Olivier Assayas
: Médium svp

Encensé par la presse, « Personal Shopper », le dernier-né d’Olivier Assayas, promet beaucoup mais perd sa substance en chemin.

Elle joue à se faire peur : Kristen Stewart dans « Personal Shopper ».

En matière de hantise, la jeune Maureen s’y connaît. Car elle est doublement hantée. D’abord par son boulot qui la réduit à acheter des fringues, composer des tenues de soirée et être l’esclave des humeurs de l’égérie de la mode Kyra – un travail qui lui devient de plus en plus pénible. Et puis, son frère jumeau Lewis, décédé il y a peu d’une maladie cardiaque, l’affecte également. Se considérant tous deux médiums – donc capables de communiquer avec l’autre monde – ils se sont jurés que le premier d’entre eux qui mourrait enverrait à l’autre un signal pour le rassurer.

On retrouve alors Maureen à Paris en guetteuse d’un signe quelconque. Pour cela, elle passe des nuits dans la maison à l’abandon de son frère. Si, à force d’attendre, elle y rencontre en effet une apparition surnaturelle, ce n’est pas son frère mais une autre revenante plutôt fâchée qui lui gerbe une belle flaque d’ectoplasme au visage avant de disparaître à tout jamais dans les ténèbres. Frustrée, Maureen songe à abandonner quand elle commence à recevoir des textos mystérieux sur son portable de la part d’un anonyme qui semble connaître sa vie et ses quêtes en détail…

Même si la presse parle d’un scénario « hitchcockien » pour désigner « Personal Shopper », les ficelles du scénario sont bien trop grosses et trop confuses pour qu’on puisse appeler ce film un chef d’œuvre – le Prix de la mise en scène du Festival de Cannes n’y change rien.

D’abord, parce que le film part tout simplement du fait que Maureen est un médium sans donner un aperçu sur ce qui fait qu’elle le pense. Certes, Assayas met en scène plusieurs parallèles d’artistes qui ont fait dans le supranaturel comme la peintre suédoise Hilma Af Klint – considérée comme première artiste abstraite qui se disait néanmoins guidée par des esprits – ou les sessions de spiritisme auxquelles s’adonnait Victor Hugo lors de son exil à Jersey. Mais cette « science » ne suffit pas à rendre crédible ce fond d’histoire. Et la scène de la rencontre avec le « vrai » fantôme dans la maison de son frère jumeau est tellement grossière qu’elle fait éclater de rire tout aficionado de films d’horreur et d’épouvante.

Mais Assayas cherche ici autre chose, une synthèse. Une synthèse impossible entre une histoire d’épouvante, un portrait du monde bling-bling de la mode parisienne et une intrigue policière qui ne paraît subtile qu’à première vue. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’on s’ennuie avec « Personal Shopper ». Mais plutôt que le film reste confus sur de longues plages, où l’on ne sait pas exactement sur quelle barque le réalisateur – qui a également signé le scénario – veut mener le spectateur.

Dommage, car par ailleurs le film profite d’une assez belle photographie, sobre et obscure à souhait. Et le jeu des acteurs est vraiment intéressant – notamment le rôle de la protagoniste Maureen. Pas uniquement, comme diraient les moqueurs, parce qu’on découvre que l’actrice Kristen Stewart – qui a connu la gloire grâce à la saga de vampires pour ados en manque d’amour romantique « Twilight » – a plus d’une expression faciale à son registre. Bien plus, dans « Personal Shopper » Stewart démontre qu’elle sait porter avec grâce des rôles difficiles et complexes et leur conférer la crédibilité nécessaire. À l’avenir, il lui faudra juste encore trouver le bon réalisateur.

À l’Utopia

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