Culture confinée : Et les ebooks ?

Certes, la Bibliothèque nationale rappelle sur Facebook que ses ressources en ligne, notamment le prêt de livres électroniques, sont toujours disponibles. Mais l’internet regorge de sites d’excellente qualité, gratuits et sans dispositifs de suivi numérique. Une première bonne idée pour des lectures en français.

À tout seigneur tout honneur : commençons par le vénérable site ebooksgratuits.com. Avant même que la notion de lecture électronique soit devenue populaire chez le grand public, l’animateur de ce site avait créé un groupe Yahoo destiné à rassembler des volontaires autour de la création de livres électroniques de qualité, pour des publications libres de droits. Avec une méthode rigoureuse développée au fil du temps : numérisation de livres anciens souvent trouvés chez les bouquinistes, reconnaissance de caractères, vérification du résultat, relecture et correction avant publication (l’honnêteté pousse l’auteur de cet article à préciser qu’il a longtemps officié pour ce site). Si les ebooks des débuts pouvaient comporter des coquilles ou des mises en pages quelquefois hasardeuses, le processus s’est rapidement affiné et a permis une qualité que quelques grandes maisons n’ont pas encore actuellement – la publication numérique n’étant souvent que la dernière roue du carrosse. En plus, l’animateur du groupe tient à ce que les fichiers ne soient bloqués par aucun dispositif de gestion des droits électroniques, pour une utilisation et un partage simples.

Au-delà de la qualité des livres proposés, le site offre un choix large (quelque 3.000 livres), ouvert (plusieurs formats, du texte simple à l’ePub pour une meilleure lisibilité sur pratiquement tous les appareils) et surtout éclectique. On y trouve de grands classiques comme les pièces de Molière ou les contes d’Edgar Allan Poe dans la traduction de Baudelaire, mais les lecteurs malins et les lectrices futées sauront aussi se constituer ou presque leur propre exemplaire de la bibliothèque de la Pléiade consacré à Alain-Fournier, dernier intronisé dans la prestigieuse collection : on trouve en ligne « Le Grand Meaulnes » bien sûr, mais aussi les poésies de l’auteur de ce classique intemporel. Et puis, pour celles et ceux qui aiment la découverte, pourquoi ne pas fureter un peu dans le catalogue par genre ou par catégorie ?

En toute subjectivité, voici cependant quelques conseils parmi les ouvrages méconnus, devant le nombre élevé de propositions littéraires. Si vous aimez la littérature policière, l’inspecteur Lecoq d’Émile Gaboriau, qu’Arthur Conan Doyle considérait comme une de ses inspirations pour Sherlock Holmes, vous tend les bras. « Le crime d’Orcival » serait une belle introduction au personnage et au romancier, qui, gageons-le, vous incitera à continuer. Si les récits de voyage un brin rétro vous agréent, alors embarquez avec Paul d’Ivoi pour le périple d’Armand Lavarède, avec le premier volume : « Les cinq sous de Lavarède ». Dans la veine des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne, on arpente le globe et on se délecte des multiples aventures de personnages hauts en couleur. Ces romans d’aventure n’avaient certes pas de prétention littéraire élevée, mais étaient écrits avec beaucoup de savoir-faire : pas moyen de s’ennuyer devant toutes les péripéties, lorsqu’on aime le côté un peu vieillot des relations sociales décrites. Mais après tout, quoi de mieux que la lecture pour s’échapper de notre époque pour le moins anxiogène ? Si vous souhaitez aller plus loin, le site peut même vous emmener sur la planète Mars avec « Le docteur Oméga », une réjouissante épopée de science-fiction française du début du siècle dernier.

Les livres libres de droits ne le deviennent que 70 ans après la mort de l’autrice ou auteur, ce qui nous ramène à une époque de relative domination masculine des lettres. Mais les femmes ne sont cependant pas absentes ; l’un des derniers livres parus est « Névrosée », de Jeanne Loiseau, elle aussi méconnue de nos jours, qui signait sous le pseudonyme masculin de Daniel Lesueur. Évidemment, le site propose aussi les œuvres de Colette, par exemple, mais celles-ci ne sont pas téléchargeables depuis l’Union européenne. C’est qu’elles sont accessibles depuis le Canada, pour lequel le domaine public commence 20 ans plus tôt.

On le voit, les classiques, les pépites et les découvertes ne manquent pas sur l’un des sites pionniers de la lecture électronique en francophonie. Et, cerise sur le gâteau, vous y trouverez aussi des liens vers d’autres sites partenaires, histoire de satisfaire une soif de lecture qui – on l’espère – ne se tarira pas avec – croisons les doigts – la fin des mesures de confinement dues au coronavirus. Si d’aventure celles-ci se prolongeaient, cet article sera le début d’une série, pourquoi pas. Bonne lecture !


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