Hervé Le Tellier : L’anomalie

von | 27.10.2020

Connu surtout pour ses explorations de l’intime et son amour des jeux de langage, l’oulipien Le Tellier explore cette fois la terra incognita de la science-fiction. Le résultat est un voyage décoiffant qui célèbre le doute et ouvre grand les portes des possibles.

En lice pour le Goncourt cette année, Hervé Le Tellier demeure un écrivain à part. Membre de l’Oulipo, qu’il préside depuis 2019 – ce club d’écrivain-e-s qui rassemble hommes et femmes de lettres et mathématicien-ne-s féru-e-s de contraintes littéraires, fondé après-guerre par Raymond Queneau et François Le Lionnais –, Le Tellier a su mettre à profit ses connaissances scientifiques pour gravir les montagnes russes créées par « L’anomalie ». C’est aussi ce qui rend ce livre si poignant et glaçant : si ce qui arrive dépasse l’imagination humaine, l’auteur est toujours là pour livrer des explications scientifiques crédibles. Cette anomalie n’est pas le fait de la main de Dieu ni d’extraterrestres. Tout ce qui arrive reste du domaine du possible.

Le point de départ de « L’anomalie » est un vol Paris-New York opéré par Air France, qui doit affronter un cumulonimbus supercellulaire qu’aucune prévision météo n’avait annoncé. Après des minutes d’angoisse et de grosses perturbations, la machine endommagée parvient tout de même à se poser en urgence. Le roman dissèque alors les vies des passagers et passagères qui ont vécu ce périple. Il y a Blake, restaurateur parisien et tueur à gages – ce que sa famille ignore –, André et Lucie, un couple sur le point de se désagréger pour cause de différence d’âge, Victor Miesel, écrivain et traducteur incapable de quitter sa cage faite de pages imprimées, Joanna, avocate noire américaine qui s’apprête à monter en grade, ou encore Slimboy, musicien nigérian qui redoute que ses fans découvrent qu’il aime les hommes.

Tous ces personnages ont une vie secrète, abritent des pensées et des faits qu’ils n’avoueront pas. Mais avec l’anomalie qui va les frapper, ces choses vont bien devoir changer – pour le meilleur ou pour le pire. Sans courir le risque de spoiler le contenu du roman, nous ne pourrons pas aller plus loin dans sa description.

Il reste qu’avec « L’anomalie », Hervé Le Tellier s’est surpassé. Ses œuvres antérieures étaient soit des plaisanteries littéraires parfois érotiques, dont ce livre n’est pas exempt d’ailleurs, soit des variations sur des thèmes plus intimistes, comme l’échec exploré dans « Eléctrico W », roman lisboète pour lequel le woxx avait déjà rencontré l’écrivain en 2011. Cette fois-ci, il semble que l’auteur ait rassemblé toutes les expériences faites par le passé pour les couler dans le moule d’un grand roman de science-fiction, qui est bien plus qu’une œuvre de genre, mais par l’écriture finement ciselée, le ton ironique sans abus et la narration toujours très maîtrisée est certainement devenu un livre unique, tant pour l’auteur que pour la littérature contemporaine en général. Bref, en vue d’un nouveau confinement, vous feriez mieux de passer vite chez votre libraire pour en avoir un exemplaire à la maison.

Paru chez Gallimard, collection NRF.

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