Chasse aux pédophiles : Le piège de la justice privée

von | 19.07.2025

Deux affaires de chasse aux pédophiles ont été instruites au Luxembourg ces dernières années, sur fond de mouvance d’extrême droite. Pas de quoi s’alarmer selon les autorités, qui rappellent néanmoins que la justice privée n’a pas sa place dans un État de droit.

Le 26 mai dernier, à Mamer, un jeune homme de 19 ans a été passé à tabac après avoir été piégé sur les réseaux sociaux. Appâté par une jeune fille de 13 ans, il s’est rendu au lieu de rendez-vous où il se serait alors retrouvé face à une douzaine d’individus masqués qui l’auraient violenté, menacé, humilié et lui auraient volé son téléphone portable ainsi que sa voiture. Cette affaire, point de départ d’une enquête approfondie du « Wort », a été notamment saisie par la section anti-terrorisme du Service de police judiciaire, en raison de soupçons sur un milieu d’extrême droite organisé de « pedo hunters » (ou chasseurs de pédophiles), indique notre confrère. Un autre cas de « pedo hunting », survenu au Luxembourg en 2024, est également documenté, a confirmé le ministre de l’Intérieur Léon Gloden (CSV), lors d’une séance à la Chambre, le 10 juin dernier, en réponse à une question de la députée Taina Bofferding (LSAP). Cette affaire faisant toujours l’objet d’une enquête, le ministre s’est refusé à en livrer le moindre détail.

C’est en Russie que le phénomène de chasse aux pédophiles, qui s’est propagé en Europe depuis 2024, trouve ses racines. Dans les années 2010, « un néonazi russe connu sous le nom de Tesak (Maxim Martsinkevitch, ndlr) a fondé le groupe Occupy Pedophilia, dont le but est de punir des pédophiles présumés en les attirant via de faux profils sur les réseaux sociaux », a indiqué le ministre, avant de souligner que les chasseurs ont utilisé le même mode opératoire au Luxembourg. « Les auteurs se font passer pour des jeunes filles mineures, contactent des hommes adultes, leur suggèrent des rencontres à caractère sexuel, et à ce moment-là, ces hommes sont agressés et humiliés par des groupes (souvent de jeunes hommes). Ces agressions sont filmées et publiées en ligne, d’une part pour exposer les victimes, d’autre part pour promouvoir l’idéologie néonazie. » Ce 16 juillet, dans une réponse à une nouvelle question parlementaire soulevée par le député pirate Sven Clement, Léon Gloden a toutefois précisé que le lien avec l’extrême droite n’est pas « systématique ».

Attiser la haine

La violence ainsi que le rejet de l’État de droit et des réponses politiques sont en tout cas au cœur de l’idéologie de ces groupes d’autodéfense. Ce « vigilantisme », qui exploite à fond les outils numériques, peut non seulement perturber le bon déroulement d’une enquête mais également aboutir au lynchage public de personnes potentiellement innocentes. Exit les preuves recevables, la présomption d’innocence, le droit à un procès équitable. Au nom de la protection de l’enfance, des idées d’une tout autre nature circulent également. La lutte contre la pédocriminalité est ainsi détournée pour propager des discours racistes et attiser, par exemple, « la haine envers les migrants, les personnes queer ou les opposants politiques », comme le souligne le « Wort » dans son enquête. Le groupe de chasseurs de pédophiles autoproclamés découvert par ce quotidien en 2024, la « National Sozialistech Jugend Lëtzebuerg », a ainsi publié des vidéos montrant ses membres en train de faire le salut hitlérien dans le cimetière juif de Limpertsberg et brûler un drapeau arc-en-ciel. L’organisation du néonazi Maxim Martsinkevitch s’en prenait également clairement et violemment aux homosexuels.

Mais avec seulement deux cas « isolés » recensés à ce jour, la tendance n’est pas « alarmante » au Luxembourg, a tenu à rassurer dans sa réponse parlementaire Léon Gloden, sans être en mesure d’indiquer le nombre de ressources consacrées aux enquêtes portant sur ce phénomène. « L’autodéfense est inacceptable dans un État de droit et ne sera pas tolérée », a-t-il martelé, rappelant que « le Code pénal prévoit une série de dispositions sanctionnant de tels comportements, que ce soit dans l’espace public ou privé » et invitant les citoyen·nes à signaler les actes criminels à la police et non à les partager sur les réseaux sociaux. Insultes, dénonciations malveillantes ou diffamation peuvent en effet tomber sous le coup des articles 443 et suivants. « Selon les circonstances, trois autres infractions peuvent également être retenues », a-t-il prévenu.

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