François Ozon
 : Dédoublement

« L’amant double », le nouveau film de François Ozon, est un thriller érotique qui rend hommage au film noir autant qu’au cinéma de Lynch – et surtout un film très réussi.

La question est : qui est en train de voir double ?

Quand Chloé sonne à la porte du psychothérapeute Paul Meyer, elle a déjà une grande odyssée de souffrances derrière elle. Ce n’est pas uniquement son esseulement chronique qui la taraude, mais surtout des maux de ventre inexplicables. En dernière instance, les spécialistes n’ayant rien trouvé, elle pense que son problème pourrait provenir d’un mal-être psychique. Et ça marche, même mieux qu’elle ne l’aurait imaginé. Non seulement les douleurs disparaissent au fil des sessions, mais elle se met aussi en couple avec son « sauveur ». Seulement, voilà qu’au cours du déménagement dans leur nouvel appartement, elle tombe sur des détails qui lui font douter de la sincérité de son nouveau petit ami. Un passeport signalant un autre nom de famille, des apparitions de Paul dans des endroits où il ne devrait pas être. De fil en aiguille, elle découvre d’autres détails troublants qui vont la mener dans une spirale infernale.

En parcourant l’œuvre éclectique de François Ozon, on se rend compte qu’il s’agit d’un cinéaste qui n’a pas de style ou de tradition cinématographique dans laquelle il s’inscrit, mais qui considère ses films plutôt comme des exercices de style. Sinon, comment expliquer le passage de la comédie musicale (« Huit femmes », son plus grand succès jusqu’ici) au thriller érotique et psychologisant ?

Pourtant, il y a des constantes : l’amour du détail par exemple, qui est poussé très loin dans « L’amant double », et qui en fait un de ces films qu’on devrait être obligé de voir deux fois de suite pour bien noter comment chaque pièce du puzzle se met en place petit à petit. S’y ajoute l’esthétique typiquement Ozon. Les plans des sessions chez le thérapeute – parfois de face, parfois de profil, puis en très rapproché – permettant ainsi d’illustrer l’histoire d’amour qui s’installe sans passer par des mots en seraient un exemple. Tout comme le thème du miroir multiple qui revient tout au long de la projection.

Mais la sexualité, qui est un des centres du film, tout comme le thème de la maternité jouent aussi un rôle prépondérant dans « L’amant double ». La représentation qu’en fait Ozon réussit à briser des tabous, mais pas dans le sens du sensationnalisme – plutôt en inversant les rôles typiques entre homme et femme. De toute façon, dans cette gamme, difficile de faire « mieux » que « Nymphomaniac » de Lars von Trier.

Tout cela fait que le spectateur ne délaisse pas une seconde son attention d’un scénario pourtant raffiné. Car avec trois personnages qui jouent un double jeu, perdre le public en cours de route n’est pas difficile.

Si Ozon parvient à l’éviter, c’est aussi grâce à ses acteurs. En premier lieu Marine Vacth, jeune actrice très proche de son personnage et qui campe une Chloé crédible : à la fois très fragile et meneuse de son jeu. Une femme qui ne se soumet pas aux embûches qui lui bloquent le chemin, une guerrière furieuse par moments. Et puis Jérémie Renier, un de ces acteurs belges devenus célèbres en France, qui par ses nombreuses facettes réussit parfaitement à contrer le jeu de sa partenaire afin de le compléter.

Donc, si vous aimez les scénarios avec des twists surprenants, bien faits et bien joués, « L’amant double » est pour vous.

À l’Utopia
. Tous les horaires sur le site.

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