Les Lëtzebuerger Bünepräisser ont mis à l’honneur, jeudi 25 septembre au théâtre de Mersch, les meilleurs talents et productions des arts de la scène luxembourgeoise. Retour sur cette cérémonie dont l’organisation a suscité plusieurs polémiques.

La remise des Lëtzebuerger Bünepräisser à Mersch, ce 25 septembre. Des récompenses et des polémiques sur la place laissée aux auteur·rices, qui se sentent invisibilisé·es. (Photo : MCULT/Bohumil Kostohryz)
Plus de 200 personnes étaient rassemblées au Mierscher Theater, ce jeudi 25 septembre, pour la remise des Lëtzebuerger Bünepräisser 2025. Les « prix de la scène », regroupant pour la première fois les différents prix du théâtre et le prix de la danse, ont été organisés par le ministère de la Culture en collaboration avec la Theater Federatioun.
Au cours de la cérémonie, la comédienne Anne Klein, modératrice de l’événement, a gentiment raillé les têtes dirigeantes de la scène grand–ducale, tout en se dédouanant régulièrement sur l’auteur Samuel Hamen qui a écrit ses textes. Ces moqueries ont provoqué de nombreux rires tout au long de la soirée. Mais, si l’ambiance était légère, elle ne doit pas faire oublier les critiques qu’ont dû essuyer les Lëtzebuerger Bünepräisser 2025.
Nominations et délais tardifs
L’édition de cette année comportait un vote en deux volets et il a d’abord été demandé aux personnes issues du secteur des arts vivants de sélectionner trois œuvres ou artistes parmi toutes les créations proposées pour les saisons 2023–2024 et 2024–2025. Seulement, pour ce faire, la mémoire étant faillible, une liste regroupant tous les spectacles aurait été souhaitable. Ainsi, la plupart des productions retenues sont aussi les plus récentes… Les sept membres du jury ont ensuite été nommé·es trop tardivement, alors qu’il leur fallait établir des shortlists de cinq nominé·es par catégorie. De plus, face à des nominations ex aequo, iels ont dû trancher en… 48 heures. C’est suite à ce délai trop serré que l’acteur Marc Baum se désiste du jury, laissant sa place au dramaturge Andreas Wagner. Parmi ses membres, on compte aussi Jérôme Konen, directeur du Kinneksbond. Or, le centre culturel de Mamer apparaît douze fois dans les nominations et l’objectivité supposée du jury pose question. Pour éviter les conflits d’intérêts, Jérôme Konen n’a donc pas voté dans les catégories concernant directement son institution.
Un autre reproche, et non des moindres, provient de l’A:LL Schrëftsteller·innen. L’association des écrivains luxembourgeois considère que la liste des finalistes est déséquilibrée, avec, dans certaines catégories, une surreprésentation d’œuvres issues du domaine de la danse par rapport à celui du théâtre. Étant donné qu’il existe bien plus de compagnies de danse que de théâtre au grand–duché et que les compagnies proposent leurs propres productions, ce déséquilibre aurait dû, selon les membres de l’A:LL, être anticipé par le ministère de la Culture. Anticiper pour pouvoir réajuster. Ensuite, et surtout, le travail des auteur·rices est invisibilisé. La faute aux catégories de prix qui ne sont pas équitables non plus. L’auteur et journaliste Jeff Schinker, président de l’association des écrivains, regrette ainsi que le texte ait été « fourré » dans la catégorie « Op der Bün » (sur la scène), dans laquelle se trouvent aussi le concept, la chorégraphie et la mise en scène. Aussi, sur les cinq noms retenus pour cette catégorie, quatre étaient issus de la danse et seule une mise en scène était sur la shortlist. Et, parmi tous·tes les artistes et productions nominé·es, un auteur seulement : Antoine Pohu, le lauréat « Nowuesstalent ». Si l’A:LL précise qu’elle ne réclame pas une catégorie dédiée aux textes, son président avance l’idée de garantir qu’un nombre égal de textes, de productions et de chorégraphies soient toujours nominés pour les Bünepräisser.
Dans un communiqué proche du manifeste publié dans le « Luxemburger Wort », Jeff Schinker, Elise Schmit, Ian de Toffoli et Tullio Forgiarini – également membres de l’A:LL, dénoncent ainsi un manque de reconnaissance général envers les auteur·rices luxembourgeois·es dont les Lëtzebuerger Bünepräisser ne seraient que la partie immergée de l’iceberg. La presse délaisserait ainsi trop souvent le texte des pièces de théâtre, selon Elise Schmit, mettant plus souvent l’accent sur leur mise–en–scène. De plus, l’argument selon lequel les auteur·rices de théâtre peuvent être mis en valeur à travers les prix littéraires n’est pas valable, d’après Jeff Schinker. Ainsi le Prix Servais n’a, depuis qu’il existe, distingué qu’une seule pièce de théâtre. Quant au Concours littéraire national, étant donné que le genre mis à l’honneur change chaque année, le théâtre ne ressort que tous les six ans. « Et même lorsque le concours est consacré à l’écriture théâtrale, comme l’année dernière, les textes nominés n’ont souvent pas de réalité scénique et ne seront presque jamais joués », appuie l’auteur. Tout cela participe à éclipser les auteur·rices qui n’ont donc pas pu compter sur les Bünepräisser pour leur faire gagner en visibilité.
Malgré tout, Jeff Schinker constate que les auteur·rices ont été « pas mal évoqué·es » au cours de la cérémonie : « Ça montre que notre communiqué a poussé les gens à réfléchir ! », se réjouit–il. L’édition 2027 nous dira si les critiques ont bien été prises en compte.

