Jacques Audiard
 : We Are Family

Dans « The Sisters Brothers », le versatile Jacques Audiard s’essaie au genre du western – le résultat est un film certes atypique, mais manquant parfois de punch.

Deux frères inégaux qui se fraient un chemin dans une nature et une société sans pardon.

Dans le fin fond de l’Oregon, au milieu du 19e siècle, une dizaine d’années avant que la guerre civile s’abatte sur les jeunes États-Unis, vivent les frères Sisters. Fils d’un père alcoolique et violent, leur voie vers la petite et grande délinquance est toute tracée et ce n’est donc pas un hasard que Charlie et Eli se retrouvent tueurs à gages sous les ordres d’un grand brigand appelé le Commodore. Lorsque ce dernier les envoie aux trousses d’un certain Hermann Warm, leur destin va changer. Car Warm n’est pas un brigand qui a volé le Commodore, mais un doux rêveur qui a mis au point une formule chimique qui lui permet de trouver de l’or facilement dans les lits des rivières. Pendant leur périple qui va les mener jusqu’aux côtes californiennes, les deux frères vont non seulement être confrontés à de multiples gangsters qu’il faut refroidir, mais aussi à leurs luttes intérieures et aux faits indicibles qui ont formé leur passé.

Acclamé au Festival international de Venise cette année et même récompensé par un Lion d’argent pour son réalisateur, « The Sisters Brothers » est à la fois un film typique et atypique pour Jacques Audiard. Typique dans le sens où ce n’est pas la première fois qu’il essaie de mélanger un film de genre à un film d’auteur – qu’on se rappelle l’espace carcéral d’« Un Prophète » ou les liaisons familiales dangereuses dans « De battre mon cœur s’est arrêté ». Ce qui est atypique est à la fois le genre du western et la production américaine – même si une partie du financement est résolument européen : on retrouve parmi les coproducteurs les frères Dardenne.

Sans aucun doute, le fait d’avoir tourné aux États-Unis avec des acteurs américains est une bénédiction pour le film. Les décors naturels majestueux, que ce soit à la montagne ou à la mer, les reconstitutions des premiers villages de colons et des premières grandes villes, comme San Francisco, n’auraient pu se faire ailleurs. Sans parler des acteurs, dont Audiard a réussi à avoir une belle brochette. Et avant tout John C. Reilly, qui éclipse Joaquin Phoenix dans la fratrie portée à l’écran. Sa délicatesse, sa façon de faire avancer son personnage et aussi de faire douter le spectateur de sa présumée bonhomie composent une performance remarquable dont on se souviendra encore longtemps. Phoenix a par contre le rôle ingrat de jouer la brute et même s’il a un côté sensible, il ne réussit pas à mobiliser toute la palette d’émotions maîtrisée avec brio par Reilly.

Et puis Jake Gyllenhaal, qui campe un détective et autre homme de main du Commodore et qui change de camp pendant l’aventure, livre aussi un portrait époustouflant d’un jeune homme brisé par la violence de cette Amérique naissante dans la douleur. Une douleur que justement Hermann Warm (Riz Ahmed – aussi très subtil dans son rayonnement messianique) veut surmonter en collectant de l’or afin de financer une communauté idéale qu’il veut monter à Dallas dans le Texas.

Bref, « The Sisters Brothers » est un western qui échappe aux clichés, car il montre sans fard le temps des pionniers américains – une société hétéroclite, déracinée, méfiante et violente, perdue dans les étendues presque infinies d’une nature aussi sauvage que le sont les hommes et femmes qui essaient d’y survivre. Un film pas uniquement fait pour les amateurs de western – et donc un vrai Audiard.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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