Festival : La Kufa se rappelle

Des festivals meurent, des festivals naissent : Esch Calling ! Vol. 1 tente d’établir, voire de renouer avec la tradition du hardcore et du punk à la Kulturfabrik d’Esch.

ZSK, dans le business punk depuis plus de 20 ans, va servir de cerise sur le gâteau punk. (Photo : Chris Schwartz)

L’ancien abattoir de la route de Luxembourg a une image à défendre : celle d’avoir été le berceau de la scène hardcore et punk luxembourgeoise. À la fin des années 1980 et au début de la décennie suivante, l’immeuble squatté n’abritait en effet pas uniquement des artistes ou femmes et hommes de théâtre engagé-e-s, mais incubait aussi une scène naissante – sans laquelle le paysage musical luxembourgeois serait sans aucun doute moins riche. Avant l’institutionnalisation de la musique actuelle, par l’encadrement par exemple dans le Rocklab, ces groupes – comme Defdump, Wounded Knee et autres – avaient fait preuve d’une auto-organisation remarquable. Pas uniquement en ce qui concerne leur promotion et leurs tournées, mais aussi en invitant des groupes étrangers dans la métropole du fer, faisant de la Kulturfabrik une étape importante sur la route des tournées.

Alors que les concerts de hardcore ou de musiques actuelles s’étaient faits un peu rares ces dernières années, la programmation misant surtout sur le metal et sa communauté fidèle et rémunératrice, le festival Esch Calling ! Vol. 1, essaie à présent de rétablir un peu l’image de la Kufa comme temple de la musique bruyante et contestataire. Pour cette première édition, l’affiche est partagée entre des formations allemandes et luxembourgeoises. L’attraction principale est le groupe berlinois ZSK, une constante dans la scène punk depuis la fin des années 1990. Les quatre amis, qui ont fondé le groupe en 1997, sont familiers des grandes scènes allemandes et ont joué avec les plus grands comme Anti-Flag, Die Toten Hosen, Bad Religion ou encore The (International) Noise Conspiracy. Un peu moins traditionnel : Swiss & Die Andern, autour du chanteur et activiste Swiss, est un groupe de punk qui ne rechigne nullement à explorer d’autres genres, comme le hip-hop, pour mieux faire passer ses messages ultrapolitiques.

Les Luxembourgeois de Scavenger’s Lunch sont nés de plusieurs groupes de punk défunts ou mis en hiatus. Les vautours affamés se nourrissent abondamment de pop punk des années 2000 et feront sûrement pogoter l’une ou l’autre spectatrice ou spectateur en mal de sensations fortes. Puis viendront The Detectors, qui annoncent la couleur déjà sur leur site : « anti-fascist pro-feminist gay-positive animal-friendly punk ». Aussi très inspirée par le punk politique – une de leurs chansons s’appelle même « L’insurrection qui vient », en référence à l’ouvrage anonyme du collectif anarchiste Comité invisible –, leur musique se consomme pourtant sans trop de lourdeur.

Finalement, ce sera aussi l’occasion de découvrir Fehltritt, un collectif punk et ska luxembourgeois né sur les rives de la Moselle. Ce groupe local, qui n’a pas encore fait les super grandes scènes, mérite définitivement qu’on s’attarde sur sa production.

Bref, la Kulturfabrik fait bien de renouer avec la scène locale et la musique plus politique : cette niche n’est plus tellement exploitée par les autres institutions culturelles ni par le privé. Armez-vous donc d’indignation et d’envie de faire la fête et rendez-vous à Esch !

À la Kulturfabrik, le 12 juillet.

Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged , , . Bookmark the permalink.

Comments are closed.