Dans un contexte d’augmentation du nombre de conflits et de mépris du droit international, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Xavier Bettel, et les député·es ont débattu de la politique de coopération les 18 et 19 mars. Les tribunes accueillaient les diplomates et la société civile.

Xavier Bettel lors du débat annuel sur l’aide au développement à la Chambre des députés, le 19 mars. (Photo : Chambre des députés)
Avec la fermeture des ambassades au Sahel pour cause de menace terroriste et de prise du pouvoir par des régimes militaires, la coopération luxembourgeoise est en mutation. Xavier Bettel souligne la nécessité de valeurs partagées et de confiance avec les pays partenaires. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères annonce le non-renouvellement de l’accord de coopération avec le Sénégal, qui a accentué la répression des homosexuels. Les députés socialiste Franz Fayot et Déi Lénk David Wagner critiquent ce retrait, estimant que le dialogue avec les autorités doit être maintenu. Selon le ministre, le gouvernement sénégalais a rejeté tout dialogue.
Le continent africain reste la priorité de la coopération luxembourgeoise. C’est ainsi que le Togo et le Bénin sont désormais pays partenaires. La coopération au Rwanda est en revanche curieusement absente du discours de Xavier Bettel. En février 2025, le ministre avait refusé de sanctionner le pays africain au Conseil européen lors du conflit en République démocratique du Congo (woxx 1826). Il est rattrapé par le député DP Gusty Grass qui souligne que l’engagement luxembourgeois au Rwanda ne doit pas avoir d’impact négatif en RDC. David Wagner affirme pour sa part que le projet de centre financier à Kigali, dans lequel la coopération luxembourgeoise est impliquée, ne sera pas au service des populations. Présente dans les tribunes, l’ambassadrice du Rwanda, Aurore Mimosa Munyangaju, déclare sobrement au woxx : « Nous suivons le débat sur la coopération, ainsi que les débats sur l’intelligence artificielle dans la finance, le secteur des crypto-actifs et les activités de notation ESG. »
L’Amérique latine est l’autre région du monde sur laquelle se concentre la coopération luxembourgeoise. Sur le Salvador, Xavier Bettel affirme que la criminalité ne doit pas empêcher l’État de droit de rester la colonne vertébrale du pays. Le Salvador est actuellement gouverné par le président Nayib Bukele, soutien de Donald Trump et adepte du Bitcoin. Selon un rapport de Human Rights Watch, des migrant·es expulsés des États-Unis sont détenu·es dans le système carcéral salvadorien sans possibilité de contact avec un avocat ou leurs familles. En 2019, le Luxembourg avait mis fin à ses relations de coopération au Nicaragua après les violences contre les manifestants par le gouvernement du président Daniel Ortega.
Menace sur l’additionnalité
Le ministre continue son exposé en parlant de l’Asie, soulignant la contribution au déminage du Laos. Le problème des mines est également important en Ukraine, victime de l’invasion russe. L’aide luxembourgeoise est présente dans la région de Kryvyï Rih où se trouve des installations d’ArcelorMittal. Franz Fayot salue le choix stratégique de soutenir la région où se trouve l’entreprise. Cependant, il ne mentionne pas que l’entreprise y a annoncé la fermeture d’une partie de ses usines.
La dernière région que Xavier Bettel aborde est le Proche-Orient. Il indique que son ministère soutient l’Autorité palestinienne et l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens. À l’opposé, Laurent Zeimet, du CSV, demande la transparence de l’agence et appelle à ce que les fonds alloués à Ramallah n’aident pas les familles des terroristes du 7 octobre 2023. Il fait allusion à une politisation des fonds du ministère par le CPJPO, le Comité pour une paix juste au Proche-Orient, une association luxembourgeoise. Gusty Grass et Franz Fayot apportent leurs soutiens à l’UNRWA. Le député socialiste et ancien ministre de la Coopération affirme également son appui au CPJPO. Il souligne encore sa proximité avec l’eurodéputé libéral Charles Goerens, avec lequel il a co-signé l’article « Foreign aid is not a luxury. It’s Europe’s smartest investment ». Cet été à Bruxelles, le rapport de Charles Goerens sur l’aide au développement a été rejeté par le Parlement européen avec les votes des conservateurs du PPE et de l’extrême droite. Fernand Kartheiser, de l’ADR, était néanmoins le seul député européen luxembourgeois à s’opposer au rapport. À la Chambre, la présidente de l’ADR, Alexandra Schoos, défend un plafonnement de l’aide à la coopération à 0.7 % du Revenu national brut (RNB).
Les députés écolos Joëlle Welfring et Sam Tanson, ainsi que leur collègue de la gauche David Wagner mettent sous pression le ministre pour pérenniser l’additionnalité du financement climatique au-delà du 1 % du RNB dédié à l’aide au développement. Alors que ce mécanisme semble menacé, Xavier Bettel reste vague, laissant à la Chambre la responsabilité du vote d’un budget. On devine le ministre des Finances Gilles Roth en coulisse. Une alliance CSV-ADR pourrait-elle diminuer ce budget avec quelques députés du DP

