Park Chan-wook : Une histoire en trois tiroirs


« The Handmaiden » du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook est un film d’une exceptionnelle richesse : scénario intelligent, belles images et un contexte qu’on ne voit que trop rarement au cinéma.

L’oncle perverti lors d’une « séance de lecture ».

La Corée entre 1910 et 1945 n’est pas très belle à vivre. L’occupant japonais impose sa culture, son argent et sa prétendue supériorité raciale sur le pays, qu’il n’a cessé d’envahir depuis les premiers jours de son existence. Alors les Coréens s’adaptent. Parmi eux, Sook-hee, une orpheline dont la mère était une voleuse à la tire légendaire, qui est au service d’une matrone mafieuse. Elle fait la connaissance du « comte Fujiwara », un escroc coréen, maître de la contrefaçon de manuscrits anciens.

Il se trouve que ce dernier a un plan diabolique qui pourrait les rendre riches tous les deux. Il parvient à convaincre Sook-hee de se faire engager – sous le nom de Tamako – comme domestique chez la jeune héritière Hideko, qui vit dans un manoir au fond d’une immense propriété sous la coupe de son oncle Kouzuki – l’archétype du vieux pervers autoritaire, qui force Hideko à faire des lectures de textes particulièrement grivois devant un public choisi, à qui il vend aux enchères les manuscrits, contrefaits par le comte. Kouzuki envisage d’épouser sa nièce afin de pouvoir toucher son immense fortune.

La mission de Sook-hee consiste à s’assurer qu’Hideko tombe amoureuse du comte, de façon à ce que celle-ci consente à un mariage clandestin. Après, le comte s’arrangera pour que l’héritière disparaisse à tout jamais dans un asile et Sook-hee touchera sa part du butin. Le problème, c’est que les deux femmes s’entendent à merveille et que les apparences sont plus trompeuses que dans un film d’Hitchcock.

Un des grands atouts de « The Handmaiden » est qu’il peut profiter de l’expérience de Park Chan-wook dans l’esthétisation de la violence – comme le cinéaste l’a démontré avec bravoure dans sa « trilogie de la vengeance ». Mais cette fois-ci le réalisateur n’en fait pas trop, la violence physique faisant place à la mise en scène de la cruauté psychologique des personnages. Des personnages qui d’ailleurs restent crédibles malgré les nombreux retournements dans le scénario, qui tiennent le spectateur en haleine et qui donnent un côté agréablement imprévisible au film. S’y ajoute une focalisation sur l’érotisme, qui n’est certes pas nouvelle pour Park Chan-wook, mais où il dépasse de loin d’autres maîtres américains et européens.

La dimension politique du film est aussi à saluer, le contexte de l’occupation impériale japonaise étant toujours un sujet sensible. Encore la semaine dernière, un incident diplomatique a éclaté entre Séoul et Tokyo autour d’un monument dédié au martyre des femmes coréennes prostituées de force par les soldats impériaux.

Mais Park Chan-wook prend le pari de ne pas faire des martyrs de ses compatriotes. Tout au contraire, il les montre volontairement collaborationnistes avec l’occupant, dénigrant même leur propre culture par rapport à celle « supérieure » de l’Empire du Soleil levant. Pas sûr qu’il ne se fasse que des amis avec cette présentation des choses.

Finalement, c’est tout de même le message d’espoir et d’amour – lesquels défient au bout du compte toutes les machinations – que le film véhicule qui est une des principales raisons d’aller voir « The Handmaiden ».

À l’Utopia.

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