Classique jusqu’au bout des cordes

C’était bien à une soirée « grands classiques » qu’invitait la Philharmonie ce lundi 8 octobre, pour la venue de l’Orchestra de Cadaqués dirigé par Vladimir Ashkenazy, avec le pianiste Denis Kozhukhin en soliste.

(Photos : Sébastien Grébille)

Grande affluence ce soir à la Philharmonie. Certes, le programme du concert symphonique était fait pour attirer les foules, mais la salle de musique de chambre proposait également une représentation, d’où une certaine agitation d’avant-concert sous les colonnades. Un public résolument allemand aussi, arrivé en force notamment avec les navettes de Trèves ; les œuvres classiques intéresseraient-elles moins les fonctionnaires européens, habituels auditeurs assidus, ou serait-ce cette programmation le lundi ? Quoi qu’il en soit, le grand auditorium s’emplit progressivement jusqu’à peut-être 90 % de sa capacité et les portes se ferment pile à l’heure. Les invités de ce soir ne plaisantent pas avec la ponctualité, comme on le verra.

Après l’entrée des musiciens en petite formation d’orchestre, le maestro Vladimir Ashkenazy, avec la crinière blanche de ses 81 printemps, s’avance à pas feutrés puis en petite foulée, sourire vissé au visage. Un tel plaisir d’être là est communicatif, et c’est de façon précise et nerveuse qu’il donne le départ de la première œuvre, l’ouverture du ballet « Alphonse et Léonore ou l’Amant peintre » de Fernando Sor (1778-1839). Seul compositeur méconnu de la soirée, Sor est bien entendu programmé car il est catalan, comme l’Orchestra de Cadaqués. Une courte et sympathique ouverture dans le style de Haydn, qui permet de se familiariser avec l’orchestre et son chef. Avec des gestes quasi mécaniques, tel un automate qui dirige les instruments d’un orgue Limonaire, Ashkenazy conduit des cordes aux phrases martelées, sans grandes envolées lyriques – partition oblige.

Des cordes qui gagnent cependant en expressivité dans la suite du programme, le « Concerto pour piano n23 en la majeur », K. 488, de Mozart, rejointes par le soliste russe Denis Kozhukhin. Même si elles perdent en précision, rattrapées quelquefois d’un mouvement martial par un Ashkenazy toujours sec et tranché dans ses gestes. Trop, peut-être ? Les bois, peu mis en valeur dans le premier morceau, montrent quant à eux une musicalité intéressante, surtout dans le deuxième mouvement où le thème languissant que reprennent flûte et clarinette est exécuté avec un souffle parfaitement maîtrisé. Que dire de l’interprétation de Kozhukhin ? Extrêmement appliquée – il joue avec partition –, elle contient une belle dose d’élégance où manque peut-être parfois la fantaisie… sauf dans le deuxième mouvement, justement, un tube de la musique classique, rendu ici avec tout ce qu’il faut de sensibilité, pédale douce enclenchée, pour éviter l’ennui d’une énième écoute. On se fond avec délices dans la masse des notes, dans un silence religieux à peine troublé par les habituelles quintes de toux, c’est dire. Troisième mouvement rondement mené, une mimique comique d’Ashkenazy qui prend sa baguette dans la bouche pour applaudir son confrère des deux mains – les deux ont remporté le réputé concours Reine Élisabeth de Belgique… l’un en 1956 et l’autre en 2010 –, et puis Kozhukhin n’attend même pas la fin des applaudissements pour servir son bis, la deuxième « Venetianisches Gondellied » des « Lieder ohne Worte » de Mendelssohn. Fin de la première partie : l’horaire, c’est l’horaire !

Au retour de la pause, c’est la « Symphonie n5 en si bémol majeur », D. 485, de Schubert qui attend auditrices et auditeurs. Un autre tube classique, éminemment mozartien, en quasi-formation de musique de chambre : pas de timbales – adieu finale retentissant – ni de clarinettes pour cette symphonie légère et enjouée. Elle va bien à l’orchestre, même si le son reste sec, conséquence de la direction du chef, qui montre très peu les legatos et prend même le deuxième mouvement un peu lentement, au risque de perdre l’attention de l’assistance dans les reprises.

Mais l’admirable arpège du cor à la fin de ce mouvement, malgré la difficulté que la lenteur ajoute, sonne comme un prélude à un troisième mouvement bien rythmé et à un quatrième au tempo enlevé, qui permet de gommer les impressions d’imprécision quelquefois patentes chez les cordes.

Voilà, c’est déjà plié, et ici aussi un petit bis (une orchestration pour cordes du troisième « Moment musical » de Schubert pour piano) est proposé presque avant que les traditionnelles fleurs soient offertes au maestro, qui donne le signal du départ avant la fin des applaudissements. D’ailleurs, un grand nombre de spectateurs sont même partis avant le bis. Un programme archiclassique et rondement mené donc. Il faut dire que la tournée de l’orchestre, qui l’a déjà conduit à Bilbao et Lérida, se poursuit le jour suivant à Eindhoven, puis à Alicante. La musique était plutôt belle, mais sérieusement minutée !


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