Maxime Motte
 : À vot’ bon cœur !

Quand la crise des migrants s’invite dans une comédie familiale à la française… Avec ce premier long métrage imparfait mais plaisant, Maxime Motte signe un éloge bienvenu de la solidarité.

Certes un peu trop sucrée, cette comédie familiale qui aborde les thèmes des origines, de la transmission et de l’hospitalité est une joyeuse exception dans le monde des comédies françaises beaufs.

Pour commencer, levons toute ambiguïté : « Comment j’ai rencontré mon père » n’est pas une version française et cinématographique de la série américaine à succès « How I Met Your Mother ». Plus modestement, il s’agit d’une comédie familiale dont l’un des personnages centraux est un jeune migrant.

Petit garçon d’origine africaine, Enguerrand vit dans le nord de la France avec ses parents adoptifs, Eliot et Ava, très attentionnés même s’ils ne savent pas toujours répondre à ses questions, et son grand-père, l’extravagant André. Une nuit, Enguerrand rencontre Kwabéna, jeune homme originaire du Ghana qui souhaite gagner l’Angleterre. Pour l’enfant, il ne fait aucun doute que Kwabéna est son père biologique. Il décide donc de l’héberger en secret dans sa chambre.

Le thème de la quête d’identité d’Enguerrand est vite évacué pour laisser place à un récit rocambolesque autour de la chaîne de solidarité qui se met en place pour aider Kwabéna à échapper à la police. Plutôt réussi sur son versant burlesque (joli plan de Kwabéna caché sous un casque de cosmonaute), le film est peuplé de personnages bienveillants, à commencer par les parents, le très protecteur et maladroit Eliot et la plus terrienne Ava, interprétés par des comédiens appréciés du grand public, François-Xavier Demaison et Isabelle Carré.

Attachant, ce premier long métrage, en fait le prolongement d’un court métrage homonyme, est cependant loin d’être totalement abouti, notamment du côté des dialogues. Les mots d’auteur mis dans la bouche du gamin font rarement mouche – à sa mère qui lui raconte que son père, mort, est au ciel « comme quand on est dans un avion », Enguerrand demande : « Il est pilote ou passager ? » -, et les blagues tombent le plus souvent à plat – la confusion entre « bâfrer » et « Biafrais », mouais…

La gentillesse vire aussi parfois à la mièvrerie, un travers accentué par l’envahissante bande originale, une redoutable mélasse folk déconseillée aux diabétiques. Mais, à la différence de bien des comédies françaises actuelles (on ne citera pas de nom), celle-ci a l’immense mérite d’aborder de front un sujet brûlant, le sort des migrants, en évitant de s’appuyer sur des ressorts comiques usés (le choc des cultures) ou déplaisants (le ricanement ou le mépris).

Avec légèreté, ce film qu’on recommande de voir en famille pose aussi la question de ce qui se transmet d’une génération à une autre. À cet égard, le titre, « Comment j’ai rencontré mon père », peut se comprendre à plusieurs niveaux. De même, les bienfaits générés par l’esprit de solidarité sont multiples. Si Enguerrand et ses parents viennent en aide à Kwabéna, celui-ci, en bousculant leurs habitudes et leurs certitudes, en les mettant à l’épreuve, renforce et ravive les liens familiaux.

Au-delà de son réconfortant éloge de l’hospitalité, « Comment j’ai rencontré mon père » nous permet aussi de retrouver le truculent Albert Delpy, qui s’en donne à cœur joie dans le rôle d’un papy vert et pas piqué des vers, capable de lancer, après avoir appris que Kwabéna se cachait pour partir en Angleterre : « Mais moi je me planquerais pour ne pas aller là-bas ! » Une réplique qui trouvera un écho à la fin (astucieuse) du film, qu’on ne vous révélera pas ici.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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