Économie : Argent contre droits de l’homme

von | 26.06.2020

Pour aider les entreprises à mieux s’adapter au contexte post-Covid-19, le ministère de l’Économie vient de lancer le programme « Fit 4 Resilience ». L’Initiative pour un devoir de vigilance rappelle que les droits de l’homme ont été écartés encore une fois dans ce contexte.

Comme si les consultant-e-s étaient les premières victimes de cette crise… En tout cas, le programme « Fit 4 Resilience » mis en place par le ministère de l’Économie et Luxinnovation propose aux entreprises (de taille intermédiaire et PME) de prendre en charge la moitié des frais de consultance pour assurer leur avenir. À condition qu’elles soient prêtes à faire réaliser un « diagnostic du positionnement stratégique » et à avoir une « réflexion structurée sur les choix stratégiques », qui sera bien sûr sous le signe d’une « approche davantage digitale, circulaire et régionale ».

Si le ministère a pensé surtout aux adaptations à mettre en place pour le fameux « monde d’après » dans lequel nous vivons désormais, ce monde ne semble toujours pas inclure un lien entre économie et droits de l’homme. Or, dans une économie globalisée où le grand-duché est bien obligé de défendre sa part du gâteau, le respect de ceux-ci devrait être garanti tout au long de la chaîne de production, et les entreprises devraient être responsabilisées par les États qui les hébergent. Et tel n’est pas le cas au Luxembourg : les ONG et syndicats qui se sont uni-e-s sous la bannière de l’Initiative pour un devoir de vigilance l’ont constaté à plusieurs reprises.

Lors d’une conférence de presse jeudi dernier, les représentant-e-s de l’initiative ont présenté un nouveau document contenant des revendications sous le titre « Fit 4 Resilience – a Mënscherechter ». S’appuyant sur les résultats d’un groupe de travail des Nations unies, l’initiative constate « qu’il est important de soutenir les entreprises en difficulté, en particulier les PME, plus vulnérables en temps de crise », mais considère aussi « que le soutien financier au renflouement d’entreprises devrait s’accompagner d’une exigence claire d’engagement à respecter les droits humains ». Et d’enfoncer le clou : « La question de la résilience des entreprises n’est pas à réduire aux simples questions de digitalisation ou de logistique, comme certains acteurs économiques veulent nous le faire croire. »

Pour l’initiative, une transition et une transformation vers un « Fit 4 Human Rights » devraient servir à anticiper une future législation sur le devoir de vigilance. Et de rappeler que le gouvernement, dans ses lois PAN, a ancré le principe du « plein respect » des droits de l’homme qu’il attend des entreprises. Tout comme ce principe est inscrit dans l’accord de coalition, d’ailleurs.

Conditionner les aides étatiques

L’État devrait donc endosser le rôle de modèle à suivre, en appliquant aux entreprises qui lui appartiennent ou dans lesquelles il est actionnaire (même minoritaire) le respect des droits de l’homme « en vertu des principes directeurs des Nations unies ». Pour les entreprises privées, les aides étatiques devraient être conditionnées à ce respect. Pour ce faire, il est important de prendre en considération non seulement les antennes locales d’une entreprise, mais aussi ses implantations à travers le monde. Une plus grande transparence et des monitorings conséquents seraient aussi nécessaires pour donner suite efficacement à cette revendication.

De plus, l’initiative s’en prend à l’Office du ducroire (ODL), qui a vu ses engagements croître de façon importante dans le cadre de la crise pandémique. Pour l’initiative, chaque entreprise souhaitant profiter des services de l’ODL devrait aussi montrer patte blanche. La même chose vaudrait aussi pour les « business partnership facilities » (BPF) mises en place par la Direction de la coopération, l’agence « LuxDev » et la Chambre de commerce : ici, l’initiative demande que la BPF « ne considère plus l’engagement pour les principes directeurs des Nations unies ‘comme un avantage’ mais comme une condition ».

L’avenir montrera quel poids les droits de l’homme auront donc dans le « monde d’après ».

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