolument.

À l’Utopia.

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