Exposition collective : Le Japon fois sept

La première exposition « Luxembourg-Tokyo » dans la toute nouvelle galerie Fellner Louvigny se concentre sur l’étrange attraction qu’exerce le Japon sur des artistes luxembourgeois-e-s.

Photos : woxx

Le vertige est bien une des premières sensations qui envahit chaque Occidental-e lors de sa première visite au Japon : les dimensions monstrueuses des villes, les signes incompréhensibles et omniprésents, les codes de communication presque impossibles à traduire et à appliquer, le tout caché derrière une façade de bienséance asiatique difficile à interpréter. « Comme les Inuits ont 50 mots pour désigner la neige, les Japonais ont 50 façons d’éviter de dire ‘non’ à leur interlocuteur », s’amuse Hans Fellner, patron de la nouvelle petite galerie et librairie d’art située au cœur de la vieille ville.

L’idée derrière cette exposition, explique Fellner, lui est venue lorsqu’il a découvert les lieux : en inspectant l’arrière-salle avec son plafond bas et ses escaliers en bois, il a immédiatement pensé au Japon. L’autre motivation a été d’enfin exposer des œuvres créées par des artistes luxembourgeois en résidence au Japon, mais qui n’avaient jamais été montrées au Luxembourg. C’est une faille que « Luxembourg-Tokyo » se propose désormais de combler. Aussi parce que les rencontres entre la société nipponne et les artistes grand-ducaux et grand-ducales ont donné lieu à des créations très différentes.

La première que l’on peut voir dans la galerie est d’ailleurs le témoignage d’un certain échec. Lors de sa résidence dans le Youkobo Art Space à Tokyo en 2012, la dessinatrice et illustratrice Stina Fisch s’est vue si bouleversée par les impressions et les contacts avec les Japonais que son projet initial en a pâti. Constatant que « son œil obstruait sa main qui dessine », elle s’est résolue à ne faire qu’un inventaire photographique des choses vues, sans vraiment produire des œuvres d’art. Pour l’exposition chez Fellner, elle est revenue sur cette expérience en créant une affiche avec des photos et des annotations, afin de la recréer. D’ailleurs, d’autres impressions de l’artiste sont disponibles sur son blog.

Un autre raté productif a été la résidence de Christian Aschmann à Tokyo : voulant photographier des gens, il se rend vite compte de l’impossibilité du projet, vu que communiquer avec des Japonais dans la rue est presque impossible. Il se rabat donc sur les façades, ou mieux, sur les interstices entre les bâtiments, des non-lieux typiquement japonais, car les constructions ne se touchent pas pour mieux les sécuriser en cas de tremblement de terre. Aschmann en a tiré une jolie étude de photographie architecturale en noir et blanc.

Le projet de Serge Ecker est plus concret. L’artiste, qui n’a pas été en résidence, s’est rendu dans le pays après le désastre de Fukushima et a pénétré dans la zone dévastée, malgré les avertissements de l’ambassade luxembourgeoise. Après avoir pris de multiples clichés des maisons détruites par le tsunami, il les a recréées en les imprimant en trois dimensions – ce qui donne des sculptures détaillées impressionnantes.

Loin des catastrophes, l’artiste Trixi Weis – qui a profité d’une résidence en 2009 – s’est concentrée sur la sexualité, un peu spéciale, des Japonais et a noté tous les codes et symboles sexuels du quotidien sur une grande feuille. De plus, on peut voir son travail vidéo sur les piéton-ne-s tokyoïtes.

Par contre, les travaux de Flora Mar et de Raoul Ries sont plus axés sur les traditions japonaises. Tandis que la première a travaillé sur son projet à long terme des « Fleurs du mal » (une étude du bacille de Koch dans toutes ses splendeurs), elle a aussi rendu hommage à un des symboles de l’île, la fleur de cerisier. Ries a lui rendu hommage au grand peintre Hokusai et ses célèbres 36 impressions du mont Fuji. En photographiant la montagne dans les mêmes proportions que le vieux maître, il a réussi en passant un touchant portrait du Japon rural plutôt méconnu.

Finalement, l’expo montre aussi les gravures d’Isabelle Lutz, bouddhiste de longue date, qui a aussi profité d’une résidence. Entre abstraction et tradition, ses travaux séduiront sûrement celles et ceux inspiré-e-s par la spiritualité.

Bref, il y a sept bonnes raisons de se rendre à « Luxembourg-Tokyo » – en plus il y a de beaux bouquins à découvrir !

À la galerie Fellner Louvigny, 
jusqu’au 6 avril.

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