Dans les salles : La vérité

« La vérité » est une bonne occasion pour Catherine Deneuve de se jouer elle-même. À part cela, le nouveau film de Hirokazu Kore-eda hésite trop entre drame et comédie.

Une relation mère-fille aux mille (mises en) abymes. (©PROKINO Filmverleih GmbH / Laurent Champoussin)

Être une actrice dans la force de l’âge peut être une situation difficile. Certes, une grande carrière vous met à l’abri des soucis existentiels, mais pas de ceux qui affectent l’équilibre mental. Le métier d’actrice n’étant pas uniquement un défi physique mais aussi psychologique : tant de rôles joués, tant de vies vécues et tant de personnes qui ont croisé-e-s votre chemin, cela laisse forcément des traces. C’est aussi ce qui arrive à Fabienne, grande star du cinéma qui est arrivée au moment où elle décide de ne plus narrer la vie des autres, mais de reprendre en main la narration de sa vie en publiant ses mémoires.

Ce qui n’est pas pour plaire à tout le monde, surtout pas à Lumir, sa fille, avec laquelle les relations ont toujours été tendues et qui s’est pour cette raison exilée aux États-Unis, où elle exerce le métier de scénariste. Éloignement physique et proximité en ce qui concerne le choix du métier – une liaison complexe et pleine de sous-entendus. Des sous-entendus qui dépassent Hank, le mari américain de Lumir, acteur de seconde zone, détesté par sa belle-mère. À travers le retour, pourtant souhaité par Fabienne, de sa fille et de sa famille en France, les vérités de chacun-e des protagonistes vont se dérouler progressivement, et ce n’est, oh quelle surprise, pas toujours très beau à voir.

Avec « La vérité » le réalisateur Hirokazu Kore-eda quitte les sentiers explorés avec son film précédent, le magnifique « Une affaire de famille ». Ce portrait intimiste d’une famille tokyote qui se compose de voleuses et voleurs à l’étalage lui avait non seulement valu la Palme d’Or à Cannes en 2018, mais aussi la réprobation de son premier ministre Shinzo Abe – qui n’y voyait pas vraiment une œuvre empreinte de Nation Branding, tant le vol est un tabou important au pays du Soleil Levant.

Au contraire, c’est la haute société parisienne qui est traitée dans « La vérité », une caste d’artistes qui a un statut à part surtout en France, où l’on se rend compte maintenant des dérives du système, avec les affaires Matzneff et la cérémonie calamiteuse des derniers Césars. Et c’est un peu cette actualité qui manque dans le film, qui joue dans un milieu où toutes ces affaires ne semblent pas exister – ou du moins ne pas avoir d’impact.

Sinon, la prestation de Catherine Deneuve a été décrite comme « incroyable » par certain-e-s critiques, alors que se jouer soi-même n’est peut-être pas le plus grand défi pour une grande dame du cinéma français. Mais il est vrai que les efforts des autres actrices et acteurs pâlissent un peu face à sa prestation qui sait occuper l’espace. Surtout, Ethan Hawke en tant que mari américain un peu bêbête est parfois pénible à voir.

Mais le principal problème de « La Vérité » c’est que c’est un film qui ne sait pas se décider s’il veut être un drame ou une comédie. Certes, la relation mère-fille composée de non-dits, de vécus totalement opposés et de petites failles dans lesquelles peuvent se cacher des grandes différences s’apprête à la définition d’un drame. Mais de l’autre côté, le jeu sur les clichés, les petites pointes d’humour – pas vraiment noir – ne collent pas avec le propos.

C’est donc un film mal équilibré qui ne vaut pas son prédécesseur ni sur le plan de l’humanité, ni sur le plan émotionnel. Dommage, avec le talent qu’on connaît au réalisateur.

À l’Utopia.


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