Communales à Esch : C’est reparti comme en 1999

von | 12.10.2017

Coup de tonnerre dimanche dernier dans l’ancienne métropole du fer : pour la première fois depuis une centaine d’années, les conservateurs pourraient obtenir le poste de bourgmestre. Mais la messe n’est pas encore dite.

Lundi matin, les affiches du LSAP sont les premières à disparaître. (Photo : woxx)

Dimanche soir vers 18 heures, visages incrédules dans la nouvelle auberge de jeunesse eschoise, où Déi Lénk avaient invité à leur fête électorale. C’est la bérézina pour la gauche, car à ce moment, seul un siège lui était assuré au prochain conseil communal – alors que le parti avait espéré en conquérir un troisième afin de pouvoir aisément monter une coalition rouge-rouge avec le LSAP. Une bulle de toute façon éclatée, vu les résultats désastreux de ce dernier.

Un LSAP qui certes s’attendait un peu à une raclée électorale, puisque deux de ses sièges obtenus en 2011 étaient précaires. Mais il n’avait pas prévu d’en perdre trois d’un coup, et surtout pas deux au profit du CSV. La réaction des socialistes eschois a été de se terrer. Presque aucune communication n’a été faite après la débâcle. La section s’est certes réunie pour analyser les résultats, mais a surtout décidé… de ne rien décider. « On attendra la fin des discussions entre le CSV, Déi Gréng et le DP. Si celles-ci ne sont pas fructueuses, nous serons là pour reprendre les choses en main », a-t-on pu obtenir d’un membre de la section. Ce qui n’a pas empêché le LSAP de faire quelques offres à son ancien coalitionnaire vert, pour tenter de l’amadouer et de le tirer vers lui. Un parti vert qui – ironie du sort quand on le compare à son homologue de la capitale, qui s’est fait jeter comme un malpropre par Lydie Polfer – se retrouve donc en position de décider de la prochaine coalition et du prochain bourgmestre.

Reste à savoir comment le CSV a pu en arriver là. Une chose est sûre : si Georges Mischo est aujourd’hui à deux doigts de diriger la deuxième ville du pays, ce n’est dû ni à son travail d’opposition (le CSV a voté plus 90 pour cent des décisions prises par l’ancienne majorité rouge-verte) ni à son programme électoral – qui n’était pas vraiment original. Mais les faits sont là : tandis qu’en 2011 le CSV réunissait 1.048 suffrages de liste contre 2.437 pour le LSAP, en 2017 les socialistes retombent à 1.743, tandis que les conservateurs montent à 2.102. Unique consolation pour la bourgmestre Vera Spautz : en prenant en compte uniquement les votes par candidat, elle devance toujours la tête de liste du CSV (2.572 votes contre 2.396). Elle est donc toujours personnellement plébiscitée. La différence est à chercher dans les suffrages de liste, qui cette fois ont penché majoritairement en faveur CSV.

En regardant les résultats en détail, on peut s’apercevoir qu’il y a une autre raison de légitimer une coalition rouge-rouge-vert. Car si Déi Lénk ont certes perdu en pourcentage tout en conservant leurs deux sièges au conseil communal, ils se classent toujours devant le DP (559 contre 577 en suffrages de liste). Donc, même si les libéraux réussissent la prouesse historique de gagner un deuxième mandat au conseil communal, Esch la rouge les met toujours derrière la gauche.

Spautz toujours plébiscitée

Pourtant, cela n’empêche pas que la situation soit identique à celle de 1999. Cette année-là, lors des élections communales du 10 octobre, le CSV et le LSAP arrivèrent également à égalité, et le candidat conservateur Ady Jung (qui remporta plus de votes personnels que le bourgmestre siégeant François Schaack) réclama le siège de bourgmestre pour lui. Juste qu’il n’était pas le seul dans son parti à avoir des revendications. Il y avait aussi Josy Mischo (le père de Georges Mischo, décédé en 2010), un vrai ouvrier et politicien qui déjà aux élections précédentes avait obtenu d’excellents scores, mais avait été tenu à l’écart d’un poste d’échevin par son parti. Quand la nouvelle éclata que Jung avait dédommagé Mischo pendant des années en lui payant 5.000 francs par mois de son indemnité d’échevin, l’avenir politique du CSV à la tête d’Esch commença déjà à vaciller. Mais c’est Mischo lui-même qui allait faire capoter la reprise des conservateurs : devant le refus obstiné de Jung de le laisser accéder au conseil échevinal, il quitta le CSV, explosant ainsi la majorité conservatrice. Quand plus tard les négociations entre le LSAP, Déi Gréng et Mischo se sont embourbées, il devint de plus en plus clair que de nouvelles élections seraient inévitables, ce qui se fit aussi début 2000. À la sortie des urnes, le CSV était en miettes, et la première coalition rouge-rouge-vert sous la nouvelle bourgmestre Lydia Mutsch était née.

Mais l’histoire ne se répète pas, car le contexte est totalement différent. Alors qu’au début du millénaire, le CSV était « un parti au bord de l’implosion » dont l’état interne était mis à nu par les élections communales, comme l’écrivait Marc Gerges dans le Lëtzebuerger Land du 29 octobre 1999, il se peut bien que cette fois-ci le LSAP soit le parti en crise. Pas uniquement à cause du déclin européen de la social-démocratie, mais aussi parce que le parti ne s’est pas fait remarquer par des avancées sociales au sein de la coalition au pouvoir. Au contraire, son profil est en train de complètement s’estomper, et au lieu d’essayer d’en corriger la trajectoire, il se dirige tout droit vers le mur néolibéral. Que la punition doive tomber sur la section eschoise, une des dernières qui avait un tant soit peu préservé un profil de gauche, n’est que l’amère ironie de l’histoire.

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