BNL : les doutes persistent

von | 28.04.2020

Le fait que le gouvernement a choisi Joanne Goebbels comme nouvelle directrice de la Bibliothèque nationale du Luxembourg (BNL) continue de faire des vagues dans la profession comme dans la politique.

(©GILPE_Wikimedia)

Certes, l’Albad (Associatioun vun de Lëtzebuerger Bibliothekären, Archivisten & Dokumentalisten) « ne souhaite pas commenter (…) les divers articles de presse et commentaires sur les réseaux sociaux concernant l’affiliation politique de la nouvelle directrice », mais son argumentation déployée dans un communiqué de presse rejoint notre article précédent sur un point essentiel : la qualification.

L’association rappelle qu’en mars 2019, elle avait envoyé un courrier à la ministre de la Culture, Sam Tanson, dans lequel elle avait estimé nécessaire « et particulièrement important que le poste de direction de la Bibliothèque nationale soit, dans le futur, occupé par une personne possédant des qualifications adéquates, sanctionnées par un diplôme en bibliothéconomie ». Et d’insister que prendre la direction de la BNL revient quasiment à devenir « conseiller(ière) ministériel(lle) en matière de bibliothèques au niveau national ». La ministre avait répondu à l’Albad que celle-ci devait « prendre bonne note [qu’elle avait] pris connaissance de [ses] propositions avec intérêt ».

Un intérêt tout à fait relatif, vu le résultat des courses. L’association se dit donc déçue de la nomination et constate que les diplômes de ses adhérent-e-s « ne semblent pas avoir de valeur au Luxembourg », même si un master en bibliothéconomie contient des cours de management. Elle constate aussi avec amertume qu’« aimer la culture et les livres n’est pas un critère suffisant pour [elle] » et regrette que « le ministère [ait] renoncé à la nomination d’une personne professionnellement qualifiée ». Et ce n’est pas la première fois que cela arrive, comme le rappelle l’Albad : « Depuis ses débuts en 1798, pas un seul directeur de Bibliothèque nationale n’a eu les qualifications professionnelles correspondantes. » Autre détail intéressant, l’association mentionne aussi que « de par [ses] propres contacts, [elle sait] que des bibliothécaires diplômés, hommes et femmes, titulaires d’un master, ont postulé à l’offre d’emploi publiée à deux reprises ».

Donc, des personnes qualifié-e-s étaient bien en lice pour ce poste, ce qui pose la question de savoir pourquoi finalement Joanne Goebbels a remporté le match. D’autant plus que l’histoire des deux offres d’emploi continue à intriguer. Pourquoi avoir refait l’annonce ? Les deux offres diffèrent un peu : celle du 15 octobre 2019 ne mentionne pas quelques prérequis qui apparaissent dans celle du 31 janvier dernier. Par exemple, sous la rubrique « Compétences comportementales » s’ajoute « ouverture d’esprit et sens de l’innovation, savoir être à l’écoute, disponibilité et flexibilité » et sous « Atouts », une « bonne connaissance du milieu culturel luxembourgeois » fait son apparition. Les autres différences concernent des expériences professionnelles « en matière de gestion de projets d’envergure à caractère culturel ou de recherche universitaire » et « intégrer dans votre action le potentiel des stratégies numériques ». La mission de « conduire une stratégie d’innovation numérique » s’y est ajoutée aussi.

Aussi serait-il intéressant de savoir si le jury a été le même pour les deux annonces. Selon nos informations, le premier comportait une experte internationale en la personne de la directrice de la Bibliothèque nationale néerlandaise. Si le jury a été changé entre les deux annonces, il faudrait savoir pourquoi.

Pour l’instant, la sphère politique reste pratiquement muette, à l’exception de l’ADR qui en fait ses choux gras et a envoyé une lettre au président de la Chambre pour en savoir plus sur cette nomination, qui ne peut décidément plus passer pour du « business as usual ».

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