États-Unis : Révolution orange

La présidence de Donald Trump est une continuation de son parcours électoral. S’il faut s’y opposer par tous les moyens, l’Europe ferait mieux cependant de s’assurer de sa propre crédibilité.

(© SZ)

Stupeur et tremblements : c’est la stratégie de la présidence de Donald Trump depuis les deux semaines qu’il est en charge des États-Unis. Désaveu de l’Obamacare, construction du mur avec le Mexique, feu vert aux pollueurs, légalisation de la discrimination anti-LGBTQ et bannissement des musulmans – ces mesures radicales ont envoyé des ondes de choc à toute la planète et en passant ravissent les extrêmes droites. Quelle meilleure légitimation de leurs idéologies que de pouvoir se dire sur la même ligne que le président américain ? Et peu importe la légitimation de ce dernier. S’il s’avérait que la Russie a influencé les élections de novembre dernier, ce ne serait pour Poutine qu’une revanche pour les révolutions orange fomentées aussi par les services secrets américains en Ukraine.

Non, après le dernier épisode en date – la conférence téléphonique interrompue par un Trump colérique avec le premier ministre australien -, il apparaît de plus en plus clairement que ce président n’est qu’une poupée, un véhicule pour un idéologue habile qui a pris possession de la dynamique trumpienne pour imposer ses idées : Stephen Bannon. Le fin et chef stratège de l’équipe qui a pris possession de la Maison Blanche est un touche-à-tout : militaire, producteur de films sur la mouvance « Tea Party » (dont il se revendique, surtout pour attaquer l’establishment des Républicains) et ancien chef du journal en ligne d’extrême droite « Breitbart », c’est lui qui rêve de la destruction de l’État, de la démocratie et des « élites ». S’inspirant de Lénine, qui lui aussi pensait procéder à la destruction des structures en place pour mieux avancer, Bannon est de loin l’homme le plus dangereux de l’administration Trump.

Une raison en est que sa stratégie fonctionne. Tandis que les médias s’affolent de tout nouvel « executive order » signé par le clown en chef (rappelons juste que le premier « executive order » signé par Obama ordonnait la fermeture immédiate de Guantanamo), il tire les ficelles ; et c’est voulu, comme il l’a déclaré en novembre 2016 dans une interview sur la couverture médiatique de son équipe : « It only helps us when they get it wrong. When they’re blind to who we are and what we’re doing. » Car pendant que le monde entier voyait les aéroports américains bloqués par les protestations, Bannon a discrètement pris un strapontin permanent au National Security Council, quasiment le conseil de guerre américain. Savoir qu’un lunatique fanatique et obsédé par le clash des civilisations est désormais investi d’un tel pouvoir ne présage rien de bon.

Même les gouvernements dits « progressistes » se font avoir par les sirènes populistes.

Alors que faire ? L’indignation ne suffira simplement plus pour contrer Trump. La virée autoritariste de l’Amérique est un scénario que le monde, et l’Europe, connaissent très – trop – bien. Depuis la chute de la République romaine jusqu’aux années 1930, nous savons pertinemment qu’une telle évolution peut aisément mener au fascisme et, ce faisant, à un bain de sang mondial. Pour la contrer, il faut mobiliser notre savoir historique pour éviter que cela se reproduise. Mais avant tout, il faut que l’Europe reste crédible : il faut que nous nous penchions sur les évolutions antidémocratiques en Pologne ou en Hongrie, il faut que nous évitions la montée des populismes de droite partout sur le continent. Mais le problème est que même les gouvernements dits « progressistes » comme le nôtre se font avoir par les sirènes populistes, comme on l’a vu avec le projet – aussi inutile qu’idiot – d’interdire la burqa au Luxembourg. Alors, décidément, on est mal partis.


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